29 septembre 2008

Quand la machine administrative s'emballe

Mon collègue québécois Samy Rabbat me transmet cette information qui fera frémir plus d'un honnête producteur, qu'il soit Canadien ou non, fromager ou non. Ca n'arrive pas qu'aux autres...

Le 25 août dernier, la vie professionnelle de Gilles Blackburn a basculé. Agriculteur et copropriétaire de la Fromagerie Blackburn, une entreprise familiale établie à Jonquière, il apprend que le Ministère de l'agriculture, des Pêcheries et de l'alimentation du Québec (MAPAQ) s’apprête à émettre un communiqué dans lequel son entreprise sera ciblée. Une pointe de fromage, Le Mont Jacob, qu’il a produit a été saisi lors d’une intervention, le 14 août, au magasin Octofruit de Sainte-Thérèse. Les analyses effectuées par le MAPAQ indiquent que le fromage était porteur de listéria.
Il apprendra par la suite que le fromage avait été contaminé par «contamination croisée», c’est-à-dire que la pointe de fromage avait été manipulée et serait entrée en contact avec soit un couteau, une surface ou une personne qui aurait précédemment manipulé un autre produit frappé de listeria.

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C’est l’Agence canadienne d’inspection des aliments (l’ACIA) qui communique avec M. Blackburn pour lui faire part des résultats des analyses du MAPAQ indiquant une contamination à la listéria et lui ordonne de cesser la distribution de ses produits jusqu’à nouvel ordre et de fournir toutes les données pertinentes à la production de ses fromages tout en précisant que d’autres produits seraient impliqués.

UN COUPABLE À TOUT PRIX

Le jour même, le MAPAQ émet un communiqué pour annoncer la présence de listéria dans le fromage Le Mont-Jacob de la Fromagerie Blackburn, saisi chez Octofruit, à Sainte-Thérèse. Il devient alors le seul producteur de fromages du Québec a être ciblé par le MAPAQ dans ce communiqué, qui a déclenché la vague de saisies chez les distributeurs et dans les boutiques spécialisées, alors qu’aucun résultat d’analyse sur la meule du détaillant n’aient alors été confirmé.

“Le risque que pose la bactérie listeria est faible pour la plupart des gens,” affirme le docteur Jacques Goulet, microbiologiste, agronome de formation et professeur, depuis 30 ans, au département des Sciences des Aliments et Nutrition de l’Université Laval (Québec).

“On aurait du procéder autrement en s’inspirant de ce que l’ACIA a fait dans des dossiers analogues”, confie-t-il.

La Fromagerie Blackburn, lors de sa fondation, en octobre 2006, a choisi de se mettre sous une juridiction fédérale ce qui permet à la fromagerie de vendre et d’exporter ses produits en Ontario et dans le reste du Canada. Parce que le territoire à conquérir était plus vaste, la publication du communiqué du MAPAQ impliquant son entreprise dans ce cas de “listériose annoncée” rendait le problème encore plus énorme.

L’annonce a eu des répercussions à travers le pays.

“Lorsqu'on écrit que les résultats des analyses sur le morceau de fromage contaminé a démontré qu'il y avait une contamination CROISÉE, cela veut dire, explique Gilles Blackurn, qu’il peut être causé soit par le couteau, les mains du technicien qui manipule le produit ou encore que le lieu où il a été déposé était déjà contaminés. Ce n’est donc pas ma fromagerie qui devrait être mise en doute.”

Soucieux de blanchir son nom, M. Blackburn fait appel aux services d’un laboratoire indépendant (Laboratoire SM à Sherbrooke) pour analyser une meule du même lot: M8171. De son côté, l’ACIA exige des échantillons de ces mêmes produits pour faire ses propres analyses.

Les résultats de toutes ces analyses, tant celles du MAPAQ, de l’ACIA que celles du laboratoire indépendant, confirment que les fromages produits par la Fromagerie Blackburn et la meule intacte du Mont-Jacob retrouvée chez le détaillant Octofruit, étaient exemptes de contamination à la listéria.

Mais depuis la publication du communiqué du MAPAQ, le 26 août dernier, «le Canada tout entier a eu l’impression à tort que les installations de la Fromagerie Blackburn étaient insalubres puisqu’elles sont ciblées comme étant la source de l’éclosion de la listériose mais qu’aucune analyse et/ou inspection n’avaient été effectuée à la Fromagerie lors de la diffusion de ce communiqué » précise Monsieur Blackburn.

COUPABLE À LA « UNE » - INNOCENTÉ EN CATIMINI


Malgré les résultats négatifs de ces analyses, personne ne veut dire ouvertement qu’on a peut-être agi avec précipitation en ciblant la Fromagerie Blackburn :
Le 28 août, madame Denise Leduc du Centre québécois d’inspection des aliments et de santé animale affilié au MAPAQ confirme à M. Blackburn qu’il y a absence de contamination dans les fromages analysés;
Le 29 août, les analyses privées effectuées par le laboratoire SM de Sherbrooke confirment des résultats négatifs pour tous les fromages analysés à la Fromagerie Blackburn;
Le 2 septembre, madame Francine Boutin de l’ACIA communique avec monsieur Blackburn pour confirmer qu’il n’y avait « aucune trace de contamination dans aucun des lots de Mont Jacob, ni dans les autres produits analysés, non plus que dans l’environnement. »
Cependant, à l’exception du laboratoire privé auquel a fait appel monsieur Blackburn, personne ne veut confirmer sur papier, les résultats des analyses.

LE RÔLE DU MAPAQ

Le docteur Jacques Goulet s‘est dit étonné de l’attitude du MAPAQ dans cette histoire.

“Le lien de confiance qui existe entre les consommateurs et les producteurs de fromage repose essentiellement sur la qualité des produits offerts et sur l’efficacité du système d’inspection des usines et des comptoirs de vente par les instances gouvernementales concernées. La protection de la santé des consommateurs justifie certainement la mise en place de mesures extraordinaires lorsqu’il y a évidence de menaces sérieuses”.

“Il est en effet important de sonner l’alarme dans ces moments particuliers mais il est tout aussi important d’informer la population que c’était une fausse alarme quand on a des résultats qui le démontrent. Malheureusement il semble qu’au Québec on soit beaucoup plus rapide à accuser qu’à se récuser. J’ai beaucoup de sympathie pour les petites fromageries québécoises, comme celles de M. Gilles Blackburn, qui essaient de survivre dans cette tempête médiatique et qui sont accusées injustement.” de conclure le professeur Goulet.

Le docteur Goulet est un des membres fondateurs du STELA, un groupe de recherche en Science et Technologie du Lait. M. Goulet est l’auteur de rapports techniques et de travaux scientifiques respectés en microbiologie et en technologie alimentaire. Il siège à de nombreux comités scientifiques des secteurs de la biotechnologie, de l’agriculture et de l’alimentation.

Pour monsieur Blackburn, cette situation est intenable. Il a été le bouc émissaire du MAPAQ qui l’a identifié comme étant la source de l’éclosion de listériose dans les fromages avant même d’avoir reçu les résultats des analyses mais qui, aujourd’hui, refuse de le dédommager pour ses pertes financières importantes.

Monsieur Blackburn dont le chiffre d’affaires annuel oscillait entre 500 000$ et 700 000$ (une moyenne de 15 000$ de commandes par semaine) se retrouve aujourd’hui devant rien. Il n’a plus de commandes et évidemment, personne ne s’intéresse plus à lui, médias compris, alors qu’il n’a aucun moyen pour rassurer le public afin de reprendre ses opérations et de distribuer ses produits tant au Québec qu’au Canada, ce que lui permet sa licence de l’ACIA.

En plus de ces pertes, M. Blackburn avait investi cette année plus de 30 000$ pour l’achat d’équipement neuf pour améliorer le rendement de sa fromagerie et qui, pour le moment demeure inutilisé. En prévision de la saison d’automne, la fromagerie Blackburn avait préparé un stock de meules de ses produits. Il devra les détruire dans quelque temps, la date de péremption approchant et qu’après cette date, aucun produit ne peut quitter la fromagerie.


Source : Caroline Sabbagh

Plus d'info: CRÉA COMMUNICATIONS,
caroline.sabbagh@creacommunications.ca

18:24 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Tags : fromage | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 août 2008

Les marques de vin au Québec

La France et la Belgique restent assez frileuses en matière de vin de marques - notamment parce que les grands distributeurs ont longtemps évité de s'affronter frontalement avec les mêmes références, préférant adopter une politique d'exclusivités. Cela change doucement (le succès des marques australiennes, ou même de marques française comme JP Chenet, est en est passé par là.

Chez nos amis québécois, les marques sont déjà là depuis longtemps, comme en témoigne le classement publié par mon confrère Marc-André Gagnon:

Top 10 des ventes de vin au Québec (en volume)

 1 Shiraz/Malbec Fuzion Zuccardi, Argentine  8,10  $   
 2 Bottero Veneto, Italie   8,95 $ le litre
 3 Malbec Finca Flichman, Argentine   8,40 $
 4 Merlot Vivolo di Sasso Veneto, Italie  11,20 $ 
 5 White Zinfandel Gallo rosé, États-Unis   10,80 $
 6 Merlot/Malbec Astica Trapiche, Argentine     8,20 $
 7 Modello Masi Delle Venezie, Italie     13,85 $
 8 Merlot Donini Delle Venezie, Italie     10,65 $ le litre
 9 Citra Montepulciano d'Abruzzo Italie    9,70 $  le litre
10 Merlot/Cabernet J.P. Chenet vin de pays d'Oc, France  12,75 $

 

On notera aussi les prix plutôt élevés (même au litre), rançon des taxes et d'un système de distribution monopolistique

18:48 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |