23 avril 2013

Saint Emilion (à nouveau) dans la tourmente

Cela devient une habitude à Saint Emilion: à chaque classement, on s'échange du papier bleu.

Jusqu'à présent, cependant, on en restait au tribunal administratif. Les demandes, émanant de domaines non classés, visaient seulement à faire invalider le classement; ça s'est produit pour le classement de 2006, avec le résultat qu'on sait: celui-ci a bel et bien été annulé, deux ans plus tard.

Malgré le luxe de précautions dont ses responsables avaient dit s'entourer, le classement de 2012 a lui aussi été contesté dès sa publication.

Cette fois, cependant, cela va plus loin; outre leur recours au tribunal administratif, les trois plaignants (Croque-Michotte, Corbin Michotte et La Tour du Pin Figeac) viennent de déposer une plainte contre X au tribunal pénal, pour "prise illégale d'intérêt".

Le terme 'contre X" n'abuse pas grand monde: sont visés, en réalité, deux personnalités du Tout Saint Emilion:

Hubert de Boüard, tout d'abord, en sa qualité d'ancien président du Conseil des vins de Saint-Émilion, de président du groupement des premiers grands crus classés, de membre du Comité National Vins de l'INAO et de co-propriétaire du Château L'Angélus, promu Premier Grand Cru Classé A (le sommet de la hiérarchie).

Philippe Castéja, ensuite, en sa double qualité de membre du comité national vins de l'INAO, et de propriétaire du Château Trottevieille, Premier Grand Cru classé B.

Selon l'avocat des plaignants, Me de Contencin, "ces personnes sont au point de départ du règlement, ils désignent les membres et le président de la commission de classement, et homologuent eux-mêmes les propositions de classement soumises au ministère de l'agriculture. Ce sont eux qui ont fabriqué cette procédure à l'usage exclusif de quelques-uns. On finit par être dans le domaine de l'auto-proclamation".

On suivra avec attention les deux procédures engagées. Les points précis qui sont invoqués par les plaignants. Et les arguments développés par la défense.

Et on continuera à boire les vins qu'on aime, classés ou non.

10:30 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

19 avril 2013

Beaubourg à Saint Emilion

Dernièrement, vous avez eu maille à partir avec l'administration quand vous avez voulu ajouter un Velux à votre toit.

Le Château La Croizille, à Saint Laurent des Combes (AOC Saint Emilion) a eu plus de chance que vous.

Le bâtiment a été terminé en septembre, et ce n'est qu'aujourdhui qu'on s'inquiète de son aspect.

Sa salle de dégustation, qui fait saillie par rapport au reste du bâtiment (voir photo) est d'un orange vif et d'une conception audacieuse; elle serait sans doute du plus bel effet à Beaubourg ou aux Arcs, mais elle fait tache à Saint Emilion, Patrimoine de l'Humanité, et partant, zone censée être protégée...

Sans parler des ardoises qui recouvrent le bas de la construction, pas vraiment à leur place en Gironde...

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Photo Château La Croizille

Le sous-préfet, alerté par des voisins de la propriété, exige une mise en conformité avec les prescriptions de la Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (oui, ça existe à Saint Emilion).

Ce qui étonne, c'est que le projet ait pu voir le jour; que la maison soit sortie de terre. Y compris cette "cabine de téléphérique". Pourquoi Monsieur le Maire de Saint-Laurent-des-Combes et ses services ont-ils validé le permis de construire? Et pourquoi la Direction départementale des territoires et de la mer  n'a-t-elle pas émis d'objection? Parce qu'elle était en mer à ce moment là?

Bien sûr, d'aucuns, sur place, parlent de passe-droit, voire de pots-de-vin. Depuis l'affaire Cahuzac, c'est fou ce que les gens sont méchants! D'autres préfèrent y voir une négligence; la gestion du patrimoine à la française n'en sort pas grandie.

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Photo Château La Croizille

Même l’architecte des bâtiments de France, François Gondran, qui doit donner son aval en pareil cas, n'a rien trouvé à redire. Ou plutôt, il a manqué de temps. Trop de dossiers à gérer, pas de déplacement sur place, pas de réaction - alors qu'en théorie, il devait voir tous les matériaux. De l'ardoise, ça reste de l'ardoise, pourtant...

C'est pathétique. Mais pas autant que la solution proposée: un camouflage en gris. 

Ce n'est pas ça qui fera de ce bâtiment au look industriel une longère à la Libournaise, mais qu'importe, le mal est fait. Et puis, si Faugères et Cheval Blanc ont pu le faire, pourquoi pas La Croizille...

Pas parce que les propriétaires sont belges, quand même?

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |