19 octobre 2007

A l'ombre des filles en Fleur... Cardinale

Il était une fois un châtelain du Libournais qui aimait les chevaux. Il possédait deux belles juments. Fleur, s’appelait la première. Cardinale, se prénommait la seconde. Devinez un peu quel nom il donna à son domaine ?
Aujourd’hui, le Château n’accueille plus de chevaux, et ses «yearlings» sont présentés en primeur sous la casaque de Saint-Emilion Grand Cru. Bientôt peut-être, en crus classés.
En effet, Florence et Dominique Decoster, les propriétaires, venus tardivement au vin via la belle porcelaine, ont beaucoup investi dans la propriété, rachetée en 2000.

La famille 

Depuis lors, les étiquettes de Fleur Cardinale arborent une nouvelle livrée, mettant en avant les armoiries des de Coster, sires de Teteghem (près de Dunkerque). Armoiries guerrières s’il en est (des épées sur un fond rouge). Le vin, certes tannique dans sa jeunesse, a des ambitions beaucoup plus pacifiques.
 

Le site

Côté terroir, le domaine est bien situé : au Nord-Est du plateau calcaire de Saint-Emilion, ses 18 hectares bordent le Château Valendraud. Les sols sont «argilo-calcaires sur fond rocheux, avec concrétions calcaires», l’encépagement à majorité de merlot (70%), le reste se répartissant équitablement entre les deux cabernets.
Côté expertise, ce n’est pas mal non plus, puisque les Decoster (qui ont gardé l’équipe mise en place par l’ancien propriétaire, Claude Asséo) peuvent compter sur les conseils de Jean-Luc Thunevin et de Michel Rolland.

Et dans la bouteille, me direz-vous ? Une bonne petite dégu vaut mieux qu’un long discours, et cette petite dégu, la voici. 6 millésimes de Fleur Cardinale nous étaient présentés, de 2000 (dernière réalisation de Claude Asséo) à 2005.

Le vin

L’évolution qualitative se remarque avant tout dans l’amélioration de la finesse des tanins. Paramètre indispensable pour les vins qui marient le tendre Merlot aux austères Cabernet Sauvignon et Franc.


-Fleur Cardinale 2002, premier millésime conduit entièrement par Dominique, étrenne l’affinage tannique. Un vin espiègle, plein de fruit, à boire dans sa jeunesse.

-Fleur Cardinale 2003 réussit l’exploit d’être frais et fruité, la charge tannique y est importante, mais bien enrobée. Certes plus ramassé, il faut le carafer deux bonnes heures avant son service.

-Fleur Cardinale 2004:  rubis violet, elle respire la purée de fruits noirs, mûre et myrtille. D’entrée, la fraîcheur pousse les tanins entre les dents. Tanins qui demandent encore un peu de temps pour se fondre dans la délicieuse cerise qui se décèle dès le milieu de bouche. Viennent ensuite l’amande et le poivre, puis encore des pétales de violette. Une ronde aromatique juteuse, florale et épicée, avivée et scandée par le port acide du vin. La longueur reproduit à l’identique le triptyque.
Assemblage : 70% de Merlot, Cabernet Sauvignon et Franc se partagent les 30% restant.


-Fleur Cardinale 2005
(en cour d’élevage): elle a déjà de l’esprit et du caractère. Cramoisi pourpre, fumée, grillée, un rien de réglisse, une Fleur Cardinale encore en bouton qui taquine les papilles de ses petits doigts tanniques. Toute dodue, elle s’avère riche de surprise, fruitée florale, prunelle, griotte, mûre et myrtille, entraînés par une fraîcheur juvénile pétante.
L’adolescence la refermera certes. L’âge adulte verra le triomphe de ses épices, de son port fruité, elle portera la pourpre avec aisance.

(c) Marc Vanhellemont et Hervé Lalau

 

Marc Vanhellemont est journaliste vineux. Il collabore notamment au magazine In Vino Veritas et à la revue Oenosphère.

 

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Fleur Cardinale en chiffres

Superficie : 18 ha
Densité de plantation : 6200-7000 pieds/ha
Age des vignes : 35-40 ans
Cépages :   70% merlot, 15% cabernet franc, 15% cabernet sauvignon (ce dernier en augmentation)
Cuvaisons : 3 à 4 semaines
Elevage : 100% barriques neuves, entre 16 et 20 mois.

06:32 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |