17 octobre 2010

"Vignobles et découvertes 2010": premiers sites labellisés

Le Secrétariat d'Etat au Tourisme et le Conseil Supérieur (français) de l'Oenotourisme ont annoncé la liste des sites ou circuits oenotouristiques labellisés  "Vignobles et Découvertes", en cette toute première promotion.

En Beaujolais, la destination "Beaujolais des Pierres Dorées".

En Bourgogne, la Colline de Montrachet, la Colline de Corton et  Dijon - Côtes de Nuits.

A Cognac, "Le vignoble de Cognac".

En Loire, La Vallée du Layon, la Vallée du Loir et la Vallée de la Loire Chinon - Bourgueil - Azay.

En Rhône, le projet "Vallée du Rhône Crussol Côtes du Rhône".

Dans le Sud-Ouest, le Pays des Bastides et vignoble du Gaillac.

Pas de label cette année pour la Provence, l'Alsace, la Champagne, la Savoie, le Centre-Loire, le Jura ni le Languedoc-Roussillon.

16 octobre 2010

On a mis Lapierre en bière

Eric Boschman revient sur la disparition de Marcel Lapierre; et s'emporte au passage contre certains dévoyés du nature... (non, Olif, ce n'est pas pour toi).

On a mis Lapierre en bière

J’aurais préféré l’inverse, mais on ne peut pas toujours choisir. Saleté de vie. Je me demande pourquoi, comme sur les étiquettes des bouteilles de vin, personne ne met de pictogramme sur nos bulletins de naissance pour bien démontrer que vivre tue. Presque toujours trop rapidement. Marcel Lapierre est mort, et cela ne fera pas les choux gras de votre, habituelle, gazette à people. Marcel Lapierre est mort alors que beaucoup trop tant d’autres vivent encore. Et on dira encore que la vie est injuste. Ce n’est pas injuste, c’est carrément inique, amer.

Je vois bien que vous avez l’impression que là je suis en train de me répandre pour moi et deux ou trois super initiés et que vous avez envie de vous tirer pour lire les résultats de Jean-Michel Saive en page quarante deux. Faites comme bon vous semble, l’avantage de la presse c’est qu’elle permet de lire les deux articles sans manipulations excessives. Il suffit pour cela de tourner les pages dans un sens ou dans l’autre. Pas besoin d’appuyer sur le bouton rouge de votre zapette ou Dieu seul sait quelle autre singerie encore. En parlant de Dieu, je ne voudrais pas médire, mais j’ai l’impression que là-haut, il devait y avoir pénurie depuis quelques temps a voir le nombre de ses serviteurs talentueux faiseurs de pinard qu’il rappelle à lui, ça sent presque la mobilisation générale. Oh, là-haut, puisque l’on arrête bien le progrès, il serait pas temps d’arrêter les bêtises ? Il y a un tas d’autres gars rappelables, en pleine force de l’âge, même des qui font du sport en short dans les bois et tout et tout. Pourquoi les rares mecs que je connais vaguement dans le vignoble sont-ils tous candidats au départ prématuré ? MARRE à la fin. Mais bon, sang, ne tournez pas la page aussi vite. Restez, je vais vous raconter un peu qui était le Marcel avant d’être dévoré par le crabe.

D’ailleurs, suivant en cela l’exemple de Pierre Desproges, c’est décidé, ce soir, je vais bouffer un crabe pour me venger. Aujourd’hui, enfin jeudi, lors de la mise en terre de l’homme, les langues se sont déliées. Lui qui parlait vrai, peu, bien droit et surtout pas de bois, il doit tellement se retourner dans sa tombe à entendre les officielles éloges de circonstance que l’on pourrait le transformer en tunnelier. Parce que, pas de chance pour lui qui voulait surtout vivre tranquille le reste de son âge, l’homme est devenu une icône. Malgré lui presque. En faisant le vin tout simplement, suivant la voie tracée par Chauvet principalement, mais aussi quelques autres, il a ouvert une autoroute a un tas d’autres. C’est dément le nombre de médiocres pinardiers qui se réclament de lui aujourd’hui alors qu’ils ne sont que des nains sectaires.

Marcel Lapierre était jusqu'à la semaine dernière un genre de Pape, mon doigt vient de glisser et j’ai corrigé très vite, mais le premier mot apparu sur mon écran était papa, c’est peut-être plus vrais dans son cas. Il était, tentais je d’écrire, devenu le symbole des producteurs de vin nature. Alors qu’il était si loin de ces singeries. Lui, il rendait hommage à sa terre, à ses racines, a celles de ses vignes mais aussi à celles de ses ancêtres. Faire du vin est un acte simple qui demande énormément de travail. Et au moins il y d’apparences, plus il y a de boulot. Chauvet, pas celui de la grotte, le dieu du pinard, Lapierre, des gens simples, normaux, qui n’avaient pas besoin de s’uniformiser pour exister. Même pas membres d’une secte ni d’un courant, comment être à la fois membre et courant? Le Christ était-il Chrétien? Je sais, pour moi aussi c’est dimanche matin ou presque et ce genre de question entre le Nesquick et le pistolet à l’américain, ça me laisse un peu perplexe. Je vais me renseigner.

Pour en revenir au Marcel, grâce à un Goret de mes amis, il y presque vingt ans, je l’ai rencontré pour la première fois. Pas encore une star à l’époque. Non, calmez-vous, lui n’est jamais devenu une star, mais il n’était pas encore starifié par une bande de branleurs qui portent les mauvais vins, mais "NATURE", en bandoulière comme les stigmates d’une différence exceptionnelle. Ces c... ont oubliés que le vin est avant tout un plaisir, et qu’il doit le rester. Pas être pris en otage par des formes exclusives et des looks totaux assortis. Parce que, mazette, à Pèèèèèèris, pour aimer le vin nature, il ne s’agit pas d’oser se déguiser en bourge ou en bobo, il faut revêtir les oripeaux de l’appartenance souffreteuse, car la consommation de vin nature n’est pas à la portée des simples c... Il faut être initié. C’est un peu comme pour les films japonais en noir et blanc sous titrés en serbo-croate et restaurés par des Vénézuéliens refusant le régime de Chavez. Personne n’a envie de les voir tellement c’est hermétique, mais tout le monde s’en réclame, histoire de se positionner socialement.

Aujourd’hui le vin nature est un cordon de miss que les pseudo-intellos du pinard se mettent autour de la poitrine, histoire de justifier leurs tristes mines et leurs goûts douteux. Mais le Morgon de Lapierre, avant que d’être un étendard porté bien haut par un tas de gens qui ne comprennent rien au vin et à sa terre, était un vin rock & roll. Rock et vin, comme à l’époque ou le rock se demandait s’il allait mourir mais où il jouait avant de calculer. Depuis, il tourne en boucle et à un plan de carrière au départ de son garage, et le vin nature a généré une secte d’adorateurs un peu chiants.

Grâce un goret de mes amis, un jour de Rock et de vin, au Botanique à Bruxelles, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans auront un peu de mal à connaître, j’ai mis le nez dans un verre de son gamay. Depuis, j’ai cette odeur si particulière calée quelque part au fond de mes neurones. Mélange d’épices, de poivre noir, de paille coupée, de cour de ferme, entre le rustique et le complexe. Personne ne parlait alors de vin nature. On parlait de vin difficile à faire sans soufre, mais personne ne faisait du vin pour souffrir. La rédemption dans la douleur, c’est tout un programme, ça fait marcher pas mal de monde depuis quelques années, mais c’est loin de l’idée du vin de l’homme. Le Beaujolais est fait pour être bu, simplement, comme tous les autres vins. Pas pour être glacé, torturé ou galvaudé par quelque producteur de jolies fleurs. Mais Marcel Lapierre lui a donné des nouvelles lettres de noblesse. Il y aura désormais l’avant et l’après. «Marcel, tu seras la pierre sur laquelle je bâtirai mon gamay». Je ne me rappelle plus vraiment qui a dit ça, mais c’est tellement vrai. A l’heure où la lumière semble poindre sur l’horizon économiquement extrêmement difficile du Beaujolais, un des hommes qui lui a rendu sa dignité et sa fierté tire sa révérence et s’en va au hasard sur les route du ciel. Ne serait pas là un signe de suprême élégance de la part de celui qui ne voulait pas être un maître ?  

Eric Boschman

Les vins de Marcel Lapierre sont disponibles en Belgique chez Jean-François Basin : 0496 28 48 48

00:56 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, Bourgogne | Tags : lapierre, boschman, nature | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |