03 avril 2009

"Maudit Québécois"!

Voici un entrefilet sur les Primeurs à Bordeaux grappillé sur le blog de Mathieu Turbide, un confrère québecois qui n'a pas sa langue dans sa poche. Quand on sait la violente amour que nos cousins de la Belle Province portent aux vins français, et notamment à leurs grands crus, quand on sait aussi que le marché canadien est un des rares à connaître une belle progression ces dernières années, on se dit qu'il faut vraiment que Bordeaux s'assagisse... Pas pour les collectionneurs - pour les consommateurs.

La SAQ veut des bordeaux moins chers

Pendant que je suis en Italie, plusieurs chroniqueurs et acheteurs de vins se trouvent actuellement à Bordeaux, où se tient actuellement la Semaine des primeurs. C'est à ce moment que les acheteurs goûtent au millésime qui est en train de naitre dans le chais des domaines viticoles de Bordeaux.
Parmi eux, l'un des acheteurs de la SAQ (ndlr: le monopole provincial des alcools du Québec), Denis Marsan, qui est le grand responsable des achats de vins haut de gamme à la SAQ.
Dans cette entrevue au journal le Sud-Ouest, publiée ce matin, M. Marsan explique clairement que la SAQ veut acheter les bordeaux 2008 moins cher. Il rappelle que les 2007 se vendaient 15% moins cher quelques mois après les ventes en primeur. Et que plusieurs acheteurs sont actuellement à Bordeaux non pas pour acheter des bordeaux 2008 mais pour VENDRE à rabais des 2007 achetés trop cher l'an dernier. >
Comme Denis est en train de "magasiner" en notre nom, on lui dit bravo et on lui souhaite de réussir. Peut-être que des prix plus décents amèneront des milliers de consommateurs québécois, déçus par les hausses des dernières années, à redécouvrir le bordeaux".

Mathieu Turbide


Je vous redonne l'adresse du blog de Mathieu: http://mechantraisin.canoe.com/

 

Le commentaire d'un oenophile québécois posté en réaction à cet article vaut aussi son pesant de sirop d'érable:

"Il y a déjà plusieurs années que je boycotte les vins français. Ils sont surévalués et il est temps qu'ils réajustent leur prix au niveau de la concurrence internationale.
Les seuls moments où je déguste des vins français, c'est quand je suis en France chez des amis..."

 

A bon entonneur, salut!

18:26 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

26 février 2009

Bienheureux Québécois!

Mon confrère québécois Stéphane Hébert a des accents lyriques quand il défend la culture du vin. Ces accents qu'on aimerait entendre plus souvent de ce côté-ci de l'Atlantique, dans la bouche des journalistes et plus généralement, des "communicants" et même des ministres.

 

1557-Hébert

Stéphane Hébert

 

"La France se trouve au coeur d’un débat qui risque fort de bouleverser un pan important de son économie : sa filière viticole. D’outre-mer, donc simple observateur, le journaliste — et l’amateur — que je suis se sent concerné, s’interroge.

S’appuyant sur une enquête réalisée dans les écoles françaises (et assurément influencée par quelques puissants lobbies), Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé, souhaite par l’entremise de certaines dispositions du projet de loi « Hôpital, Patient, Santé, Territoire » interdire la dégustation gratuite de vin à des fins promotionnelles.
Terminées les dégustations lors de prestations vinicoles publiques, salons et foires aux vins. Exit l’opportunité de goûter le fruit du travail du vigneron lors d’une visite au domaine. De facto, risque élevé de compromettre l’avenir de ce trésor culturel deux fois millénaire qui offre à la France un rayonnement mondial exceptionnel. Et la filière viticole française étant déjà plutôt mal en point, faut-il vraiment en rajouter ?


Noyer le poisson


L’objectif visé par ce projet de loi : contrer les problèmes de santé publique liés à l’alcoolisme des jeunes français.
Certes, l’alcoolisme juvénile est une calamité, en France, ici, ailleurs. Mais en interdisant la dégustation gratuite de vin comme s’apprête à le faire le gouvernement français, en visant ainsi aussi large, ce projet de loi rate carrément la cible. Car ces jeunes qui fougueusement se saoulent la gueule — et noient leur profond mal de vivre — lors de soirées bien arrosées le font souvent en ingurgitant des alcools forts, rarement en buvant du vin.
Une partie de la solution ne réside-t-elle pas dans la supervision, l’éducation et la prévention plutôt que dans la restriction, l’abrogation et conséquemment, le possible délabrement de ce riche patrimoine culturel ? Et n’est-ce pas avant tout le rôle — et le DEVOIR — des parents que nous sommes que de bien éduquer nos enfants quant aux dangers et aux bienfaits de la consommation d’alcool ?
La France devrait peut-être prendre exemple sur le Québec. Grâce aux actions de prévention et d’éducation que l’organisme Éduc’alcool met en place depuis une vingtaine d’années, consommateurs, jeunes et vieux, ont compris que « la modération a bien meilleur goût ». Tandis que d’année en année, notre consommation d’alcool augmente, la consommation abusive chez les jeunes diminue.


Papa, que c’est bon le divin !


«Mais Monsieur, vous êtes totalement irresponsable d’exposer ainsi votre fillette à l’alcool » me lançait récemment un jeune journaliste lors d’une entrevue que je lui accordais. Car c’est avec fierté lui disais-je que je me fais un devoir de transmettre à mon héritière cette richesse culturelle et cet art de vivre qu’incarne d’auguste façon le vin. Car je crois sincèrement qu’on ne s’intéresserait uniquement qu’au divin nectar tout au long de son existence que l’on apprendrait tout de la vie. Enfin presque.
À Mila qui n’a que trois ans et des poussières, j’ai envie de lui enseigner la géographie de par les Clos de Vougeot, Vallée du Rhône et Côtes de Bourg; lui raconter l’histoire, de ces guerres, de ces dynasties, de ces moines bourguignons, de ces barons bordelais; l’initier à la géologie, la climatologie et l’agriculture par l’entremise des gros galets de Pessac, du mistral de Châteauneuf, des caprices du Mourvèdre en Bandol; lui apprendre la chimie par ces folles bulles de Champagne qui dans une flûte dansent et virevoltent; lui présenter l’être humain, ses défauts, ses qualités, son acharnement, sa fierté, sa passion, les Peynaud, les Bizeul, les Dagueneau; lui faire découvrir l’architecture de ces majestueux châteaux, ces éminentes tours, ces mythiques chapelles, ces modestes cabottes; l’exposer à l’art de par ces milliers d’étiquettes tantôt classiques, parfois modernes, composées d’illustrations aux mille et une formes et couleurs; l’introduire à la gastronomie et ses sublimes et infinis accords mets et  vins qui titillent âme et papilles; lui transmettre ce plaisir immense, celui des sens, du partage, de l’amitié, celui du bon et du beau.


Simplement, je veux lui faire goûter la vie !"

Stéphane Hébert
epicureetcie@videotron.ca


Quel beau programme, Stéphane!

00:02 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |