01 juin 2012

Cogito ergo sum... fatigatus

Je me rends compte, chaque jour un peu plus, à quel point il est difficile d'être toujours "au top" de la réflexion; intéressant; convaincant; pertinent. Et aussi, à quel point les événements quotidiens de notre belle planète rendent dérisoire tout ce que je pourrai vous dire si je veux rester dans ma petite sphère de compétence.

 

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Photo (C) Marc Vanhellemont

 

Ce monde est-il sérieux?

Des élus du littoral atlantique américain ont déposé un projet de loi interdisant les mesures de l'élévation du niveau de la mer en Caroline du Nord, sous prétexte que le "catastrophisme n'est pas bon pour le business".

Un dictateur africain soupçonné de pratiquer la torture vient d'être désigné comme ambassadeur du tourisme de l'ONU.

Deux rabbins israéliens déclarent doctement que la Torah du Roi autorise à tuer les enfants des ennemis d'Israel en temps de guerre, "car sinon ils grandiront et nous porteront préjudice".

A Houla, en Syrie, vendredi dernier, 50 enfants ont succombé sous les balles ou les couteaux de miliciens "non-identifiés".

A Montréal, un assassin nécrophile démembre le cadavre de sa victime...

A Miami, un homme sous l'emprise de la drogue mange le visage d'un SDF...

Et ce ne sont là que quelques bribes de l'actualité de la journée. J'aurais pu en citer d'autres, du même tonneau de sang, de bile, de haine, de bêtise et d'acide...

Et je continue de vous parler de vin.

Le nouveau gouvernement français va-t-il aider la filière viticole?

Les Primeurs de Bordeaux sont-ils vraiment une affaire?

Faut-il préférer Quincy ou Reuilly?

Les concours de vins sont-ils crédibles?

La critique vineuse est-elle en danger?

Les journalistes vineux sont-ils à vendre?

Sont-ils trop chers?

Je vous laisse vous dépatouiller avec ces grandes questions; pour aujourd'hui, je me contenterai de boire à la santé du monde. Et de Frank Ribéry, qui nous parle du Touquet: "Le Touquet, c'est une ville que j'aime bien venir".

Encore un type qui a l'esprit fatigué.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Canada, Etats-Unis, Europe, France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (24) | | | |

08 mai 2012

Après le Campogate, le Sucklinggate...

L'affaire Suckling fait grand bruit au Québec, et pas seulement dans le microcosme des blogs et des journalistes vineux. La grande presse l'évoque abondamment.

Le critique américain t-il été payé pour les dégustations qu'il a faites pour le compte de la SAQ?

Oui, non, un peu; pas pour ça, pas que pour ça; pour la production des vidéos, mais pas toute la production; enfin, non. Et puis après tout, pourquoi pas?

Ce n'est plus une affaire, c'est un feuilleton, un vrai soap opera, avec des rebondissements, du sang, du fric, des larmes, et même de vraies erreurs de scénario, de mauvais raccords entre les scènes...

En résumé, selon toute vraisemblance, oui, M. Suckling a bel et bien été payé pour son intervention - entre 18.000 et 24.000 dollars, suivant ce que l'on met dans les factures.

Rien de choquant, il faut bien que toute le monde vive. Sauf que bien sûr, cela met en question l'indépendance de ses choix. Mais du moment que le consommateur le sait...

La protection de ce consommateur exigerait peut-être qu'on appose un bandeau déroulant sous les videos: "Attention, les choix de M. Suckling ont pu être influencés par l'argent reçu." Ou bien, plus direct: "Le publireportage peut nuire à la qualité de votre information/Advertorial can damage your information".

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www.jamessuckling.com

C'est d'autant plus important qu'au Québec, où la commercialisation du vin est un monopole, le consommateur est aussi le contribuable, et que l'argent dépensé par la SAQ au profit de la Cabane à Suckling (jeu de mot québcois, désolé, je n'ai pas pu résister) est celui... des Québecois.

Prendre l'argent dans leur poche pour qu'un Amerloque vienne leur dire ce qu'ils doivent boire, ou plutôt, ce qu'ils boivent déjà (car M. Suckling n'a rien sélectionné de nouveau), c'est fort, très fort.

Deux choses m'intriguent, dans cette histoire.

Primo, il y a la curieuse gestion de la communication à la SAQ. En faisant la lumière dès le départ sur la nature du lien qui le liait à M. Suckling, le Monopole aurait étouffé l'affaire dans l'oeuf.

Qui, d'ailleurs, connaissant un peu M. Suckling, et voyant qu'il mettait sa notoriété au service de la SAQ, aurait pu croire qu'il le faisait gratis pro deo? C'est un peu comme si Bill Clinton venait animer la fancy fair de l'école primaire du Sacré-Coeur de Waterloo, et pour pas un rond. Même pas en rêve.

Mais comprenons-nous bien: il n'y a pas de mal à ça, c'est la loi du marché, de l'offre et de la demande, il n'y a rien à reprocher à M. Suckling, et en définitive, tout ce qu'on peut exiger de la SAQ, c'est la transparence de ses choix, afin que cet organisme parapublic puisse en assumer la responsabilité devant l'électeur et ses représentants.

Secundo, il y a la réaction de certains lecteurs: d'aucuns accusent les journalistes québecois qui dénoncent la manoeuvre d'en faire trop, d'être des pisse-vinaigre, voire des envieux. Certains vont même jusqu'à dire que M.  Suckling a fait du bon boulot et que c'est le résultat qui compte.

Voila qui rappelle furieusement les commentaires de certains lecteurs dans l'affaire Campo-Miller-Parker.

Premier acte: devant les premières révélations, certains disent que les preuves apportées ne sont pas recevables, que c'est impossible, qu'on ne peut pas y croire.

Deuxième acte: devant les preuves qui s'accumulent et la mauvaise foi patente des personnes mises en cause, et qui se contredisent, ils minimisent; "l'erreur est humaine", "il n'y a pas mort d'homme", etc...

Troisième acte: devant l'obstination des journalistes à gratter là où ça fait mal, certains lecteurs parlent carrément d'acharnement et leur conseillent d'en revenir à leurs commentaires de dégustation. Le business est une chose trop sérieuse pour être laissée à de simples journalistes - et surtout, des journalistes viticoles.

Avec de tels lecteurs, c'est sûr, le mélange des genres, la prévarication - pardon, le business, ont de beaux jours devant eux.

Pour plus d'info, voir ICI, ICI et ICI

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Canada | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |