04 juin 2013

Défi aux oenophiles aimant l'histoire

Avis aux oenophiles aimant l'histoire: Le Domaine Clarence Dillon propose le "Défi Historique du Château Haut-Brion". Il s'agit de découvir la plus ancienne mention écrite authentifiée du vin de Château Haut-Brion.

Le 10 avril dernier, l’Université de Cambridge et le Château Haut-Brion ont célébré le 350ème anniversaire de la célèbre mention du journal de Samuel Pepys : «et là, je bus une sorte de vin français appelé Ho-Bryan (sic) qui avait un bon goût très particulier que je n’avais jamais rencontré…»

HB.jpg


Cette citation, dont je me suis fait l'écho au mois d'avril, a été à l'origine d'une des toutes premiers grandes marques de vin au monde. Mais aussi, sans doute, de la critique vineuse.

Il y a 10 ans, cependant, une mention latine encore plus ancienne, a été découverte dans le livre de cave du Roi Charles II d’Angleterre par Professeur Charles Ludington, de l’Université de Caroline du Nord.

Cette citation est la suivante: “Anno XII N’s Caroli Secundi – Lidger in officio Paner Buttill et Cellar Do[mi]ni Regis An[n]o Do[mi]ni 1660 :1661, Adse : br. Joseph Batailhe pro Clxix Bls 1 pl vin de Hobriono per ipsu deliberat inebbis pro Dno Rege et Hospitio ad xxis iiiid le Bl cum obbis et ollis ciiii [with ‘xx’ written over the ‘iiii’] li vs iiiid et lx Bls ii pls vin de Graves ad xxviii (…) doz xxxii li iis viiid In toto mensis Junii et Januarii".

Soit, en français: " En l’année XII du règne de Charles II – Entré dans le Livre de Cave et de l’Office de Sa Majesté le Roi en l’année 1660-1661. Payé à Joseph Batailhe pour 169 bouteilles, [en] 1 lot, de vin de Hobrion [Haut-Brion] pour avoir livré lui-même, pour Sa Majesté le Roi et ses invités, au prix de 21 shillings et 4 pennies par bouteille, bien remplies, pour un total de £180-5-4 et 60 bouteilles, [en] 2 lots, de vin de Graves à 28 (…) la douzaine, £32-2-8 en tout, pendant les mois de juin [1660] et de janvier [1661]. »

Afin de poursuivre les recherches, le Domaine Clarence Dillon offre une récompense exceptionnelle à quiconque, chercheur ou érudit, découvrira une mention écrite encore plus ancienne que celle du livre de cave du roi Charles II.

Toutes les propositions seront prises en considération… mais seule la plus ancienne mention écrite du vin citant son nom permettra de remporter le Prix.
Le nom du grand gagnant sera annoncé début octobre 2014.

Plus d'info: S.Ubinana@DomaineClarenceDillon.com

00:13 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Grande-Bretagne, Le quiz | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

03 juin 2013

Bouh! Les producteurs de bulles AOP sont mauvais joueurs!

La Fédération Nationale des Crémants conteste à nouveau l'autorisation accordée à 36 Indications Géographiques Protégées d’élaborer des mousseux de qualité.

Un premier recours déposé par la Fédération en décembre 2011 auprès des ministères concernés n'a pas abouti, mais un second a été déposé en avril devant le Conseil d'Etat. Il évoque une validation trop rapide des cahiers des charges des IGP concernés, "sans travail d’enquête sur l'historique et le savoir-faire des vignerons pour ce type de produit".

Elle s'offusque aussi que le problème «n’ait pas été correctement débattu au sein de l’Institut National des Appellations d'Origine».

Le Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne, lui, a déposé un autre recours devant le Conseil d’Etat au sujet de l’autorisation accordée à l'IGP Haute-Marne et à l'IGP Coteaux-de-Coiffy. Et le Conseil a donné raison au CIVC.

Voici un extrait de la décision: «les ministres ont entaché leur décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'existence d'un lien géographique pouvait être établi entre l'aire géographique des "Côteaux de Coiffy" et «Haute Marne» et la production de "vins mousseux de qualité, rouges, rosés ou blancs". L’arrêté du 14 novembre 2011 qui validait le cahier des charges de ces deux IGP a donc été annulée, ce qui augure mal de l'avenir des 34 autres IGP prétendant aux bulles.

Permettez moi d'en sourire.

Les IGP, contrairement aux AOP, ne prétendent pas s'appuyer sur un terroir ou des méthodes culturales ancestrales, juste sur un territoire...

Et puis, depuis le temps qu'on nous dit que l'AOC/AOP est tellement supérieure aux autres mentions, en quoi  pourraient-elles craindre la concurrence de simples IGP? Même d'une zone aussi large que les Coteaux de Coiffy (26 ha tout mouillés)? Pour rester à Coiffy, les Conseillers d'Etat ont-ils pris en considération le fait que cette petite commune de la Haute-Marne (champenoise, donc) produisait déjà du vin au XVème siècle? Du vin tranquille, certes, mais à cette époque, aucun Champagne n'était encore champagnisé...

Bouteille_cremant_de_bordeaux.jpg

Pourquoi un Crémant à Bordeaux? (Photo Madrapour)

Enfin, puisqu'on parle de l'historique comme d'un vrai sésame, ou même d'un lien géographique avec la production de vins mousseux de qualité, qui peut m'expliquer comment Bordeaux (qui n'avait aucune tradition dans la bulle, ni même les cépages qui conviennent) a pu obtenir son Crémant? Comment une enquête a-t-elle pu conclure, à l'époque, que la région avait un savoir-faire en la matière!? Le Conseil d'Etat n'en a cure.

Tout cela sent le protectionnisme à plein nez, comme une cuve de champagne sent le raisin vert.

Détestable mentalité.

Qu'on laisse donc à chacun sa chance et les consommateurs trancheront. Peut-être même qu'un jour, des IGP de bulles rejoindront les Crémants. C'est malheureusement plus probable que l'inverse...

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Champagne, France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |