24 mars 2014

La belle famille recomposée du Cabernet Sauvignon

Pas évident de suivre les frasques des cépages de génération en génération. Ceux-ci semblent trouver un malin plaisir à brouiller les pistes. En plus, ils n'ont aucune morale, aucun sens des convenances, ne respectent aucune frontière, ni provinciale ni nationale, ni le sexe, ni la religion, bref, ils emmerdent résolument les ampélographes et les journaleux comme moi; ils n'ont font qu'à leur cep.

Prenez le cabernet-sauvignon; selon José Vouillarmoz (Wine Grapes), ce cépage emblématique du Bordelais serait aussi Bourguignon que Basque.

Suivez le raisonnement:

Le Cabernet-Sauvignon est issu du Cabernet Franc (Basque ou Béarnais, soyons larges) et du Sauvignon (de Loire). Oui, mais ce dernier n'est qu'un Sauvignon déguisé. Un Jurassien, donc. Sauf que le Savagnin a du sang de Pinot dans les veines - ou plutôt, dans les gènes. Comme le Chenin d'ailleurs. Même que le Pinot "aurait fauté avec une belle variété de passage mais qu'on sait pas son nom, cré vins dieux".

Pour plus de clarté (?), voici l'arbre généalogique de la famille Cabernet (et alliés). Il manque des noms, si vous avez des loisirs, merci de vous y intéresser, et rappelez-moi.

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J'ai trouvé l'info sur le blog de l'excellent Laurent Gotti (Bourgogne Aujourd'hui). Auquel je proposerais bien de fonder Bourgogne d'Avant-Hier, avec, pour le numéro un, une dégustation exclusive de Savagnin de Meursault, de Gouais de Puligny et de Jamel de Gouze. Pas sûr qu'on fasse un score, mais au moins, on aura fait avancer la science!

 

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

08 mars 2014

C'était mieux avant - vraiment?

Avez-vous, comme moi, l'impression étrange que le monde s'est arrêté le jour de vos vingt ans?

Vous surprenez-vous, parfois, le matin, en vous regardant dans la glace, parce que le duvet qui couvrait vos joues est devenue une barbe grisonnante (désolé mesdames, pour vous, il y sans droite d'autres indices).

Vous dites-vous parfois que c'était mieux avant? Que les Bourgognes de Papa avaient un autre goût?

En rangeant mon bureau, hier, je me suis rendu compte que le plus gros de ma collection de musique était constitué de disques des années 60-70. Ceux qui sont sortis après 85 se comptent sur les doigts d'une main.

Pour les livres, j'ai bien peur que ce soit la même chose, à peu de choses près.

Pour les films, cependant, c'est différent.

J'ai racheté de temps à autres des films ou des épisodes de séries qui me plaisaient "quand j'étais jeune". J'ai été souvent déçu. Manque de rythme. Nous sommes habitués à plus de vivacité, nous n'avons plus besoin qu'on nous explique autant.

Il y a des exceptions, bien sûr. Je pense que je pourrais toujours regarder des films comme 2001, Les Tontons Flingueurs, Un Singe en Hiver, Bons Baisers de Russie, La 7ème Compagnie, Papy fait de la Résistance, Les 12 Salopards, Le Corniaud, Le Viager, The Sand Pebbles, La Grande Evasion, Sacré Graal, et bon nombre de films de Disney en boucle jusqu'à tomber de sommeil.

Par contre, revoir Robin des Bois ou les premiers Star Trek est presque une souffrance. Même l'effet "vintage" ne suffit pas à gommer la déception.

Alors était-ce forcément mieux avant? Sans doute pas. Peut-être que je n'aimerais plus les Bourgognes de mon père.

Mes goûts ont changé et les vins ont changé.

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Les vins sont-ils s'ailleurs ces "time capsules" dont raffolent les Américains, qui en enterrent dans les cours d'école avec la ferme intention de les rouvrir dans 100 ans?

Ce n'ai pas vraiment ma préoccupation.

J'ai un penchant pour le fruit. Ce n'est pas un jugement de valeur, juste une constatation. Alors, pour ma consommation, je préfère les vins jeunes.

Je ne vous dégoûte pas des autres. D'ailleurs, je crois être à même de discerner le bon et le moins bon dans les vins vieux aussi.J'en ai eu l'occasion il y a quelques années à Madère (avec un 1794 et un 1815). Ou plus récemment à Bourgueil, chez Lamé-Delisle Boucart - avec un rouge de 1893, et un rosé de 1947 ma foi tout à fait buvables.

Et je ne vous dis pas la valeur poétique ajoutée qu'il y a dans ces vins. Boire le vin de l'arrière grand père du vigneron, boire le vin de Napoléon, de Marie Antoinette, quoi de plus beau? Surtout pour un plumitif!

Je ne pense pas que mes papilles s'affutent pour l'occasion, mais je suis sûr que mon attention est plus aiguisée que pour une bouteille habituelle. Bien sûr, je ne cherche pas les mêmes choses dans ces vins-là - je suis même prêt à faire preuve de beaucoup de mansuétude. Pas question de mégoter sur les notes d'évolution! Mais il me faut quand même un certain équilibre, autre chose que du vieux bois, des notes d'acescence, un côté décharné. C'est malheureusement ce que j'ai trouvé, il y a quelques jours, dans quelques vieux Médocs de noble extraction. Et chers, en plus.

Au risque de choquer mes amis (au premier rang desquels François Audouze, qui voudra bien m'excuser), je préfère embrasser les filles plutôt que les grands-mères.  J'adore l'histoire, bien sûr, mais pas au point de devenir nécrophile.

Par ailleurs, je me pose des questions sur l'évolution des vins d'aujourd'hui: plus d'alcool, plus d'extraction, des équilibres différents en termes de pH, d'acidité, de sucrosité, moins de sulfites... comment toput cela vieillira-t-il.

Pourra-t-on jamais dire si c'était vraiment mieux avant?

 

 

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, Histoire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |