27 septembre 2012

Classement de Saint Emilion: les raisons de la colère

Qu'il est difficile, en ce bas monde, de faire l'unanimité!

Prenez le cas du dernier classement de Saint Emilion. Jamais, dans l'histoire, une commission de classement n'a été aussi généreuse, jamais autant de châteaux n'ont été classés. Les jurés se sont même payés le luxe d'un petit bouleversement, adoubant deux nouveaux Premiers Grands Crus Classés A; ce qui démontre, non seulement une volonté de bien faire, mais aussi une certaine indépendance d'esprit.

Et pourtant, des voix s'élèvent déjà contre ce classement, dont certaines menacent clairement de déposer des recours en justice.

france,saint emilion

Pavie, 1er Grand Cru Classé... A! (Photo H. Lalau)

Je ne parle pas de ceux qui pensent que les classements ne servent à rien si ce n’est à vendre plus cher. Ni de ceux qui, au contraire, pensent qu’ils faut les graver dans le marbre, comme le classement de 1855, quasi intouchable et pourtant si daté (d’avant le phylloxéxa!).

Reconnaissons au moins ce mérite à Saint Emilion: son classement est régulièrement révisé, ce qui lui permet d’échapper à la critique de l'immobilisme. Et compte tenu des problèmes que la dernière édition a connu (recours multiples devant les tribunaux, avec comme résultat un classement cassé), les organisateurs de l’édition 2012 se sont entourés d’un maximum de précautions, la commission de classement était composée d’experts étrangers à la région, pour éviter toute collusion, - mais la dégustation n’était qu’un des éléments de la décision.

Michel Rolland juge le travail effectué de qualité : «Inattaquable», a-t-il même commenté.

Je n’en suis pas si sûr. Ainsi, Pierre Carle, du Château Croque Michotte, dont le domaine n'a pas été retenu, étudie déjà une riposte légale. il affirme que certains éléments inclus dans les dossiers de candidature étaient erronés. On aimerait en savoir plus.

D'autres, comme Eric d’Aramon (Château Figeac), se contentent pour l'instant d'émettre des réserves; d'Aramon estime sans doute que Figeac avait au moins autant de légitimité pour passer du statut de Premier.

Problèmes de riches? Jalousies? Certainement. Mais on ne peut pas passer sous silence qu'à peine la promotion de Pavie et d'Angelus connue, leurs cours ont flambé.

J'ai beau, à titre personnel, penser que ces classements sont inutiles et les traiter comme non avenus, le marché ne pense pas comme moi. Et pour ce type de vin, qui n'est pas dans les moyens de M. Toulemonde, le statut est au moins aussi important que le contenu.

Et puis, les régles du classement doivent être les mêmes pour tous, c'est une question d'équité.

Que tout ça ne vous empêche pas d'apprécier, comme moi, les bons Saint Emilion...


00:51 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : france, saint emilion | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

23 septembre 2012

Sam, au Château!

Mes amis châtelains bordelais souhaitent que les ronds de cuir de Bruxelles interdisent aux manants de Californie l'emploi du mot Château.

Je les assure de mon soutien de classe et de caste (diantre, ne suis-je pas Chevalier, et en outre, Prud'homme de Saint Emilion)? Pardonnez-moi, braves bourgeois, de monter sur mes grands chevaux, mais j'en fais une affaire de principe.

Mais n'est-il pas trop tard?

Quid de Château Pauqué et de Château de Schengen, au Luxembourg? Quid de Château Mornag, en Tunisie? Sans parler des innombrables châteaux des autres régions de France?

Bon, ce sont de mauvais exemples: ils se situent tous dans des pays plus ou moins francophones, ou de culture viticole française. Même avec beaucoup de largeur d'esprit, on ne peut pas en dire autant de la Californie ou de l'Oregon.

Sur ce coup-là, je pense donc que les Bordelais ont des raisons de réclamer que les Ricains ne se parent pas des plumes du paon - au 18ème, on aurait parlé de "savonnette à vilain".

Après tout, estate est tout aussi joli que château, et beaucoup plus réaliste, beaucoup plus conforme à une réalité historique et géographique quand on entend l'utiliser à Napa, à Portland ou à Modesto.

Modesto. Joli nom. Jolie vertu que la modestie. Je vous redonne la définition: "Retenue dans la manière de parler de soi, absence d'orgueil, de prétention, simplicité. Pudeur." Il n'y en aurait vraiment aucune, de retenue, pour des Américains, à mettre le mot Château sur leurs étiquettes.

Il y aurait même un peu de ridicule.

C'est comme cet hôtel de l'Utah qui s'appelle Château Bellavista Estate. Trois mots, trois langues! Vous parlez d'un melting pot! Bon, ça n'empêche pas le monde de tourner, et ça ne choque probablement personne là-bas - "ah bon, parce qu'il y a d'autres langues que la nôtre"?

Mais c'est à nous de nous battre pour que soient respectées nos spécificités, plutôt que de laisser d'autres s'en accaparer et les exploiter à leur compte.

 

00:22 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Etats-Unis, France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |