08 mars 2014

C'était mieux avant - vraiment?

Avez-vous, comme moi, l'impression étrange que le monde s'est arrêté le jour de vos vingt ans?

Vous surprenez-vous, parfois, le matin, en vous regardant dans la glace, parce que le duvet qui couvrait vos joues est devenue une barbe grisonnante (désolé mesdames, pour vous, il y sans droite d'autres indices).

Vous dites-vous parfois que c'était mieux avant? Que les Bourgognes de Papa avaient un autre goût?

En rangeant mon bureau, hier, je me suis rendu compte que le plus gros de ma collection de musique était constitué de disques des années 60-70. Ceux qui sont sortis après 85 se comptent sur les doigts d'une main.

Pour les livres, j'ai bien peur que ce soit la même chose, à peu de choses près.

Pour les films, cependant, c'est différent.

J'ai racheté de temps à autres des films ou des épisodes de séries qui me plaisaient "quand j'étais jeune". J'ai été souvent déçu. Manque de rythme. Nous sommes habitués à plus de vivacité, nous n'avons plus besoin qu'on nous explique autant.

Il y a des exceptions, bien sûr. Je pense que je pourrais toujours regarder des films comme 2001, Les Tontons Flingueurs, Un Singe en Hiver, Bons Baisers de Russie, La 7ème Compagnie, Papy fait de la Résistance, Les 12 Salopards, Le Corniaud, Le Viager, The Sand Pebbles, La Grande Evasion, Sacré Graal, et bon nombre de films de Disney en boucle jusqu'à tomber de sommeil.

Par contre, revoir Robin des Bois ou les premiers Star Trek est presque une souffrance. Même l'effet "vintage" ne suffit pas à gommer la déception.

Alors était-ce forcément mieux avant? Sans doute pas. Peut-être que je n'aimerais plus les Bourgognes de mon père.

Mes goûts ont changé et les vins ont changé.

vieux-millésimes-de-Madère.jpg

Les vins sont-ils s'ailleurs ces "time capsules" dont raffolent les Américains, qui en enterrent dans les cours d'école avec la ferme intention de les rouvrir dans 100 ans?

Ce n'ai pas vraiment ma préoccupation.

J'ai un penchant pour le fruit. Ce n'est pas un jugement de valeur, juste une constatation. Alors, pour ma consommation, je préfère les vins jeunes.

Je ne vous dégoûte pas des autres. D'ailleurs, je crois être à même de discerner le bon et le moins bon dans les vins vieux aussi.J'en ai eu l'occasion il y a quelques années à Madère (avec un 1794 et un 1815). Ou plus récemment à Bourgueil, chez Lamé-Delisle Boucart - avec un rouge de 1893, et un rosé de 1947 ma foi tout à fait buvables.

Et je ne vous dis pas la valeur poétique ajoutée qu'il y a dans ces vins. Boire le vin de l'arrière grand père du vigneron, boire le vin de Napoléon, de Marie Antoinette, quoi de plus beau? Surtout pour un plumitif!

Je ne pense pas que mes papilles s'affutent pour l'occasion, mais je suis sûr que mon attention est plus aiguisée que pour une bouteille habituelle. Bien sûr, je ne cherche pas les mêmes choses dans ces vins-là - je suis même prêt à faire preuve de beaucoup de mansuétude. Pas question de mégoter sur les notes d'évolution! Mais il me faut quand même un certain équilibre, autre chose que du vieux bois, des notes d'acescence, un côté décharné. C'est malheureusement ce que j'ai trouvé, il y a quelques jours, dans quelques vieux Médocs de noble extraction. Et chers, en plus.

Au risque de choquer mes amis (au premier rang desquels François Audouze, qui voudra bien m'excuser), je préfère embrasser les filles plutôt que les grands-mères.  J'adore l'histoire, bien sûr, mais pas au point de devenir nécrophile.

Par ailleurs, je me pose des questions sur l'évolution des vins d'aujourd'hui: plus d'alcool, plus d'extraction, des équilibres différents en termes de pH, d'acidité, de sucrosité, moins de sulfites... comment toput cela vieillira-t-il.

Pourra-t-on jamais dire si c'était vraiment mieux avant?

 

 

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, Histoire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

24 février 2014

Le cas Giboulot: quelques réflexions de mon cru

Dans l'attente de l'ouverture du procès, aujourd'hui à Dijon. L'affaire Giboulot continue à faire couler de l'encre - et même, à diffuser des ondes, car le vigneron bourguignon a été longuement interrogé ce matin sur RTL.

Ce qui me semble une bonne chose. L'intervieweur a laissé M. Giboulot s'exprimer, mais il n'a pas été complaisant et il a invité des auditeurs à la contradiction, on n'a sans doute jamais autant et aussi bien parlé du problème des pesticides dans la viticulture française sur un media grand public.

Si c'était le but de M. Giboulot, il est atteint.

Une victime consentante? Une étonnante célérité?

Mais je m'interroge sur la genèse de l'affaire.

D'une part, il semble que M. Giboulot ait délibérément choisi de se désigner à la justice: d'après ses dires, il n'y a eu qu'une dizaine de contrôles pour toute la Côte d'Or - alors que, rappelons-le, tous les exploitants étaient obligés de traiter leurs vignes. Et il a été le seul à ne pas pouvoir (vouloir?) fournir une facture prouvant qu'il avait acheté un produit de traitement. Il sous-entend que d'autres ont pu ne pas traiter mais qu'ils ont fourni une facture pour éviter les ennuis. Nous ne pouvons nous substituer aux enquêteurs et lui donner raison ou tort sur ce point. Nous n'avons pas assisté aux contrôles. C'est juste une possibilité. On notera au passage que s'il est avéré (là encore, je ne peux le vérifier) le nombre de contrôles semble pathétiquement insuffisant pour être dissuasif.

D'autre part, on peut s'interroger sur la rapidité de la réaction de la justice: les faits ont moins d'un an, il n'y a pas mort d'homme, ni peut-être même de vigne, puisque aucun foyer de flavescence dorée n'ont pas encore été repérés en Côte d'Or. Néanmoins, l'appareil judiciaire s'est mis en branle avec une vitesse à laquelle il ne nous a guère habitué (on comparera, par exemple, avec les lenteurs déployées dans les affaires "1815", par exemple. On notera aussi que dans certains cas, alors que des irrégularités sont dûment constatées (non-respect du cahier des charges de certaines appellation, par exemple), la justice ne croit pas utile de se saisir, les affaires se réglant (ou pas) dans la discrétion.

Je m'en voudrais de laisser cette question sans réponse: soit le ministère public a fait du zèle parce que l'autorité préfectorale avait été bafouée (ce qui fait désordre dans un Etat encore très jacobin); soit il y a un lobby phytosanitaire qui voit d'un mauvais oeil qu'on remettre en question la nécessité de traiter. Soit, tout simplement, le coupable a fait trop de bruit.

Le procès des pesticides aura-t-il lieu?

Quoi qu'il en soit, la défense de M. Giboulot ne devrait pas peser bien lourd au tribunal. Il dit qu'il n'a pas traité parce qu'il n'y avait pas de flavescence dans son département. Mais qu'il l'aurait fait s'il y en avait eu. Le juge aura beau jeu de lui répondre qu'un arrêté préfectoral ne s'interprète pas, mais qu'il s'applique à tous.

Le nombre de ses soutiens (un demi-million de pétitions, toute de même) lui vaudra sans doute un peu de clémence de la part du juge; mais elle ne l'exonèrera pas de la faute.

Autre question, peut-être plus essentielle: M. Giboulot nous dit aussi que le produit de traitement agréé "bio" est dangereux pour la faune auxiliaire. Plus même que le produit conventionnel. N'y-a-t-il pas là un problème de définition du bio: comment un produit censé être utilisé dans le cadre d'une démarche plus respectueuse de l'environnement pourrait-il être plus nocif?

Au-delà de la condamnation de M. Giboulot (qui ne me semble pas faire de doute, car les faits sont avérés; je souhaite juste qu'elle soit légère, car le bonhomme n'a rien d'un criminel), ce procès pourrait-il être celui de la filière des pesticides bio, voire du "lobby phyto"?

Rien n'est moins sûr.

Une dernière réflexion pour la route: d'aucuns pensent que ce procès attire inutilement et injustement le regard des consommateurs sur la Bourgogne, accusée de polluer ses vignes. Cela me semble tout à fait hors de propos.

Il y a des chiffres sur les traitements dans les vignobles français; selon ces chiffres, la Bourgogne (et la Champagne) comptent parmi les régions qui traitent le plus, ce qui est lié à la pression des maladies, elles-mêmes liées aux conditions climatiques (humidité, essentiellement). Ce n'est pas l'affaire Giboulot qui y change quoi que ce soit.

 

PS. Voir à ce propos, également, le blog de Laurent Viotti, ICI.

10:38 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France | Tags : giboulot, bourgogne | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |