05 novembre 2011

Chablis Grand Cru les Preuses, Domaine Brocard

Jean-Marc Brocard s'est taillé un beau domaine à Chablis. Son fils Julien a pris le relai et généralise peu à peu la biodynamie dans toutes ses vignes en propre.
Fin octobre, Marc Vanhellemont et moi avons eu la chance de pouvoir déguster sur place leurs Chablis Grand Cru sur les 3 derniers millésimes. Pour les 2010, il s'agit évidemment encore de bébés (aux épaules déjà solides). Pour les autres, c'est selon, mais l'attente ne fera sans doute qu'aviver le plaisir...

J'ai particulièrement apprécié le Grand Cru Les Preuses, qui, sur les trois millésimes dégustés, m'a semblé le plus régulier. Hasard ou non, la vigne appartient en propre aux Brocard, qui la travaillent déjà en biodynamie. Petit clin d'oeil sur l'étiquette: elle arbore une coccinelle et des quartiers de lune.

Le vin est élevé en barrique. Ca vous inquiète? Moi aussi, au départ. Mais, à l'évidence, ce cru a la matière pour soutenir un tel traitement. Si c'était une voiture, Les Preuses serait une Lamborghini, un bolide de grande race et à la grosse cylindrée, aux lignes fluides, une certaine image de la puissance et de la pureté conjuguées.

Préhy.jpg

L'église de Préhy, au pied des vignes de Brocard

Les Preuses 2010

Nez encore fermé, mais quelle puissance et quelle belle acidité - tranchante, oui, mais tranchant une trame serrée. Et quelle longueur! L'expression ultime du Chablis? Peut-être, si cette idée a un sens (à attendre au moins 3 ans, bien sûr, et à carafer). 16/20

Les Preuses 2009

Splendide. Citron, pamplemousse rose. Le bois est encore assez présent mais se fond, conférant au vin une texture suave, légèrement beurrée, que vient trancher une superbe acidité. Bien sûr qu'on peut l'attendre, mais l'ensemble est déjà si beau... 17/20

Les Preuses 2008

Un vin dont on sent qu'il a été travaillé, le nez est déjà un peu confit, amande, jasmin. En bouche, une impression de gras, pas sans sucre (le glycérol, le bois?), et une finale joliment saline, un rien d'amer qui prolongue la finale. Les scientifiques nous disent que les vignes ne  puisent rien dans la pierre, qu'il n'y a pas de minéralité tirée du sol; Pourtant, là, on s"y tromperait...   Beau potentiel de garde. 17/20

Domaine Brocard, +33 3 8641 49 00

13:13 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne | Tags : brocard, chablis, bourgogne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

25 octobre 2011

Gevrey, le tractopelle et la journaliste... ne tirez pas sur le pianiste!

Au détour de mon billet sur mes belles rencontres savoyardes, la semaine dernière, je vous ai indiqué un texte de ma consoeur Florence Kennel sur le concassage d'un premier cru à Gevrey-Chambertin.

Je vous le redonne aujourd'hui, c'est ICI

Moins pour l'article, dont je suppose que vous avez déjà pris connaissance (Olif en a parlé aussi sur son blog, hier), que pour les commentaires.

Et plus précisément deux.

Celui de Dominique Rézette, d'une part; celui-ci, si je le décrypte bien, va intervenir auprès de Denis Saverot pour faire modifier (ou interdire?) le dossier à paraître dans la RVF sur ce thème; il évoque même une action au pénal... Je ne connais pas ses motivations, mais c'est pour le moins un acte fort.

florence kennel,gevrey-chambertin

Florence n"hésite pas à mettre les pieds dans les vignes - ici, en Savoie (Photo H. Lalau).

Celui d'un anonyme, de l'autre, répondant au pseudo de "timeisrunningout". Ce dernier nous livre une argumentation discutable, mais parfaitement recevable, sur les bienfaits du pelletage; ce qui me gêne beaucoup plus, c'est qu'il se croit obligé de décrédibiliser la pauvre Florence, en des termes infâmants; passe encore qu'il mette en doute sa compétence (je peux pourtant témoigner qu'elle sait ce qu'est un pied de vigne, tout comme Jean-Michel Deiss), il met aussi en doute son honnêteté, ce qui est plus grave. Et il se permet encore de l'insulter en des termes quasi-orduriers: "les vieilles vous diraient que si la pilule avait existé de leur temps, vous ne seriez pas là pour écrire de telles inepties".

On se croirait revenu aux purges staliniennes! Salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose.

Pour moi, ce genre d'attaques "ad hominem", (ou plutôt, ici, ad feminem), ne servent vraiment pas la cause de ce qu'elles veulent défendre. Elles la disqualifient plutôt. Je pense que le vin, produit convivial, mérite mieux. Que l'on peut exposer ses divergences d'opinion sans agiter du papier bleu, ni recourir à l'invective.

J'en appelle donc à plus de mesure. Ne tirez pas sur le pianiste! Florence ne fait que dire ce qu'elle a vu, que pointer ce qui la choque, et c'est la mission d'une journaliste.

Mais sans doute faut-il en revenir aux textes de loi. La viticulture française est soigneusement encadrée, on le sait, et notamment Gevrey-Chambertin. Dans le décret 2009-1207 relatif aux AOC «Gevrey-Chambertin», «Irancy», «Ladoix», «Maranges», «Marsannay», «Meursault», «Monthélie», «Pernand-Vergelesses» et «Pommard», on lit le texte suivant (chapitre II, paragraphe 2, alinea b):

"Seuls sont autorisés les aménagements ou travaux avant plantation de vignes qui n'entraînent pas de modification substantielle de la topographie, du sous-sol, de la couche arable ou des éléments structurant le paysage d'une parcelle de l'aire délimitée".

C'est ICI

Ceci répondra peut-être au commentaire de Mme Plessis, une vigneronne angevine qui a elle-même eu recours au tractopelle à Savennières. Gevrey-Chambertin a sa propre réglementation qu'il convient de respecter, sauf à faire passer ses opinions avant la loi.

Florence dénonce, avec raison, une irrégularité, et tout le reste, les commentaires, le rappel des mânes cisterciennes, les exemples de concassages passés, restera hors sujet tant que les vignerons, qui sont à l'origine de cette réglementation, la tiendront pour leur.

00:37 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne | Tags : florence kennel, gevrey-chambertin | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |