28 septembre 2012

Classement de Saint Emilion: quelques réflexions de mon cru

La lecture de l'argumentaire de Pierre Carle, publié ici même hier, me renforce dans mon scepticisme par rapport aux classements. Et pas seulement celui de Saint Emilion.

Certains éléments inclus dans la grille de notation utilisée pour le classement me paraissent totalement hors sujet: en quoi la présence d'une salle de séminaire, d'un attaché de presse, ou de formules d'oenotourisme peuvent-elles déterminer la qualité d'un vin?

D'autres reproches faits à Croque Michotte dans le acdre de la procédure semblent bel et bien infondés, inexacts ou insignifiants.

Par contre, j'ai bien peur que les arguments de M. Carle n'aboutissent globalement à prouver que tout classement est au mieux infondé, au pire inutile. Voire trompeur.

Dans sa lettre, M. Carle précise: "Qu’il soit bien entendu que Croque-Michotte est favorable au classement des vins de l’AOC Saint-Emilion Grand Cru à condition que les règles soient justifiées, équitables et connues à l’avance".

Je pense que ces conditions sont quasi impossibles à réunir.

 

00:28 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

27 septembre 2012

Classement de Saint Emilion: les arguments de Croque-Michotte

Magie du blog et de la réactivité. Je m'interrogeais sur les doléances de M. Carle (Château Croque Michotte) au sujet du nouveau classement de Saint-Emilion; voici que François Mauss me les apporte sur un plateau, ou plutôt, dans un commentaire. Merci, M. Mauss. Pour une meilleure visibilité du texte de M. Carle (car il est très argumenté), je le reproduis ci-dessous:

Information destinée aux amateurs qui veulent comprendre les faits

Septembre 2012

OBJECTIFS DU CLASSEMENT DE SAINT-EMILION

Malgré nos demandes écrites, aucun débat, aucune étude n’a été organisée par le Conseil des Vins de Saint-Emilion. Les bonnes questions n’ont pas été posées : classe-t-on un terroir, classe-t-on un château, classe-t-on des vins? Qui sont les destinataires du classement: les courtiers et les négociants de la Place de Bordeaux, les journalistes oenophiles, les consommateurs?

Si les objectifs avaient été définis, il aurait été assez aisé d’en déduire les qualités que l’on peut attendre des vins, ou de la propriété, ou des deux. Cette absence de réflexion est la cause directe de la création d’une grille de cotation (établie et utilisée en contradiction avec le droit) qui comporte soit de nombreux paramètres farfelus, soit des paramètres scientifiquement mal interprétés.

On note également l’absence dans cette grille de plusieurs paramètres qui étaient pourtant demandés dans le règlement de candidatures au classement. Nous allons, au fil du suivi de la grille de notation du Château Croque-Michotte, constater les irrégularités, les erreurs et les contradictions dans le travail de la commission de classement.

Qu’il soit bien entendu que Croque-Michotte est favorable au classement des vins de l’AOC Saint-Emilion Grand Cru à condition que les règles soient justifiées, équitables et connues à l’avance. Maintenant la balle est entre les mains du donneur d’ordre, le Conseil des Vins de Saint-Emilion.

 

Saint Emilion, Carle, Croque Michotte

 

LA GRILLE DE NOTATION EST ILLEGALE

La grille aurait dû être établie avant le lancement du classement afin que les candidats puissent se préparer selon les paramètres d’évaluation. Ceci est d’autant plus important que les objectifs du classement n’ayant pas été définis, il régnait un flou certain et que certains paramètres d’évaluation ont surpris… sauf ceux qui savaient… La  La grille de cotation aurait dû faire partie intégrante du règlement de candidature. Je l’avais demandé plusieurs fois par écrit depuis 2001. A la remise des dossiers par les candidats le 30 septembre 2011, la grille de cotation n’existait pas encore ! Et ce n’est que le 8 juin 2012 que nous avons pris connaissance de la grille, soit huit mois après la remise des dossiers ! Le bureau Veritas, sous-traitant de l’INAO, a donc conçu cette grille, puis l’a utilisée pour juger les candidats. C’est-à-dire que Veritas a fait la loi, puis la justice.

Ceci est contraire au principe démocratique de séparation des pouvoirs. Cette méthode est donc illégale. L’INAO pourtant ne peut ignorer la bonne méthode puisque, par exemple pour les délimitations des aires d’AOC par l’INAO, les anciens syndicats des vins, devenus les ODG, déterminent des règles sous la forme d’un cahier des charges, puis ces règles sont appliquées par une commission d’enquête de l’INAO formée de personnes en principe venues d’autres régions et en tout cas différentes de celles qui ont écrit le cahier des charges. Pourquoi n’a-t-on pas appliqué cette bonne pratique de l’INAO pour le classement de Saint-Emilion? La grille s’appuie sur la Carte des sols de Saint-Emilion de Cornelis Van Leeuwen. Or Cornelis Van Leeuwen écrit dès le début du livre qui accompagne la carte : "Par précaution nous tenons à préciser les limites d'utilisation de ce document: il s'agit d'un travail d'ordre pédologique, qui veut être un inventaire des sols de la région. Toute extrapolation en vue d'une tentative de classification des crus serait dépourvue de sens car la hiérarchie de la qualité du vin repose sur la conjonction de plusieurs paramètres qui, lorsqu’ils concernent le sol, n'entre pas toujours dans le cadre rigide et schématique de la cartographie." Puis à la fin du livre il écrit : "Le but de ce travail n'a jamais été de hiérarchiser les crus en fonction des types de sol: la qualité du vin dépend de la conjonction de très nombreux facteurs, dont seulement un petit nombre peut être représenté sur une carte des sols." Autrement dit, Cornelis Van Leeuwen avait annulé d’avance l’utilisation qui a été faite de la carte par la commission de classement.

De même la grille s’appuie sur la norme ISO 26000. Or le système ISO indique : «ISO 26000 n’est pas une norme de système de management. Elle n’est pas destinée ni appropriée à des fins de certification ou à une utilisation réglementaire ou contractuelle. Toute offre de certification, ou prétention de certification selon ISO 26000 serait une mauvaise représentation de l'intention et de l'objectif de cette Norme internationale.» Cette grille aurait dû être signée à la fin de la visite de Veritas par ses contrôleurs et par le candidat. En effet pour prendre des exemples de bonnes pratiques, l’ODG fait bien signer les fiches de «contrôle interne des structures de production» par les viticulteurs. De même QualiBordeaux fait signer les procès-verbaux de prélèvement des bouteilles après mise par les viticulteurs. De même Ecocert fait signer le procès-verbal de contrôle de l’agriculture biologique par les viticulteurs.

Et même Qualisud a fait signer par les viticulteurs un procès-verbal de prélèvement des bouteilles pour le classement, précisément. A part une feuille de présence, Veritas n’a pas fait signer la grille de cotation, ce qui constitue une faute lourde de la part d’un bureau de contrôle. Dans un métier précédent, j’ai travaillé avec Socotec et l’Appave qui ne se comportaient pas aussi légèrement. La commission nous a affirmé que les exploitations formées d’une seule entité correspondaient à un souhait du Conseil des Vins de Saint-Emilion. Nous avons défié la commission de produire le procès-verbal de l’assemblée générale du Syndicat ou du Conseil des Vins de Saint-Emilion qui aurait émis un tel vote. Nous avons confirmé notre demande par courrier à l’INAO, sans réponse depuis. Les critères des entités sont illégaux.

L’arrêté de règlement des candidatures au classement indique que la commission de classement «peut déléguer certains de ses membres, au nombre de deux au minimum, pour la réalisation de contrôle sur place».

Bien évidemment il aurait dû en être de même pour les émissaires de la commission. Cette obligation n’a pas été respectée, et une personne seule, ce qui est source d’erreurs et d’oublis, nous allons le voir, est allée réaliser des contrôles sur place.

EXAMEN DES PARAMETRES DE LA GRILLE

Notoriété

La grille comptabilise de manière hétéroclite, sans tenir compte de leur tirage, ni de leur diffusion, des publications très différentes : revues généralistes ou spécialisées, guides, français et étrangers. De manière arbitraire, la grille ignore des publications qui parlent des exploitations sans citer un millésime en particulier. On ne voit pas pourquoi un article élogieux sur un vignoble aurait moins d’impact sur le consommateur lorsqu’aucun millésime n’est cité. Et pire, la commission a limité sa sélection aux millésimes 2005 à 2009. On ne voit pas pourquoi le 2000, ou même le 1961 ou le 1947 n’apporteraient pas de notoriété à l’exploitation. Au contraire, sachant que sa capacité à produire de grands vins de garde a apporté sa réputation au vignoble de Bordeaux en général et au vignoble de Saint-Emilion en particulier, la grille de cotation aurait dû prendre en compte les citations des millésimes vénérables. La commission a donc éliminé la quasi-totalité des publications où Croque-Michotte est mentionné.

Au fait, la grille ne tient pas compte des autres paramètres apportant de la notoriété, dont le principal : la dégustation des vins par les clients. Oubli arbitraire ou maladresse professionnelle?

Niveau de prix

La grille reproche à Croque-Michotte des prix pas assez élevés. Si Croque-Michotte n'avait pas été déclassé par une décision entachée d'erreurs et condamnée à trois fois par les tribunaux, y compris le Conseil d’Etat, les niveaux de prix de Croque-Michotte auraient été plus élevés. Je ne puis accepter que, par un effet de cliquet, l'on reproche à Croque-Michotte d'avoir été une victime et que l'on transforme mathématiquement sa position en désavantage acquis!

Présence sur Internet

La grille indique que notre moyenne pondérée du nombre de réponses pour les moteurs de recherche Google et Yahoo est de 6351. Nous avons refait le calcul (moyenne pondérée) qui donne 100 142. Si l'on ajoute certains millésimes on peut obtenir plus de 400 000 réponses.

Salle de séminaire et structure d’accueil pour journalistes et prescripteurs

Vous avez bien lu : «salle de séminaire» ! On ne voit pas bien ce que cette salle de séminaire va apporter au client de Tokyo ou d’Oklahoma City! Que se passera-t-il quand Saint-Emilion disposera de près de cent salles de séminaires? Cependant, à Croque-Michotte nous avons déjà organisé mariage, concert, rallye, déjeuner professionnel, dégustation, etc. Mais la question sur la salle de séminaire et de l’hébergement ne nous avait pas été posée! Au fait, pourquoi la commission n’a-t-elle pas demandé la présence d’un parc pour accueillir les visiteurs? A Croque-Michotte, malgré les tempêtes, des arbres centenaires créent une atmosphère et abritent par exemple le pique-nique du rallye-auto ou le tour à vélo d’une agence américaine.

Accueil et relation presse

Il nous est reproché que la personne chargée de l’accueil soit un membre de la famille. Ce reproche est une discrimination punie par la loi européenne. Et pourtant les visiteurs considèrent comme un avantage d’être reçus par la famille. Lorsque nous avons protesté, la commission a émis des exigences supplémentaires en demandant contrat de travail et diplômes par un courrier de septembre 2012: autant nous accuser d’avoir établi des faux !

Malgré le fait que Croque-Michotte ne soit pas adossé à une multinationale extérieure au monde du vin, notre personnel est d’une grande productivité et nous n’avons pas besoin d’un staff de vingt ou trente personnes. La finalité de l'accueil est que nous sommes capables de recevoir tout le monde.

Supports de communication

La grille ne compte qu’une langue étrangère alors que nous accueillons nos visiteurs en français, anglais, allemand, espagnol et mandarin. La grille de cotation indique pourtant : "support de communication (site internet, plaquettes, livres, films ou autres". Quoi de mieux consiste à faire accueillir les visiteurs par des personnes parlant leur langue natale ? Le support humain est le meilleur et il est bien prévu dans la catégorie « autres ». Il n’y a aucune raison d’effectuer une discrimination entre les supports. Il est mieux de parler aux gens que de leur glisser un prospectus dans la main.

Associations valorisantes

Il paraît que nous ne sommes membres d’aucune association valorisante. Ecocert, le SVBA, la Maison des Vins de Saint-Emilion, l'Office du Tourisme de la Juridiction de Saint-Emilion vont être ravis d’apprendre qu’ils ne sont pas valorisants !

Programmes oenotouristiques

La grille nie les programmes oenotouristiques auxquels nous avons participé ou que nous avons organisés. Au fait, pourquoi la commission ne s’intéresse-t-elle pas à la musique, entre autres? A Croque-Michotte nous sommes en mesure d’offrir aux amateurs de vins et de musique des concerts-dégustation par des membres de la famille ou des professionnels.

Accueil de touristes

Outre que ce paramètre (chambres d’hôtes) est presque aussi farfelu que celui de la salle de séminaire et nous éloigne de la qualité des vins, la question de nous a pas été posée par Veritas lors de son passage. Nous avons un programme de rénovation de la propriété en cours et nous disposons de deux logements indépendants en plus de la maison principale, elle-même constituée de deux parties.

Entités

Voici le paramètre le plus farfelu, en même temps qu’illégal, de la grille. Selon la commission, il faudrait que les exploitations soient d’un seul tenant. Les motivations scientifiques, agricole, viticole, touristique, du nombre d’entités sont inexistantes et les conclusions absurdes. Nous plaçant du point de vue topologique, nous pourrions réduire le nombre d’entités à une en acquérant auprès de nos voisins des bandes de terre de liaisons entre les entités un peu éloignées et l’entité centrale ce qui, sans rien changer aux vignes, ramènerait le nombre d’entités à une et nous donnerait la meilleure note.

Autre hypothèse: nous vendrions nos trois parcelles séparées et notre note sur les entités remonterait au maximum.

Et dernière hypothèse: partant de l’entité centrale restante, si nous acquérions un hectare au milieu de Cheval Blanc à 350 m, notre note sur les entités selon Veritas redescendrait !!! Au fait, pourquoi la commission n’a-t-elle pas décidé que, pour des raisons de prestige via l’adresse, l’exploitation devrait être située sur la commune de Saint-Emilion et pas sur les autres communes de l’appellation qui ont des noms inconnus du public ? Croque-Michotte est sur la commune de Saint-Emilion.

Terroir, géologie et présence d’eau dans les sols

1.    Chacun sait que les excès d'eau sont néfastes pour la vigne. Les sols de Croque-Michotte ne présentent pas ce risque (hydromorphie, rédoxicité), car les sols ont été drainés il y a près de deux siècles par l'homme en même temps que ceux de La Dominique, Cheval Blanc et autres voisins célèbres. L'auteur de la carte géologique utilisée par la commission explique comment les sols ont été remaniés de la main de l'homme et c'est ainsi que la zone ouest de Saint-Emilion, le long des plus grands crus de Pomerol est devenue l'un des meilleurs terroirs du monde. Prendre des hypothèses qui remontent à un état du terroir il y a deux siècles est absurde et scientifiquement faux. Sinon pourquoi ne pas accuser de faiblesse toute l'appellation de Saint-Emilion qui est formée de roches sédimentaires (calcaire, molasses, graves, sables) déposées par l'eau dans des temps plus anciens ?

2.    La commission met la meilleure note à Croque-Michotte pour les drains destinés à évacuer, si nécessaire, tout excès d'eau, contredisant et devant alors annuler logiquement les notes sur la présence d'eau,

3.    notre dossier comprend les rapports de plusieurs sondages, sur toute la propriété, qui montrent l'absence d'eau, et devant alors annuler logiquement les notes sur la présence d'eau,

4.    les parcelles sont toutes en légère pente vers les talwegs, ce qui permet l'évacuation facile des eaux de pluie,

5.    Cornelis Van Leeuwen, l'auteur de la carte géologique utilisée par la commission explique plusieurs fois dans le livre qui accompagne cette carte que son utilisation pour toute «tentative de classification des crus serait dépourvue de sens» ! Le terroir de Croque-Michotte se trouve au voisinage immédiat et entouré de quelques-uns des plus grands vignobles du monde: Cheval Blanc premier grand cru classé, La Dominique grand cru classé qui a annoncé être candidat premier grand cru classé pour la prochaine cession (si elle a lieu), Petrus équivalent premier grand cru classé, Gazin équivalent grand cru classé ou plus, L’Evangile équivalent grand cru classé. C’est pourquoi il est particulièrement inacceptable et choquant qu’un technocrate, qui n’est jamais venu sur les lieux, décide depuis son bureau à cinquante kilomètres de distance que le terroir de Croque-Michotte serait insuffisant en se contentant d’examiner une carte inappropriée. Croque-Michotte n’est quasiment entouré que de grands crus classés de Saint-Emilion ou équivalent de Pomerol.

SELON LES LOINTAINS TECHNOCRATES DE LA COMMISSION, IL Y AURAIT UN TROU NOIR GEOLOGIQUE AU MILIEU DE CETTE ZONE DE VIGNOBLES ILLUSTRISSIMES PILE A L'ENDROIT OU SE TROUVE CROQUE-MICHOTTE : QUI PEUT DEFENDRE UNE TELLE CONTREVERITE SCIENTIFIQUE ?

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Situation de Croque Michotte

Au fait, pourquoi la commission n’a-t-elle pas pris en compte les phénomènes de ravinement dans les zones de cotes? Ou les risques de gel dans la plaine?

ISO 26000 et Bilan Carbone

Restons dans le farfelu et l’imprécis avec cette norme et le Bilan Carbone. On nous écrit : «Aucune démarche de gestion durable n'a été entreprise.»

Or Croque-Michotte est certifié bio et contrôlé par Ecocert FR-BIO-01 depuis 1999, soit bien avant le Grenelle de l’environnement. La démarche ISO 26000 est insignifiante comparée à l’engagement bio! ISO 26000 et le Bilan Carbone n’ont aucune influence sur la qualité des vins (l’agriculture biologique, oui !) et sur le personnel de l’exploitation aussi. Nous ne négligeons aucun détail pour protéger les personnes, la faune, la flore et le consommateur. Nous utilisons déjà massivement les éclairages par LED et nous roulons principalement au GPL. L’agriculture biologique compte pour moins de trois pour mille dans la grille de cotation !!! Au fait, pourquoi le personnel de l’exploitation n’a-t-il pas été pris en compte alors qu’il fait partie intégrante du terroir avec le sol, le climat et la tradition ?

Effluents

Concernant les déchets ils sont peu importants en agriculture biologique et à Croque-Michotte, ils sont traités ou évacués selon les règles. La commission n’a pas tenu compte des travaux effectués. Analyses Au fait, je m’étonne que Veritas n’ait pas prévu d’analyse de recherche de produits chimiques de synthèse ou non issus de la chimie du pétrole, dans les sols, les vignes et les vins. Les analyses prévues par Veritas relèvent d’une vision théorique généralisante des exploitations viticoles qui sont pourtant différentes les unes des autres. Concernant les sols et les plantes, nous avons une excellente connaissance factuelle de notre vignoble et les analyses théoriques en l’absence de besoins sont sans objet, CQFD.

De même, bien que nous fassions régulièrement des analyses de maturité des raisins, que, signalons-le au passage, Veritas a oublié de prévoir dans sa grille, la connaissance factuelle des raisins, par la dégustation, est un meilleur outil que les analyses ; c’est l’un des premiers enseignements que j’ai reçus de Michel Rolland lors de ses passages à Croque-Michotte. Le jour où nous constaterons que des vignes doivent être remplacées (nos parcelles les plus âgées ont 92 ans et se portent bien, merci, et l’âge moyen des vignes de Croque-Michotte est de 52 ans, critère d'ailleurs non comptabilisé dans la notation), nous procéderons aux analyses et aux études nécessaires dont la majorité est insoupçonnée de Veritas. Au fait, pourquoi Veritas ne s’est-il pas intéressé aux pieds manquants dans les vignes? A Croque-Michotte il n’y en a pas grâce au racottage annuel.

Concernant les analyses de barriques et de bouchons, Veritas révèle sa méconnaissance profonde des méthodes de travail des tonneliers et des bouchonniers d’aujourd’hui. En effet ces fournisseurs sont certifiés et travaillent selon des normes industrielles précises associés à de nombreux contrôles normés. Nous disposons des analyses nécessaires et il n’est pas justifié de les doubler par des analyses identiques dans les mêmes laboratoires agréés qui donnent les mêmes résultats.

Aucun fournisseur de barriques et de bouchons ne peut envisager de prendre le risque d’éditer des faux en analyses, au risque de faire faillite dans le mois suivant et de prendre des risques au niveau pénal ! A-t-on déjà vu des chefs étoilés procéder à des recherches de molécules dans les produits du marché ou de leur jardin? Je visitais il y a quelques semaines l’un de mes tonneliers sans rendez-vous et, par coïncidence, le chef d’atelier est venu remettre devant moi au directeur des dossiers de fabrication et d’analyses de barriques: ces dossiers concernaient précisément une commande de Croque-Michotte et je suis allé voir les barriques concernées au poste de finition. Ces dossiers individuels pour chaque barrique, qui est immatriculée, contiennent bien plus d’informations que Veritas et la commission ne peuvent l’imaginer. Croque-Michotte a fourni à la commission les analyses suffisantes. D’ailleurs notre œnologue ne manquerait pas de nous signaler un problème même minime grâce à de très fréquentes dégustations.

Réception de la vendange

Nous utilisons le meilleur matériel possible: pompe péristaltique et tri optique. Pourquoi la commission continue-t-elle à l’ignorer? Vignes La grille indique : «50 % de la plantation est à plus de 5500 pieds/ha.». En réalité 100 % de la plantation est à plus de 5500 pieds/ha. Selon la commission, cela signifierait qu’une partie de la plantation n’est pas à des densités plus élevées : 8000 ou 10 000 pieds/ha. Pas étonnant que le travail de la commission soit si imprécis lorsque l’on voit l’usage qu’elle fait du français. Concernant les densités de plantation, il est sous-entendu que plus l’on se rapproche de 10 000 pieds/ha, mieux c’est. Outre qu’avoir des densités excessives sur certains terroirs est une erreur, la densité n’a qu’une valeur relative tant que la production par hectare, donc par pied, n’est même pas envisagée. Il est possible de produire 49 hl/ha (et même de 55 hl/ha avec le rendement butoir) en AOC Saint-Emilion Grand Cru, soit 0,49 litre de vin par pied avec 10 000 pieds/ha. A Croque-Michotte, nous sommes sensiblement en dessous de cette production par pied compte-tenu de notre densité de plantation et de notre déclaration de récolte. Ajoutons que pour une production donnée, il vaut mieux qu’un pied de vigne dispose de 1,6 m² de terre que de seulement 1 m² de terre avec 10 000 pieds/ha.

Au fait, pourquoi la commission n’a-t-elle pas pris en compte la hauteur de palissage et la surface foliaire, éléments capitaux pour la synthèse chlorophyllienne et la concentration des raisins? A Croque-Michotte nous poursuivons depuis cinq ans un programme de palissage afin d’augmenter la surface de feuilles de 40%. A 10 000 pieds/ha cette surface serait mathématiquement réduite à cause des pieds trop rapprochés.

Dégustations

J'exige que Croque-Michotte ait une note de dégustation non inférieure à 16, car les vins de Croque-Michotte proposés à la commission sont les mêmes que ceux que les consommateurs boivent, aucune «préparation» de nos stocks n’ayant eu lieu à l’occasion du classement. Les notes attribuées par les dégustateurs compétents en matière de terroir à Bordeaux se situent pour Croque-Michotte entre 16 et 17,5.

Ceci est confirmé par :

1.    les notes attribuées par des journalistes œnophiles dans des publications que Veritas a pourtant prises en compte dans le critère «notoriété» !

2.    les appréciations des sommeliers des tables étoilées qui commandent nos vins et que Veritas a pourtant pris en compte dans le critère «notoriété» !

3.    les nombreuses médailles et prix en concours agréés (dont un prix qui récompense Croque-Michotte comme l'un des deux meilleurs vins bio du monde, récompenses que Veritas n'a pas prises en compte, ce qui est anormal (or : 18 à 20, argent : 16 à 18, bronze : 14 à 16),

4.    les appréciations des acheteurs professionnels (courtiers, négociants, importateurs) qui goûtent les vins et les payent de manière régulière année après année après avoir vendu leur allocation. Négliger ces appréciations constitue non pas une simple erreur manifeste de la part de Veritas, mais une faute majeure, car les appréciations des professionnels acheteurs ont des conséquences directes sur nos ventes et nos chiffres d'affaire que Veritas a ignorés alors que ces informations avaient été demandées aux candidats par l'INAO.

Est-ce à dire que seule une commission de rencontre aurait raison et que tous les professionnels de la dégustation se tromperaient avec constance depuis 10 ans? Absurde! Les dégustations des vins des exploitations candidates au classement ne sont pas simplement du niveau des dégustations de contrôle après-mise type QualiBordeaux, Guide Hachette ou concours. Compte-tenu du haut niveau des vins et de l’impact mondial du classement des vins de Saint-Emilion, il aurait été nécessaire de prévoir des mesures d’organisation exceptionnelles pour des vins qui sont exceptionnels. Une organisation plus fine et plus sophistiquée aurait dû être mise en place. Il existe des méthodes de recoupement afin de ne pas pénaliser un terroir par rapport à un autre, principalement la zone des «graves» côté Pomerol (il est symptomatique d’y trouver les trois ex-crus classés mis de côté) par rapport aux «coteaux».

Chaque vin, chaque millésime, aurait dû être accompagné d’un protocole de dégustation pour tenir compte du fait que des vins différents ne peuvent pas se déguster dans les mêmes conditions: à l’aide d’un compte à rebours facile à organiser chaque bouteille (et pas des magnums de fin de stock, le règlement de candidatures ayant bien mentionné des bouteilles) aurait dû être préparée afin d’arriver, sous anonymat, à l’heure H sur la table de dégustation après avoir été soumise à la température préconisée par l’exploitant et après avoir été décantée le temps nécessaire précis indiqué. Puis la commission, les dégustateurs de la commission ne pouvant être infaillibles, aurait dû relever les contradictions entre ses propres notes et celles couramment attribuées par les professionnels pendant dix ans. Personne n’a dérobé le terroir de Croque-Michotte qui avait été classé dès 1955. Au fait, pourquoi la commission n'a-t-elle pas acquis des bouteilles de contrôle dans le commerce ainsi que le permet les règlement de candidatures ?

Et que dire d’un classement conçu avec un système de notation qui permet à un grand cru classé de se contenter d’une note de 8 sur 20 et à un premier grand cru classé de se contenter d’une note de 6,67 sur 20 !!! Soit les concepteurs du classement actuel sont incompétents, soit ils avaient besoin de rattraper certains vignobles. Cela explique aussi les critères farfelus pour gagner des points. Classe-t-on des terroirs et leurs vins, ou classe-t-on des chais magnifiques, des normes administratives et de puissants moyens de communication? Comme pour les catastrophes aériennes ou les accidents de voiture, un crash éventuel du classement aurait pour cause exclusive des erreurs et des obstinations humaines, indépendantes de notre volonté bien évidemment !

Pierre Carle

Saint-Emilion, 18 septembre 2012


 

08:44 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : saint emilion, carle, croque michotte | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |