22 février 2014

Indépendance de la critique

En Belgique, un site - Cinebel - permet de se tenir au courant de l'actualité cinématographique, des sorties de films, des horaires salle par salle. Pour chaque film, dans la version francophone du site, une ou deux critiques sont reprises sur le site, en plus des avis déposés par le public. Les critiques officielles sont celles de la Dernière Heure et de la Libre Belgique.

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Zéro pour la Libre

Récemment, légèrement énervé, j'ai adressé un message à Cinebel, que je vous livre ici:

"Les avis des critiques de la Libre Belgique semblent à ce point décalés par rapport à ceux du public qu'on se demande en quoi ils peuvent encore aider le spectateur dans ses choix. Un exemple récent: Les Trois Frères, film auquel La Libre donne 0/10. Quel critique honnête peut oser donner 0/10 à un film pour lequel les spectateurs, eux, sont enthousiastes? On peut aussi citer Ryan Initiative et Jamais le Premier Soir, pour lesquels le critique a utilisé (deux fois) le titre de "Daube de la Semaine". Cet élitisme est incompréhensible. On finit par se dire que s'il aime, on n'aimera pas. Alors de grâce, changez de référence!"

Et quelle ne fut pas ma surprise de recevoir (assez rapidement, je dois le dire), la réponse suivante: "Bonjour, Je comprends votre désarroi, mais nous ne pouvons pas passer à côté des critiques de La Libre et de la DH, qui font partie de notre groupe de presse. Personnellement, je ne me laisse jamais décourager par une critique, et préfère me faire ma propre opinion d'un film!"

Merci, Cinebel, pour cette précision. En résumé, il y a un lien entre le site et des organes de presse - mais le public ne le sait pas. Et il y a donc des critiques incontournables et d'autres pas. Même ineptes, ces critiques sont diffusées et le cinéphile n'a qu'à ne pas les lire, à passer outre ou à se faire sa propre opinion. On marche sur la tête!

Maintenant, imaginez un système comparable dans la critique viticole.
Ne pourraient publier des articles que les médias dont les propriétaires ou actionnaires seraient également actionnaires des vins critiqués. En toute indépendance, bien sûr!

Et on vient me dire après ça que je devrais payer de ma poche mes billets de train quand je pars en voyage de presse!

10:18 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

19 février 2014

A Boüard et à manger

Piquée chez Jacques Berthomeau, cette jolie phrase qui fera pouffer Saint-Emilion - enfin, ceux qui jugent que pouffer n'est pas au-dessous de leur condition: «Si la Dordogne déborde, Angélus risque fort de devenir une première crue...»

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Le reste, tiré de Vinobusiness (Isabelle Saporta, chez Albin Michel) est à peu près du même tonneau, parfois même avec un peu plus d'acidité, un pH aussi bas que l'empathie de l'auteur pour le petit monde bordelais du vin: "Petit Machiavel du vin, Sarkozy des vignes", "Parvenu", le bon Hubert est habillé pour l'hiver.

L'homme a sûrement des mérites, mais ce n'est pas ce qui ressort le plus de ce florilège. Le livre (à paraître le 6 mars) est une charge contre le "système", l'establishment du vin, et c'est le droit le plus strict d'Isabelle Saporta. Il ne faut cependant pas le prendre pour argent comptant. C'est une vision, un engagement.

Ma consoeur a des opinions; elle est passé par France Inter et Marianne (pas vraiment les premiers choix  de la nomenklatura saint émilionnaise en matière de presse, je suppose), elle ne donne pas dans la langue de bois, même du Tronçais. Et c'est très bien. Il faut parfois des livres de ce genre pour bousculer la fourmilière.

D'un autre côté, elle semble parfois se fier un peu trop à Fréquence-Potins et à Radio Fiel. La présentation de l'éditeur parle de "Dallas hexagonal", de rivalités, de haines et d'intrigues. Elle en fait son miel. C'est un aspect du microcosme, on ne peut pas le nier, mais n'est-ce pas là un angle un peu "trash", pour du journalisme d'investigation, et pour un secteur qui a tellement d'autres choses à montrer?

Si j'en juge par les citations de Jacques, et sous réserve d'inventaire du livre dans sa totalité, je dirai qu'il y a à Boüard et à manger.

C'est à lire ICI

En définitive, ce qui me choque le plus, dans le "système" des grands crus, ce ne sont pas tant les magouilles de leurs propriétaires (même si je les réprouve); c'est quand les vins promettent plus qu'ils ne tiennent. Parce que le client n'achète pas M. Hubert, M. Edmond, M. Nathan ou Mme Aline; il achète du vin. J'ai eu la chance, hier, de pouvoir déguster Pichon-Longueville Baron 2005, Le Clos du Marquis 1995, Lafite Rothschild 1985 et Château L'Evangile 1975 (ma chance est aussi de ne pas avoir eu à les payer).

Avec tout le respect que je dois à ces illustres étiquettes, je n'ai guère été séduit. "Tout ce manque de tendre", comme aurait dit Brel. Toute cette austérité, ce manque de fruit, de chair... Très peu pour moi. Surtout à ce prix.

Ce n'est pas pour passer la brosse à reluire à ce cher Hubert, mais je me demande si, à tout prendre, je ne préfère pas son Angelus. "Parvenu", peut-être, ambitieux, certainement; mais au moins son vin ne sent-il pas la naphtaline.

08:09 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |