20 avril 2011

Les Chardonnays de Patriarche

Ce dimanche, par une belle après-midi de printemps, mon ami Marc Vanhellemont et moi nous sommes attelés à la dégustation de quelques chardonnays de la maison Patriarche, aimablement mis à notre disposition par Julien Lepont. Nous connaissons tous les deux la maison pour l'avoir visitée ensemble à plusieurs reprises, grâce à l'excellent Laurent Courtial (Rouge Granit).

Mais ayant encore à l'esprit le post de François Mauss sur l'indépendance journalistique, nous avons fait abstraction de ces bons souvenirs pour nous attacher aux vins, et aux vins seulement. Avaient-ils été "préparés" pour nous? Certainement pas. Ce n'est pas le genre de Julien. Et puis nous n'étions pas aux Primeurs. Il s'agissait de produits de la gamme "négoce", la base de l'offre de Patriarche, donc.

L'exercice avait un intérêt non négligeable: de nous permettre de calibrer nos papilles sur les différentes expressions du Chardonnay, avec un millésime de belle facture: 2009.

Et parce que j'ai été échaudé récemment lors d'une dégustation de Bourgogne blancs, j'ai consciencieusement redégusté les vins le lendemain midi chez moi. Bien m'en a pris, car dans certains cas, j'ai noté des améliorations. Sensibles. Un conseil, donc: n'hésitez pas à carafer vos chardonnays...

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Les forces en présence

Mercurey 2009

Iode et citronnelle au nez; la bouche est fraîche, avec des nuances de biscuit au beurre; puis déboulent quelques notes florales et même, plus surprenantes, des notes de cognac ou de whisky de malt. 14/20

Auxey-Duresses 2009

Un peu de réduction, mais avec le temps, apparaissent de sympathiques notes d'acacia et de fleurs blanches.  La bouche est joliment boisée, pas trop. Bonne acidité. Un vin très équilibré, beau représentant d'une appellation voisine de Meursault, mais beaucoup moins connue. C'est à droite au fond en sortant... 14,5/20

Chassagne-Montrachet 2009 Les Embazées

Fin. Complexe, fruits confits au nez (mandarine et mangue, dixit l'ami Marc); puis du grillé-beurré, du gras et de la vivacité, en bouche; très belle longueur,  un impression de plénitude; de la tension, de la sapidité, aussi. 15,5/20

Mâcon-Villages 2009

Quel joli nez! Fleurs blanches, pêche blanche, tarte aux reine Claude, très séduisant. En bouche, ce vin présente un beau gras, mais rien de pâteux. C'est solaire, drions-nous. En finale, retour du fruit, bien enrobé; et puis surtout, un  goût de revenez-y. 15,5/20

Meursault 2009

Je n'ai pas tellement aimé le boisé grillé envahissant, doucereux, ni l'amertume. Est-ce à ça que font allusion les ABC (anything but chardonnay)? Pour cette prise de contact, ma note est de 11/20. Le lendemain, c'était un peu mieux. Le bois semblait mieux intégré, on notait un certain gras, de l'amplitude. L'amertume avait disparu. Manquait un peu de vivacité et de complexité, tout de même. 12,5/20

Puligny Montrachet les Folatières 2009

Amertume du bois, bouche un peu fade, la première impression est assez décevante. Le lendemain, le vin s'est  ouvert. Pêche, coing au nez, un soupçon de curry; et surtout nettement plus de gras en bouche. Le bois est noble. Mais on n'atteint ni la complexité, ni l'élégance du Chassagne. Je donne un petit 13/20.

Voila qui peut étonner: la "hiérarchie" des grands blancs de la Côté de Beaune n'est pas respectée. Et alors! A chaque millésime, à chaque vin sa vérité!

En résumé: pas mal du tout pour une "entrée de gamme". Quelques déceptions - surtout là où l'on s'attendait à mieux, en Meursault et en Puligny, mais à l'inverse, une belle surprise avec l'Auxey-Duresse et la confirmation de tout le bien que je pense déjà du Mâconnais et de la Côte Chalonnaise, en termes de rapport plaisir-prix. Plus globalement, Patriarche reste une valeur sûre du négoce bourguignon.

Et vive le chardonnay de Bourgogne, propice à tant d'interprétations, du plus simple au plus majestueux! Et à tant de beaux accords gastronomiques...

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Marc pendant l'effort

00:18 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France, Gastronomie | Tags : vin, vignoble, bourgogne, négoce, patriarche | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

26 mars 2011

Vin français: simplifier ou expliquer?

"Les vins français doivent revenir plus accessibles aux consommateurs, plus compréhensibles, moins ésotériques, moins élitistes, déclarait récemment Anne Haller, de France Agri Mer. Se basant sur un étude commanditée par l'office de promotion agricole français, elle enfonçait le clou: "Les consommateurs veulent bien boire du vin français mais pour eux ce doit être un service facile, ils ne souhaitent pas faire des efforts, être éduqués".

C'est dommage, parce que la mission d'explication, c'est justement celle de la presse. Je ne compte donc pas sur France Agri Mer pour m'y aider.

C'est dommage aussi pour les gens qui s'évertuent à faire des vins "compliqués" - je veux dire, autre chose que les 5 grands cépages mondiaux, tous hyper-concurrencés. Autre chose que des vins évidents.

france agrimer,vin,vignoble

"Bon alors pour simplifer votre acte d'achat, on a maintenant deux types de rouge en France, la bouteille haute et la bouteille basse. Vous mettez les étiquettes que vous voulez, c'est la cuvée Agri Mer"

C'est dommage, parce que j'ai du mal à comprendre comment France Agri Mer entend faire passer le message français avec le type de vins qu'il prône. Suggère-t-il de jouer uniquement sur le prix? J'ai le regret d'annoncer à Mme Haller que sur ce chapitre, à cépage égal et à qualité égale, nos amis Australiens, Sud-Africains et Chiliens sont plus que compétitifs. L'entrée de gamme, ils connaissent. Le premium aussi. Ils y sont même souvent plus forts que nous. Simplifier, dans ce contexte, cela risque fort de faire perdre au vin de France son "unique selling proposition".

Mais de qui au juste France Agrimer est-il le porte-drapeau, avec sa "simplification"?

A l'évidence, pas des petits Bourguignons épris de leurs climats et cherchant à affirmer leur différence. Quitte à l'expliquer.  Au risque de vous surprendre, tous les consommateurs étrangers ne sont pas décérébrés; il y en a même qui demandent de l'info.

Non, je pense que cette approche "basique" s'adresse plutôt aux grands faiseurs cherchant à écouler leurs volumes à l'export, alors que le marché français se rétracte. Mais cette France là me rend plutôt... aigre et amer.

Au fait, les deux types de producteurs ne financent-ils pas France Agri Mer?

 

 

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Bourgogne, France, Vins de tous pays | Tags : france agrimer, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (10) | | | |