16 décembre 2013

Premier, ou second vin?

Une petite réflexion qui tombe à pic à l'heure où cavistes et grandes surfaces mettent en rayon leurs grandes bouteilles pour les Fêtes. Je me pose des questions à propos de la distinction aujourd'hui classique entre Premier et Second vin.

Acceptons, pour le plaisir de la démonstration, "for the sake of the argument", comme on dit à Cambridge, que les grands crus possèdent un terroir unique. Alors, il doit tout aussi bien s'exprimer dans le second vin que dans le premier. Puisque c'est le même.

Bien sûr, le grand vin bénéficie généralement de plus de soins, son élevage est souvent plus long, ses vignes souvent plus vieilles. Mais ce n'est pas le problème, puisque la promesse d'un grand cru réside d'abord - que dis-je, seulement - dans un terroir incomparable.

Est-ce à dire qu'on se fait arnaquer à chaque fois qu'on achète un premier plutôt qu'un second? 

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Est-ce à dire que tout Second d'un cru classé mériterait d'être classé, puisque c'est prétendument le cru, le terroir qu'on classe?

La réponse théorique est oui. La réponse pratique est non - puisqu'on classe aussi un prix, au travers d'années de cotations (je  vous renvoie à ce sujet à l'abondante littérature faisant suite dernier classement de Saint-Emilion).

Un second vin, par définition trop abordable, ne peut jouer dans la cour des grands. C'est une question de standing.

Vous vous moquez du standing? Moi aussi. Vous préférez le vin? Moi aussi. 

Alors, second ou premier vin, classement ou pas, peu importe: la vérité est dans le verre, dans le rapport plaisir-prix, tout le reste n'intéresse que les investisseurs. A ce propos, lisez ICI.

Tiens, au fait, pourquoi s'obstine-t-on à classer les crus?

00:23 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

15 décembre 2013

La Tour de By, Cuvée Héritage Marc Pagès 2011

Déguster un vin de La Tour de By me ramène irrésistiblement à une soirée sur place, à la fin des années 2000.
Et à mon hôte, Marc Pagès, un grand Monsieur du vin, disparu depuis.

J'ai déjà eu l'occasion je pense, de vous dire le respect que j'avais pour celui qui aura vécu plusieurs vies - le jeune agronome en Tunisie, le soldat de la deuxième DB, l'exproprié de Tunisie, le refondateur de La Tour de By. Un homme de devoir. Un homme de convictions. Un homme comme on n'en fait plus beaucoup.

Le vin que je vous présente aujourd'hui est justement une cuvée à sa mémoire: Héritage Marc Pagès. Le millésime: 2011.
Bien sûr, c'est jeune. Le bois n'est pas encore fondu. Les fruits noirs s'estompent derrière le cacao.
Mais quelle carrure! Les tannins sont bien présents mais assez lisses.

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La texture est fluide, le vin coule de source comme un petit concerto de musique baroque. Corelli, ou non, Telemann, plutôt. Musique de table, bien sûr. C'est précis, mais pas précieux.
La puissance est là, mais contenue, civilisée;  l'émotion est là, aussi.
Austère, le Médoc? Vous voulez rire!

Ah oui, j'oubliais.

En théorie, on devrait jamais laisser un souvenir influencer une dégustation. Mais pour Marc Pagès, je ferai une exception. Et pour ses petits fils Frédéric et Benjamin, qui ont eu la bonne idée de lui dédier ce vin. Et de le réaliser, à partir des plus vieilles parcelles du domaine (80% cabernet-sauvignon, 20% merlot).

Respect.

00:31 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |