11 août 2009

L'origine? Bof...

S'il faut en croire un sondage réalisé par la firme californienne Beringer au Canada, et commenté par mon excellent confrère québécois Mathieu Turbide (Méchant Raisin), moins on consomme de vin, et moins on s'inquiète de sa provenance.

Ainsi, alors que 79% des Colombiens britanniques et 78% des Québécois veulent savoir de quelle région au juste provient le vin qu'ils achètent, cela n'intéresse que 55% des gens au Manitoba et en Saskatchewan. Deux endroits où le nectar de Bacchus est toujours en terre de mission, apparemment.

Turbide se demande si le vin, dans ces deux provinces, n'est pas perçu comme un soda.

En moyenne, toutes provinces confondues, et toujours selon Beringer, 71% des Canadiens s'intéressent à l'origine, mais 80% à la marque de leur vin. Turbide soupçonne Beringer d'avoir des arrières-pensées en diffusant ce sondage, lui qui produit des vins californiens, certes, mais sur l'étiquette desquels la région précise d'origine des raisins est rarement mentionnée. Au passage, Méchant Raisin justifie pleinement son nom en qualifiant de "détestable" le White Zinfandel du même Beringer.

Ce qui me surprend, en tant qu'Européen, c'est qu'il y ait des gens pour dire qu'ils ne s'intéressent pas à la provenance du vin qu'ils achètent. A quoi sert que les AOP se décarcassent?

Mais les Américains ne voient souvent dans les mentions d'origine que des marques d'un genre particulier, dont ils contestent d'ailleurs la valeur. Pour eux, Coca-Cola sera toujours plus fort que Côtes du Rhône, car Cola-Cola gère toute sa production et sa communication, quand les Côtes du Rhône sont une marque partagée, et qui signe des produits de qualité disparate.

Question de point de vue, bien sûr, il y a du vrai des deux côtés. Mais Dieu que le monde serait triste sans nos bonnes vieilles AOC, même médiocres, et avec seulement quelques garndes marques bodybuildées par le marketing...

Plus d'info: http://mechantraisin.canoe.com/

00:16 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Tags : canada, origine, californie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

17 juin 2009

Les trésors de l’Orpailleur

En 1982, un vigneron languedocien - Hervé Durand - s’est lancé un défi un peu fou: produire du vin au Québec. Et du bon, de préférence. Les obstacles ne manquaient pas. Mais l’homme est déterminé: le vin romain, au Mas des Tourelles, c’est lui aussi. La vie est trop courte pour ne pas l’employer à créer, même des choses apparemment extravagantes. Nous sommes tous des chercheurs d'or, les pépites ne sont pas forcément de métal, c'est souvent dans la recherche qu'on se trouve.



Orpailleur4
Hervé Durand


Pour régler les problèmes climatiques, Durand est allé prendre conseil auprès de sommités de l’ampélographie. Le choix de cépages assez résistants comme le seyval et le geisenheim a été un premier élément: ils présentent l’avantage de ne pas demander une trop longue période de maturation.  Le choix de la région s’est aussi avéré délicat. En suivant les courbes climatiques et en observant l’implantation des meilleurs vergers à pomme, Hervé a opté pour les premiers contreforts des Appalaches québécoises, à Durham, en Estrie, au Sud-Ouest du Québec, tout près de la frontière américaine.
Une autre élément déterminant a été le buttage : en enterrant les vignes, on parvient à les protéger de froids (-40°) que la plante ne supporte guère. La conduite de la vigne a également du être adaptée en conséquence (les rangs sont espacés de 3 mètres).


Les problèmes administratifs n’ont pas été les moindres; la Belle Province, où la vente de boissons alcoolisées est régie par un monopole d’Etat, n’avait quasiment aucune réglementation en matière de viticulture, tant au plan de la production que de la commercialisation, il a fallu la négocier pied à pied. En chemin, Hervé a été rejoint par trois associés, le Français Charles-Henri de Coussergues (aujourd'hui responsable du vignoble) et les deux Québécois Frank Furtado et Pierre Rodrigue.

 

Orpailleur1

Ah, les grands espaces québécois! (photo H. Lalau)

 

Un quart de siècle plus tard, l’Orpailleur – c’est le nom du domaine, proposé par le grand artiste québécois Gilles Vigneault – produit 180.000 bouteilles de vin. L'exploitation (17 ha) a fait école: il y a aujourd’hui plusieurs producteurs en Estrie, et même une route des vins. Coup de chapeau à ces irréductibles Gaulois, qu'ils aient l'accent languedocien ou québécois, et qui ont su dépasser l'anecdotique pour atteindre à l'universel.

Bon an mal an (une expression pleine de sens, car les aléas climatiques subsistent),  l’Orpailleur produit une dizaine de produits, blanc, rouges, effervescents et liquoreux. Je les ai dégustés sur place, comme bon nombre de Québécois qui ne dédaignent pas les découvertes œnologiques, et qui ont fait de cette région un but de week-end, pardon, de fin de semaine.

Et comme l'Orpailleur a oublié d'être bête, on les accueille ici très professionnellement, dans une belle structure oenotouristique (musée, panneaux didactiques, salle video, restauration, produits du terroir).

Bref, si vous ne savez pas quoi faire ce samedi, venez goûtez aux grands espaces du Québec  et faites vous votre propre idée...



Vin blanc 2007 Seyval


Très fruité, agrumes, fruits blancs, bonne fraîcheur au nez. Notes florales, de la présence en bouche, rond et fraîche en finale. 10,5°. 14,5/20

Vin blanc 2007 Seyval Fût de chêne

Moins d’agrumes, plus de vanille, le bois arrondit la bouche, bois travaillé, mais la finale est plus courte 13/20

Rosé 2008

Joli rosé très pur, fruits frais (groseilles, fraises des bois), assez rond en bouche, étonnant. 10,5°  14,5/20

L’Orpailleur Brut

Correct, bulle forte, plutôt sur le vineux, coing, crémeux; bouche un peu animale, quelques fruits secs - pas au niveau du blanc sec. Seyval. 12/20

Le Vin Gris 2007 Cuvée Spéciale Demi-doux

Muscat de New York, Geisenheim et Seyval
Joli nez muscaté, pas trop doux, bien gras, limite confit, fruits blancs, poire, coing, sympa. 12°. 14/20

Orpailleur Vin de Glace 2007

Pâte de coing, miel, abricot, orange confite, litchi, rose, quelle symphonie au nez! De la richesse, mais aucune mollesse en bouche, cependant, grâce à une belle acidité. Un superbe Vidal, de la race des grands liquoreux. Pas seulement l'égal de ses congénères du Niagara, mais la classe internationale. 10,5°. 17/20

Aperid’Or Mistelle

Biscuit chocolaté et pain d’épice au nez; l'alcool domine la bouche, il n'est pas bien assimilé, c'est dommage. 12/20

La Part des Anges 1999 Seyval

Raisin, baba au rhum, très séduisant au nez, fin en bouche; ici, l'alcool est très bien fondu, on finit sur de belles notes boisées de vieux cognac. 15/20

 

Orpailleur3

Envie d'une petite ballade de fin de semaine: l'Orpailleur vous attend...

 

06:58 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |