07 juin 2013

Wikileaks à Bordeaux

"Églantine appelle Orchidée. Le paquet est arrivé. Je répète, le paquet est arrivé".

Le document ci-dessous n'aurait jamais dû être publié sur le net. Il n'était pas destiné à sortir d'un petit cercle d'illuminati, d'initiés. C'était sans compter sans le Lalau - le Mediapart de la treille, le Wikileaks du pinard.

La photo a été prise - en toute discrétion - lors de ma visite d'un grand cru de Bordeaux. Non, je ne vous dirai pas lequel, un journaliste d'investigation doit protéger ses sources. Disons quand même qu'il s'agit d'un très grand cru.

Comme vous le constaterez, ce sont là des notes manuscrites codées. Ne me demandez pas ce qu'elles signifient - c'est un truc d'experts. La DGSE est sans doute déjà sur le coup. En effet, il pourrait  bien s'agir de la recette. La seule, la vraie. Je veux parler de la recette du grand vin. Ce qui fait d'un vin de base un truc à 800 euros la quille.

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Habituellement, dans ce business, celui qui trouve ce genre d'info la monnaye très cher. Soit auprès du concepteur, qui n'a pas envie de voir sa trouvaille étalée dans la presse, soit auprès de la concurrence.

C'est ainsi que les Soviétiques ont pu lancer leur Tupolev supersonique, qui ressemblait tellement au Concorde. Normal, ils avaient piqué les plans. Mais comme ils avaient une idéologie d'avance, le leur s'est crashé 20 ans avant le nôtre.

Moi, je suis pour la transparence. Si Bordeaux possède vraiment un avantage compétitif - ce qui fait que Parker voit dans les Bordeaux "les meilleurs vins du monde, incontestablement" - je pense qu'il faut que les autres régions en profitent aussi. C'est mon côté égalitaire.

Bien sûr, outre la recette, il faudra tenir compte de facteurs environnementaux. Notamment du climat bordelais, particulièrement propice à la maturité des cabernets. Tous les ans. Heum.

Bon je vous laisse, j'ai d'autres enquêtes en cours.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Pour rire | Tags : wikileaks, bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

05 juin 2013

La Croizille (suite)

Mme Idiart m'a fait l'honneur de me répondre, aussi me dois-je de publier ses arguments et ceux de son client:

Cher Monsieur,
 
Effectivement, il y a eu recours de la préfecture, mais le permis de construire a été accordé à la famille De Mour. La construction de ce bâtiment est en tout point conforme au permis de construire accordé. Ce dossier a été étudié par tous les acteurs concernés et il paraît étonnant que cette affaire engendre autant de remous aujourd’hui alors que la couleur orange était déjà mentionnée dans le permis de construire. Je peux comprendre votre étonnement ainsi que celui de tous ceux qui connaissent bien la région mais s’il faut en vouloir à quelqu’un aujourd’hui, c’est aux personnes qui ont validé le sujet.
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Il ne s’agit pas de désinformation, nous ne voulons pas masquer l’affaire et je tiens à vous préciser que je ne suis pas une esthéticienne des relations presse. L’objet de ce communiqué de presse n’est pas de camoufler l’information mais de présenter le projet de la famille De Schepper à travers ce projet. Et aujourd’hui je vous réponds en toute transparence.
 
Il s’agit aussi de désamorcer la polémique qui enfle alors que je vous rappelle que M. Le Maire a donné son aval au projet.
 
Ceci étant dit, nous allons envoyer une brève aux journalistes en reprenant ce que je vous ai dit plus haut, ainsi les choses seront claires.
 
Je vous mets en PJ la réponse de Jacques De Schepper aux critiques.
 
Je reste à votre disposition pour tout renseignement supplémentaire ou si vous voulez en parler directement avec les personnes concernées,
 
Bien cordialement,

Maïtena Idiart

 

Et voici donc la lettre de M. De Schepper

Château La Croizille, La Touche Orange dans le Vignoble de Saint Emilion

Vin est souvent  synonyme de  “ passion et émotion “.

Je suis un homme passionné et heureux.  Heureux d’avoir  pu réaliser ce bâtiment.  Pouvez-vous imaginer la joie que j’éprouve en voyant le chemin parcouru ?

Mon père a acheté Château TOUR BALADOZ, la propriété voisine en 1950. J’avais un an !  Je viens à Saint-Emilion depuis mes 12 ans. Cela fait donc plus de 45 ans  que j’arpente le vignoble de Saint-Emilion. Je ne suis donc pas un de ses nouveaux  riches qui vient d’atterrir à Saint –Emilion. A TOUR BALADOZ et à La CROIZILLE (acheté en 1997)  le chemin parcouru est immense et toute ma famille ainsi que mes collaborateurs éprouvent ce même sentiment de fierté. J’ai déjà fait visiter le nouveau chai à de nombreux clients, et tous étaient éblouis, enchantés, émerveillés devant ce bâtiment, la force qui s’en dégage et son intégration dans le paysage.

Nous avons fait le choix de créer un bâtiment innovant et contemporain, pour véhiculer une image forte de notre vin!

C’est peut-être un bâtiment diffèrent des constructions voisines entrainant un changement de perception et, comme tout changement, il surprend. Laissons-lui le temps de s’intégrer !

En ce qui concerne les critiques : La construction est en tout point conforme au Permis de Construire autorisé. Nous n’avons aucun reproche à émettre à l’encontre de quiconque. Chaque acteur a étudié le dossier selon ses compétences, le temps et les moyens dont ils disposaient.

Quant à la couleur orange, même remarque, elle était prévue dans le permis.   Pourquoi orange ? Parce que l’orange a pour moi et ma famille une valeur symbolique et sentimentale; L’orange nous porte chance !  Ma société de négoce belge doit son ascension à un produit dont l’étiquette est orange;

Je ne vois donc pas pourquoi je ne pourrais pas incorporer une touche orange au chai de LA CROIZILLE. Cette couleur se retrouve d’ailleurs dans le packaging de la bouteille et également à l’intérieur du bâtiment.  En outre, l’orange est une couleur présente dans la nature : c’est la couleur chaude du vignoble en automne, la couleur de l’argile cuite présente d’une part  sur certaines toitures des chais et maisons environnantes et d’autre part en bas des coteaux de LA CROIZILLE.

Laissons donc ce bâtiment prendre progressivement  sa place dans l’environnement.

Tout a été fait également pour développer une activité d’oenotourisme  en utilisant les atouts du site : au nord, un talus et au sud, une colline. De part et d’autre la vue sur le vignoble est époustouflante et unique à Saint-Emilion.

Nous sommes conscients du merveilleux potentiel que recèle notre terroir  et ce nouvel outil ne peut que nous aider à asseoir la qualité du Château LA CROIZILLE.

Jacques DE SCHEPPER, propriétaire

 

Mon commentaire

Je remercie Mme Idiart pour ces documents. Je maintiens cependant que ce projet ne s'intègre pas dans le paysage, comme elle l'affirme dans son communiqué.

Je conviens bien volontiers que la chaîne de prise de décision ayant conduit à l'émission d'un permis de construire a été déficiente, mais le fait est là: autorisée ou pas, qui peut dire de cette construction qu'elle se fond dans la nature ou dans le site? Quant à l'argument de M. De Schepper sur la présence de l'orange dans la nature à l'automne, il prête à sourire: pas cet orange-là, Monsieur!

Et surtout pas avec ces matériaux-là, ni cette architecture là, qui, pour moi, est conçue pour attirer le regard, voire choquer. Je trouve M. De Schepper plus convaincant quand il parle de sa volonté de "créer une image forte". Et d'un certain point de vue, c'est réussi.

C'est mon avis, en tout cas. Et vous me permettrez, M. De Schepper, Mme Idiart, de continuer à le défendre, en toute indépendance.

09:53 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |