16 avril 2012

Demain, Latour arrête

"Demain, j'arrête!"

Non, ce n'est pas un accro au tabac ou à la coke qui parle, mais le directeur de Château Latour, Frédéric Engerer, qui annonce que les vins du domaine, à partir de 2012, ne seront plus proposés en Primeur, mais vendus "quand ils seront prêts".

 Je ne vais pas bouder mon plaisir: c'est ce que je souhaite depuis des lustres, ce que je préconise, et pas seulement pour Latour. Les dégustations en Primeurs, auxquelles je mets un point d'honneur à ne pas participer, sont un miroir au alouettes. On essaie de dire d'un enfant de quelques mois la carrure qu'il prendra, le parcours qu'il aura. Et pas pour ses beaux yeux, non, juste pour la trésorerie de son producteur.

Ce n'est pas notre problème. Ce n'est pas notre métier. C'est celui d'un analyste financier. A lui de dire, non si le vin est bon, mais s'il pourra se revendre avec un profit.

Bon, maintenant, Latour va-t-il faire école? Rien n'est moins sûr. Seuls les très grands groupes qui ne vivent pas du vin ont les moyens de se priver de la manne des primeurs, du cash immédiat que cela génère. Car pour y renoncer, il faudrait avoir assez de trésorerie pour faire le pont jusqu'à la date où l'on vendra les vins faits.

Par ailleurs, autre débat: qu'est-ce qu'un vin fait, pour Latour? A quel âge M. Engerer proposera-t-il ses prochains millésimes? Quand on parle de vins censés défier les décennies, voila qui ne sera pas aisé.

Notez que ça se fait déjà ailleurs. Bon nombre de grands vins dans le monde échappent encore (ou déjà?) à la spéculation des Primeurs, parce que leurs auteurs, curieusement, tiennent à ce qu'on les juge comme des produits qui se boivent, qui apportent un plaisir gustatif et de partage, plutôt qu'un retour sur investissement.

 

12:06 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

13 avril 2012

Ecole de sommellerie internationale de Bordeaux: en français, s'il vous plaît!

Mon excellent confrère César Compadre nous révèle que Bordeaux, qui ambitionne de devenir "the" capitale mondiale du vin, aura bientôt son école internationale de sommellerie, alias Worldsom. Ceci, sous la houlette de la Chambre de Commerce et d'industrie locale (déjà principal actionnaire de Vinexpo).

On ne connaît pas encore précisément le contenu du cursus, mais on sait déjà que les cours seront donnés en anglais.

Comme français et francophone, cela me choque. D'autant que le français imprègne depuis longtemps le vocabulaire du vin, de l'élaboration à la dégustation en passant par le service.

Surtout, enseigner en anglais, c'est prendre le risque de couper les étudiants de la réalité locale. Et pourquoi viendraient-ils à Bordeaux?  A ce compte-là, ils seraient plus en phase à Modesto, Cal.

M. Juppé, vous qui avez enseigné au Québec, s'il vous plaît, expliquez à la CCI que le français a encore un avenir... au moins dans le vin.

 

11:26 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |