08 mai 2012

Après le Campogate, le Sucklinggate...

L'affaire Suckling fait grand bruit au Québec, et pas seulement dans le microcosme des blogs et des journalistes vineux. La grande presse l'évoque abondamment.

Le critique américain t-il été payé pour les dégustations qu'il a faites pour le compte de la SAQ?

Oui, non, un peu; pas pour ça, pas que pour ça; pour la production des vidéos, mais pas toute la production; enfin, non. Et puis après tout, pourquoi pas?

Ce n'est plus une affaire, c'est un feuilleton, un vrai soap opera, avec des rebondissements, du sang, du fric, des larmes, et même de vraies erreurs de scénario, de mauvais raccords entre les scènes...

En résumé, selon toute vraisemblance, oui, M. Suckling a bel et bien été payé pour son intervention - entre 18.000 et 24.000 dollars, suivant ce que l'on met dans les factures.

Rien de choquant, il faut bien que toute le monde vive. Sauf que bien sûr, cela met en question l'indépendance de ses choix. Mais du moment que le consommateur le sait...

La protection de ce consommateur exigerait peut-être qu'on appose un bandeau déroulant sous les videos: "Attention, les choix de M. Suckling ont pu être influencés par l'argent reçu." Ou bien, plus direct: "Le publireportage peut nuire à la qualité de votre information/Advertorial can damage your information".

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www.jamessuckling.com

C'est d'autant plus important qu'au Québec, où la commercialisation du vin est un monopole, le consommateur est aussi le contribuable, et que l'argent dépensé par la SAQ au profit de la Cabane à Suckling (jeu de mot québcois, désolé, je n'ai pas pu résister) est celui... des Québecois.

Prendre l'argent dans leur poche pour qu'un Amerloque vienne leur dire ce qu'ils doivent boire, ou plutôt, ce qu'ils boivent déjà (car M. Suckling n'a rien sélectionné de nouveau), c'est fort, très fort.

Deux choses m'intriguent, dans cette histoire.

Primo, il y a la curieuse gestion de la communication à la SAQ. En faisant la lumière dès le départ sur la nature du lien qui le liait à M. Suckling, le Monopole aurait étouffé l'affaire dans l'oeuf.

Qui, d'ailleurs, connaissant un peu M. Suckling, et voyant qu'il mettait sa notoriété au service de la SAQ, aurait pu croire qu'il le faisait gratis pro deo? C'est un peu comme si Bill Clinton venait animer la fancy fair de l'école primaire du Sacré-Coeur de Waterloo, et pour pas un rond. Même pas en rêve.

Mais comprenons-nous bien: il n'y a pas de mal à ça, c'est la loi du marché, de l'offre et de la demande, il n'y a rien à reprocher à M. Suckling, et en définitive, tout ce qu'on peut exiger de la SAQ, c'est la transparence de ses choix, afin que cet organisme parapublic puisse en assumer la responsabilité devant l'électeur et ses représentants.

Secundo, il y a la réaction de certains lecteurs: d'aucuns accusent les journalistes québecois qui dénoncent la manoeuvre d'en faire trop, d'être des pisse-vinaigre, voire des envieux. Certains vont même jusqu'à dire que M.  Suckling a fait du bon boulot et que c'est le résultat qui compte.

Voila qui rappelle furieusement les commentaires de certains lecteurs dans l'affaire Campo-Miller-Parker.

Premier acte: devant les premières révélations, certains disent que les preuves apportées ne sont pas recevables, que c'est impossible, qu'on ne peut pas y croire.

Deuxième acte: devant les preuves qui s'accumulent et la mauvaise foi patente des personnes mises en cause, et qui se contredisent, ils minimisent; "l'erreur est humaine", "il n'y a pas mort d'homme", etc...

Troisième acte: devant l'obstination des journalistes à gratter là où ça fait mal, certains lecteurs parlent carrément d'acharnement et leur conseillent d'en revenir à leurs commentaires de dégustation. Le business est une chose trop sérieuse pour être laissée à de simples journalistes - et surtout, des journalistes viticoles.

Avec de tels lecteurs, c'est sûr, le mélange des genres, la prévarication - pardon, le business, ont de beaux jours devant eux.

Pour plus d'info, voir ICI, ICI et ICI

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

28 avril 2012

Gloire à nos amis canadiens (et à tous les amis de la bière)

Une étude récente révèle que chaque année, le Canadien moyen parcourt à pied environ 1.400 km.

Une autre étude révèle que chaque année, le même Canadien moyen boit 83 litres de bière.
 
En croisant les deux, on obtient une consommation de 5,9 litres au 100. Exprimé autrement, cela veut dire qu'un litre de bière suffit à chaque Canadien pour parcourir 17 km.
 
Comme le dit mon copain Irwin Wolkoff, qui me fournit aimablement ces chiffres, "C'est là qu'on se sent fier d'être Canadien"
 

12:04 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |