10 janvier 2012

Wishful thinking, version Crémant de Bourgogne

Suite à de nouveaux commentaires, je crois utile de remettre à l'honneur cette chronique que je persiste à signer, n'en déplaise au commentateur anonyme qui me dit que je ne connais rien au vin ni à la vérité... C'est son droit, comme c'est le mien d'en rigoler. Alors autant en rire ensemble, amis lecteurs!

 

Je sais que la pub est l'art de la mise en valeur, voire du maquillage. Voire du camouflage.

Mais à priori, il doit toujours y avoir un fond de vérité sur lequel appuyer les messages. Sauf à jouer le décalage complet, le contre-pied. Et encore, dans ce cas, c'est généralement de l'humour.

Dans le cas des visuels de la campagne des Crémants de Bourgogne, je ne vois ni humour, ni vérité. Juste ce que les Anglais appellent wishful-thinking. En bon bourguignon: "prendr' ses désirs pour des réalités, vindju".

 

Jugez plutôt:

cremant_campagnexport.jpg

 A croire avec modération

Je comprends mieux à présent la mention "A consommer avec modération" (inutile à l'export). Elle n'est pas tant là pour les consommateurs que pour les publicitaires. Parce que le jour où New York aura "reconnu" le Crémant de Bourgogne, on aura fumé toute la moquette dans les agences.

En attendant, il me semble qu'à la Grosse Pomme, on préfère encore le Champagne (français ou californien), ou à défaut, le Prosecco.

Dans la plus proche et plus francophile Belgique, le Champagne a bien perdu un peu de sa superbe, ces dernières années, mais ce n'est pas le Crémant de Bourgogne qui en profite, mais le Cava. D'ailleurs, on aimerait bien en boire plus, du Crémant de Bourgogne. Mais encore faudrait-il qu'on en trouve dans les magasins, chez les cavistes, et puis qu'on connaisse les marques. Parce que des campagnes génériques, c'est bien, mais en définitive, dans les mousseux, ce sont des marques qu'on achète.

Il faudrait donc que les marques investissent aussi. Il y en a, au fait? Demandez au consommateur belge dans la rue, je pense qu'il peut vous citer deux ou trois marques de Cava (Freixenet et Codorniu, ou bien peut-être Pere Ventura, ou encore Ferriol); mais un nom de Crémant de Bourgogne, alors ça, non, je ne crois pas.

Avec tout mon respect pour la Veuve Ambal (déjà qu'elle a perdu son mari!) ou la Cave de Bailly, c'est une réalité que les belles affiches de publicité newyorkaises ne suffiront pas à changer...

 

19:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Bourgogne, Etats-Unis | Lien permanent | Commentaires (12) | | | |

06 janvier 2012

L'Unesco doit-il classer les Climats de Bourgogne?

Je sais, la question peut sembler incongrue. Aurais-je perdu la raison? Aurais-je perdu tout sens patriotique?

Non, je vous rassure. La Bourgogne est un beau vignoble, personne ne peut lui enlever ça. Pas toute la Bourgogne, bien sûr, mais en triant le bon grain de l'ivraie, on devrait bien parvenir à identifier des zones méritant l'attention de l'Unesco. Ce qu'il faudrait, c'est trouver des zones à forte personnalité, où l'histoire se lit dans le paysage, un peu comme à Lavaux, en Suisse... Au fait, pourquoi Lavaux et pas Banyuls, par exemple? Mais je m'égare.

En tous cas, ne nous y trompons pas, il ne s'agit pas de classer des vins - opération toujours subjective, et puis toujours remise en cause, à chaque millésime. Il s'agit de classer un patrimoine, au sens Unesquien du terme. A savoir: 

“les œuvres conjuguées de l’homme et de la nature, ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une Valeur Universelle Exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique”.

Il paraît qu'une trentaine de milliers de personnes ont déjà signé une pétition en faveur de ce classement. C'est  relativement peu, je trouve, sur 1,6 million de Bourguignons, sans compter les aficionados extérieurs.

Mais peut-être l'opération n'intéresse-elle moins la population que ne le suppose ses édiles. Même dans la Côte, il y a des gens qui se moquent des terroirs comme de la première cilice des moines de Citeaux. La caissière de Lidl  de Beaune boit rarement du Corton. Et puis les jeunes décrochent du vin, même dans les régions viticoles.  Il ne font même plus les vendanges. Au point qu'on embauche des Polonais ou des Roumains pour les faire.

Mais revenons à l'Unesco.

Ce qui m'interpelleteuse, dans cette histoire, c'est le sens que l'on donne à ce genre de classement.

Va-t-on par exemple mieux protéger ce patrimoine? Empêcher les abus du type de Gevrey? Et puis, interdire la chimie, pendant qu'on y est? Tu rêves, Hervé! Tu ne veux pas aussi qu'on en revienne aux monastères?

A ce titre, l'exemple de Saint-Emilion n'est pas vraiment probant; mais l'Unesco a-t-il un droit de regard sur les nouvelles constructiions, par exemple, ou s'en remet-il à la conscience patrimoniale des autorités locales?

Le classement a-t-il donc un intérêt autre que promotionnel, touristique et mercantile?

Ne vaudrait-il pas classer moins, mais mieux assurer  le suivi? Ne dévalue-t-on pas la mention quand on la donne trop facilement?

 

 

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |