17 juin 2009

Les trésors de l’Orpailleur

En 1982, un vigneron languedocien - Hervé Durand - s’est lancé un défi un peu fou: produire du vin au Québec. Et du bon, de préférence. Les obstacles ne manquaient pas. Mais l’homme est déterminé: le vin romain, au Mas des Tourelles, c’est lui aussi. La vie est trop courte pour ne pas l’employer à créer, même des choses apparemment extravagantes. Nous sommes tous des chercheurs d'or, les pépites ne sont pas forcément de métal, c'est souvent dans la recherche qu'on se trouve.



Orpailleur4
Hervé Durand


Pour régler les problèmes climatiques, Durand est allé prendre conseil auprès de sommités de l’ampélographie. Le choix de cépages assez résistants comme le seyval et le geisenheim a été un premier élément: ils présentent l’avantage de ne pas demander une trop longue période de maturation.  Le choix de la région s’est aussi avéré délicat. En suivant les courbes climatiques et en observant l’implantation des meilleurs vergers à pomme, Hervé a opté pour les premiers contreforts des Appalaches québécoises, à Durham, en Estrie, au Sud-Ouest du Québec, tout près de la frontière américaine.
Une autre élément déterminant a été le buttage : en enterrant les vignes, on parvient à les protéger de froids (-40°) que la plante ne supporte guère. La conduite de la vigne a également du être adaptée en conséquence (les rangs sont espacés de 3 mètres).


Les problèmes administratifs n’ont pas été les moindres; la Belle Province, où la vente de boissons alcoolisées est régie par un monopole d’Etat, n’avait quasiment aucune réglementation en matière de viticulture, tant au plan de la production que de la commercialisation, il a fallu la négocier pied à pied. En chemin, Hervé a été rejoint par trois associés, le Français Charles-Henri de Coussergues (aujourd'hui responsable du vignoble) et les deux Québécois Frank Furtado et Pierre Rodrigue.

 

Orpailleur1

Ah, les grands espaces québécois! (photo H. Lalau)

 

Un quart de siècle plus tard, l’Orpailleur – c’est le nom du domaine, proposé par le grand artiste québécois Gilles Vigneault – produit 180.000 bouteilles de vin. L'exploitation (17 ha) a fait école: il y a aujourd’hui plusieurs producteurs en Estrie, et même une route des vins. Coup de chapeau à ces irréductibles Gaulois, qu'ils aient l'accent languedocien ou québécois, et qui ont su dépasser l'anecdotique pour atteindre à l'universel.

Bon an mal an (une expression pleine de sens, car les aléas climatiques subsistent),  l’Orpailleur produit une dizaine de produits, blanc, rouges, effervescents et liquoreux. Je les ai dégustés sur place, comme bon nombre de Québécois qui ne dédaignent pas les découvertes œnologiques, et qui ont fait de cette région un but de week-end, pardon, de fin de semaine.

Et comme l'Orpailleur a oublié d'être bête, on les accueille ici très professionnellement, dans une belle structure oenotouristique (musée, panneaux didactiques, salle video, restauration, produits du terroir).

Bref, si vous ne savez pas quoi faire ce samedi, venez goûtez aux grands espaces du Québec  et faites vous votre propre idée...



Vin blanc 2007 Seyval


Très fruité, agrumes, fruits blancs, bonne fraîcheur au nez. Notes florales, de la présence en bouche, rond et fraîche en finale. 10,5°. 14,5/20

Vin blanc 2007 Seyval Fût de chêne

Moins d’agrumes, plus de vanille, le bois arrondit la bouche, bois travaillé, mais la finale est plus courte 13/20

Rosé 2008

Joli rosé très pur, fruits frais (groseilles, fraises des bois), assez rond en bouche, étonnant. 10,5°  14,5/20

L’Orpailleur Brut

Correct, bulle forte, plutôt sur le vineux, coing, crémeux; bouche un peu animale, quelques fruits secs - pas au niveau du blanc sec. Seyval. 12/20

Le Vin Gris 2007 Cuvée Spéciale Demi-doux

Muscat de New York, Geisenheim et Seyval
Joli nez muscaté, pas trop doux, bien gras, limite confit, fruits blancs, poire, coing, sympa. 12°. 14/20

Orpailleur Vin de Glace 2007

Pâte de coing, miel, abricot, orange confite, litchi, rose, quelle symphonie au nez! De la richesse, mais aucune mollesse en bouche, cependant, grâce à une belle acidité. Un superbe Vidal, de la race des grands liquoreux. Pas seulement l'égal de ses congénères du Niagara, mais la classe internationale. 10,5°. 17/20

Aperid’Or Mistelle

Biscuit chocolaté et pain d’épice au nez; l'alcool domine la bouche, il n'est pas bien assimilé, c'est dommage. 12/20

La Part des Anges 1999 Seyval

Raisin, baba au rhum, très séduisant au nez, fin en bouche; ici, l'alcool est très bien fondu, on finit sur de belles notes boisées de vieux cognac. 15/20

 

Orpailleur3

Envie d'une petite ballade de fin de semaine: l'Orpailleur vous attend...

 

06:58 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

04 juin 2009

En direct de Cowansville

Quand on visite des magasins de vin à l'étranger, ce sont les différences qui sautent au yeux, plus que les similitudes.

Au Québec, ces différences tiennent à la conception même du magasin: le système de monopole, loin de réduire l'offre, aboutit à la diversifier. Un point de vente de la SAQ, même dans une zone aussi excentrée que Cowansville, à deux pas de la frontière américaine, propose plus de vins qu'un grand Delhaize bruxellois - sans parler d'un Carrefour français.

 

SAQ

Le magasin SAQ de Cowansville attire une clientèle proche et lointaine

 

Cette abondance à un revers: la nécessité de bien segmenter cette offre, pour éviter que le client s'y perde. Ici, on a opté pour un classement par région ou pays, et non un classement par couleur et par cépage. Pourqoui pas?

Et pour faire bonne mesure, comme je vous le disais dans un précédent post, la SAQ a doté les vins de son fond de rayon (1.200 références) d'une pastille de couleur permettant de simplifier le choix du consommateur. C'est bien vu.

Ces catégories, les voici, pour les blancs puis pour les rouges, du plus léger au plus corsé.

Pastille verte: blancs délicats et légers

Pastille jaune: blancs vifs et fruités

Pastille lilas: blancs armoatiques et ronds

Pastille turquoise: blancs fruités et doux

Pastille rose: rouges fruités et légers

Pastille orange: rouges fruités et généreux

Pastille rouge: rouges aromatiques et souples

Pastille bordeaux: rouges aromatiques et charnus

Ce code de couleurs est repris pour des suggestions d'accords vins et mets.

 

SAQ2

Pas de carte, pas d'alcool...

 

Un effort est fait, par ailleurs, pour débanaliser le rayon: on trouve ainsi un présentoir spécial pour les produits locaux (dont le fameux Orpailleur, l'enfant de la région). Mais également, un linéaire des vins "agro-organiques". Des promotions à thème permettent aussi de coller à l'actualité vineuse - oui, elle existe aussi au Québec, les producteurs et les régions prêtant d'autant plus volontiers la main à la politique commerciale de la SAQ... qu'il n'y a aucune alternative.

Enfin, on remarque sur les réglettes des linéaires que seuls les consommateurs pouvant prouver leur âge peuvent acheter de l'alcool. Au Québec, il est clairement mentionné "pas de carte, pas d'alcool".

09:01 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |