09 juin 2010

Mon vignoble au Canada

Au pays de l'érable, où je me trouve actuellement, de plus en plus nombreux sont ceux qui se mettent à faire du vin. Mon confrère franco-québécois Jacques Orhon en parlait l'autre jour à Québec, il y a inflation de nouvelles caves dans le Nouveau Monde. Le Canada, malgré son climat, n'est pas épargné par cette épidémie.

Cette passion pour le vin est éminemment sympathique. Le problème, c'est que ces nouveaux chercheurs d'or, d'or liquide s'entend, ne tombent pas tous sur le bon filon, il y a un sérieux tamisage à faire, comme on peut le constater à la dégustation.

Dans le lot, on trouve d'abord les gentils amateurs, qui mettent des années à se rendre compte que même les hybrides ont besoin d'un peu de soleil pour donner plus qu'un rince-doigts citronné; il y a aussi les magouilleurs, ceux qui importent des moûts de régions plus favorisées par la nature et qui refusent curieusement de laisser certifier leur vignoble - difficile pour eux de justifier le volume de leur production, peut-être?

Enfin, il y a les gens très argentés qui se paient une danseuse. 

Osoyoos

B.C. for British Columbia... and "Bordeaux Cépages"

 

Parmi tous ces néovignerons, on trouve quand même quelques gens sérieux. Des gens qui prennent la peine de se documenter, de faire appel à des experts, de faire les choses dans l'ordre... Ou des grands groupes.

Parmi ces derniers, il y a le groupe Canadien Vincor (filiale de l'Américain Constellation), qui, pour l'occasion, s'est associé avec les Français de Gruaud Larose. De ce mariage est né un domaine au nom mi indien, mi bordelais, Osoyoos Larose. Les noces (qui datent d'une dizaine d'année) ont eu lieu dans l'Okanagan valley, au coeur de la Colombie Britannique.

"Pourquoi là?", me direz-vous. "Pourquoi pas?", comme répondait Dali à tous ceux qui s'étonnaient que le Maître plaçât le centre du monde devant la consigne de la gare de Perpignan.

Plus sérieusement, parce qu'avec la péninsule du Niagara, c'est sans doute un des seuls coins du pays ou l'on peut cultiver sans trop de problèmes des cépages classiques, et non des hybrides spécialement conçus pour les climats froids. Dans le cas qui nous occupe,  Oosoyoos  utilise les deux cabernets, le merlot,  le malbec et le petit verdot.

Mais bref, le gentil petit couple transatlantique nous propose une cuvée modestement intitulée "Le Grand Vin", dont j'ai pu déguster le 2005.

Un nom qui dit bien ce qu'il veut dire: les deux partenaires ont mis les moyens pour fournir un produit de prestige. Les cinq cépages cités plus hauts sont mis en contribution, dans des proportions très étudiées. Le Grand Vin est donC un vin travaillé; un vin bien élevé, aussi- et longtemps, à ce qu'il semble. Un vin d'oenologue - celui-ci s'appelle Pascal Madevoners.

Ce bon génie du vin a fait de son mieux pour tirer parti de ce que la nature et de jeunes vignes lui ont donné. Dans le verre, cela nous donne pas mal de fruits rouges au nez (cerise griotte, cassis) ce qui se prolonge en bouche; l'attaque est assez souple, arrondie par le bois, assez fin; mais la matière est fluette, l'acidité en finale est assez marquée, même si le côté guignolet sauve la mise.

Servi à Québec lors d'un repas des Sélections Mondiales, ce vin n'a pas fait l'unanimité; pour moi, il est respectable - il prouve en tout cas qu'on peut faire des rouges de qualité au Canada. Est-ce nécessaire? C'est un autre débat.

Une chose est sûre, la viticulture canadienne, toute sympathique qu'elle soit, a besoin d'être encadrée. Ce sera aux vignerons eux-mêmes de s'autoréguler, d'éliminer les escrocs, et de marginaliser les amateurs - qu'on les laisse vendre leurs vins sur place à quelques gogos, du moment qu'ils ne débarquent pas dans les magasins, où ils tireraient toute l'image de la production vers le bas. C'est tout l'enjeu des certifications. Les Pouvoirs Publics auront aussi leur rôle à jouer: les monopoles provinciaux de distribution des alcools seraient bien avisés d'exiger de leurs fournisseurs la fameuse certification, ou de contrôler le respect du cahier des charges des appellations là où elles existent...

 

 

 

00:45 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

04 juin 2010

Educ'alcool

Jocelyn Tremblay est le président de mon jury aux Sélections Mondiales de Québec.

Pendant plusieurs années, il a dirigé la SAQ, le monopole des alcools de la Belle Province.

Hier soir,  à table, il me commentait les résultats d'Educ'Alcool; un organisme indépendant co-financé par la Province et les producteurs d'alccols (sauf la bière), et qui en 20 ans, a réussi à diminuer de 20% les accidents liés à la consommation d'alcool,. Comment? En pronant l'information sur l'alccol dès le plus jeune âge, et une consommation responsable, celle qui recherche le goût et non l'alcoolisation: "La culture de la modération, ça ne veut pas dire qu'on va faire le bonheur des gens malgré eux, cela veut dire qu'on doit les informer sur les conséquences, sur les risques et les bénéfices. Seuls ceux qui boivent de manière responsable et modérée peuvent apprécier le goût du vin, c'est pourquoi nous mettons l'accent sur l'éducation au goût. Car sans consommation, il n'y a pas de modération".

Pendant ce temps là, en France, les ayatollahs de l'anti-alcool, et plus spéciquement de l'anti-vin, puisque le vin est une proie si facile, ont voulu faire interdire devant les tribunaux la mention "à consommer à avec modération", sous prétexte qu'elle encouragerait déjà à consommer...

12:33 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |