04 novembre 2007

Wine Tourism, the French way

Wine tourism may not be as well organised in Europe as it is in California, where it is part of the business plan of every winery. But in their simple way, the French are not so bad, especially at places like Saint Emilion, which attract tourists by the thousand.

Saint Emilion1
Saint Emilion, la Grande Muraille (Photo H. Lalau)

Visiting the place on a weekday in July, one is amazed at the number of languages spoken in the small town; and also by the efforts of the châteaux and winestores to attract this one day clientele – shipping services, VAT excluded, parcels, etc. Even crash courses on wine, for desperate cases of “I came here by mistake” or “never too late to learn”.
Most stores do not only sell wines, but also wine-related products like glasses, decanters, books, coolers, maps, engravings and paintings, aprons, napkins, tablecloths, etc…
At a postcard sellers’, one can also buy vineplants (merlot or chasselas, choose your grape!).
And this small business about wine is quite successful: in Saint Emilion, Dutch bikers or Slovenian caravan-owners do not spend a lot on first growths, but rare are those who do not buy an apron with a Château name on it…
But of course, this rather careless winetourism owes a lot to the magic of the place, a medieval town which is synonymous with Wine – Montalcino would be the Italian equivalent – and has much to offer in terms of scenic views (both inside and outside the walls), picturesque streets and old stones. What marketing budget would it take to create this?

13:33 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

21 octobre 2007

L'esprit Bélair

Pascal Delbeck est tout sauf un « marketteer ». Sa barbe broussailleuse lui donne un petit air de prophète, et de sa voix lente, il assène quelques vérités bien senties sur le monde du vin. Du haut se sa colline de Château Bélair, il défend un retour aux sources. Les levures à la mode, très peu pour lui. Les vins «techniquement corrects », non plus : «Avec un terroir comme Bélair, il ne suffit pas de faire bien, il faut faire grand. Au-delà de la forme, il y a l’esprit ». A la faveur d’une rencontre organisée sur place par Colruyt, nous avons pu tenter de cerner cet esprit Bélair…
 
Bélair
Pascal Delbeck (Photo H. Lalau) 
 
«Locataire d’un cru d’exception»

Delbeck est orienté bio, mais pas rabique ; il dit qu’aucune philosophie ne doit prendre le pas sur la réalité : « Cette année, je n’ai pas pu travailler en véritable biodynamie; quand le mildiou est là, on ne peut s’en remettre à la seule homéopathie. Mais je continue de penser que la vigne vous rend les soins que vous lui donne. Je ne comprends toujours pas bien comment quelques grammes de quartz ou une décoction d’orties aspergés sur un hectare peuvent aboutir à renforcer la surface foliaire d’une vigne, sa vigueur ; mais je constate que ça marche. »
Delbeck se considère comme le locataire provisoire d’un cru d’exception dont tout l’intérêt est justement d’être au-delà du temps et des modes : «Je suis ici depuis 25 ans, mais l’histoire de Bélair remonte au 3ème siècle!»

Mais ce qui exprime le mieux son engagement, ce sont encore ses vins. Le côté naturel du bonhomme et de son approche culturale se retrouve dans le produit : « Nous avons un terroir exceptionnel, notre devoir, c’est de l’exprimer au mieux. Mes vins sont classiques, parce que c’est Bélair qui doit parler ».

Le facteur temps

Delbeck recherche l’élégance et la garde. L’obtient, d’ailleurs. Ses vins sont étonnants de régularité au fil des années, transcendant les millésimes. Le style Bélair, c’est la pureté, une bonne charpente, mais une puissance contenue, un côté suave, mais aussi beaucoup de minéralité – celle-ci s’exprime de plus en plus à mesure que le vin gagne en âge. Les Bélair de plus de 15 ans, tout en gardant du fruit, évoluent vers la truffe. D’aucuns, comme Michel Bettane, croient voir une tendance vers plus de concentration ces dernières années. C’est surtout vrai pour 2003 et 2005 (même s’ils restent très élégants), et les conditions climatiques ont certainement joué. Je serai moins affirmatif pour les autres millésimes (2002, 2000 ou 1998 ne me semblent en rien manquer de matière).
Fin septembre dernier, une verticale sur 40 ans (!) nous a permis de mieux cerner ce style, symbiose entre un terroir et la patte d’un vinificateur hors pair.

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La valeur n’attend pas le nombre d’hectares

«Nous sommes dans un quartier bien fréquenté », s’amuse Pascal Delbeck. Il est vrai qu’avec Ausone et Magdelaine comme voisins, on a vu pire. Ausone, Delbeck connaît bien puisqu’il l’a vinifié naguère.
Bélair, ce sont 13 hectares de vignes, dont une forte proportion de vieilles vignes – remplacées, le cas échéant, pied par pied. La production moyenne (60.000 bouteilles) a de quoi faire sourire les grands domaines médocains – on est encore ici dans le domaine de l’artisanat, mais un artisanat très professionnel. Sur ces 13 ha, on trouve une grande diversité de sols – Delbeck répertorie 12 parcelles bien spécifiques, répartie entre plateau (calcaire à astéries) et les coteaux, Les sols sont à dominante argilo-calcaire, avec une excellente régulation hydrique. L’exposition est sud et est. Ce domaine, Pascal Delbeck ne l’a pas hérité de ses parents (franco-belges) mais de Mme Dubois-Challon, dont il a été le régisseur. Cadeau somptueux pour cet homme de l’art doublé d’un homme de cœur, mais cadeau empoisonné, car le droit français des successions a fait immédiatement de l’héritier un endetté, qui a dû revendre une grosse partie de ses parts à la famille Moueix.
Pas de cadeau fiscal pour les vignerons – même pas pour les fleurons du vignoble hexagonal.
Il est vrai que Bercy, qui a vu passé tant de barriques, n’est plus aujourd’hui qu’un énorme tonneau de paperasses, où Diogène classe des déclarations d’impôts. A moins que ce ne soient les Danaïdes. Une chose est sûre : les vignerons surtaxés n’investissent pas. Alors, Delbeck, qui a encore quelques idées d’améliorations dans ses chais, ronge son frein.
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La verticale

Château Bélair 2006*
(sur fût) : Encore marqué par le bois, bonne mâche, bonne acidité, sans doute l’étoffe d’un vin de garde. Mais trop tôt pour juger.

Château Bélair 2005***: la perfection ? Du jus, du fruit, de la matière, belle acidité, belle longueur, tannins soyeux, le grand Saint Emilion dans toute sa séduisante splendeur…

Château Bélair 2003*: notes grillées, café brûlé, bouche ronde, brûle un peu en finale. A revoir dans 5 ans…

Château Bélair 2002** : nez fin, arômes secondaires, prune à l’alcool, cumin, eucalyptus léger, suave en bouche, touche d’acidité qui réveille l’ensemble, bonne longueur.

Château Bélair 2001: nez discret, phase un peu fermée, monte à l’agitation, vers l’alcool, bouche un poil trop molle; boisé bien intégré, pourtant.

Château Bélair 2000*** : fruits noirs légèrement confiturés, une bouche très dense. Voici un vin à l’aspect encore très jeune, bien ouvert, agréable en bouche, et de superbe structure.

Château Bélair 1999* : nez pruneau, trame serrée, bonne acidité, de la longueur, évolution déjà entamée; millésime précoce.

Château Bélair 1998** : menthol, bouche suave, alliant finesse et volupté ; bonne charpente acide, minéralité… Tout cela nous fait une vin déjà délectable, mais qui peut encore attendre.

Ausone 1988*: truffe, fumée, minéralité. A la patte Delbeck. Principale différence avec Bélair: Ausone est exposé à l’Est, et ne connaît donc pas de surchauffe en fin de journée

Château Bélair 1995** : bois noble, café torréfié, bonne structure, évolue bien. Déjà à son optimum aujourd’hui.

Château Bélair 1990* : fenouil, caramel, eucalyptus, truffe, équilibré, minéralité, s’ouvre à l’aération.

Château Bélair 1976** : notes de céleri, de fumée; garde de la fraîcheur, étonnant trentenaire.

Château Bélair 1975
: menthol, tannins (de rafle ?), cuir, un peu sec, moins d’harmonie, finit sur des notes d’acidité.

Château Bélair 67*
: truffe, notes de fruits secs, d’humus, très belle bouche suave, ne fait vraiment pas son âge. Millésime sous estimé.

                                    (c) Hervé Lalau


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Dubourdieu, l’élégance, le temps, la technologie…

S’exprimant récemment dans les colonnes de Sud-Ouest, l’œnologue bordelais Franck Dubourdieu évoquait les grands terroirs de Saint Emilion, et leur faculté de se révéler, non pas en primeur, mais après des années. Et à durer… Voilà qui s’appliquerait bien à Bélair…
«L'alternative est claire : préserver ce qui fait l'essence des plus grands terroirs de Saint-Emilion, après quinze à vingt-cinq ans de vieillissement, l'émergence du goût singulier et raffiné du terroir, ou bien coller au marché et enfanter des bêtes à concours au goût fort, anormalement gras et souple, maquillé au bois de chêne. Un vin de terroir ou un vin technologique ? Celui qui dure ou celui qui fait semblant (au début) ? L'ambition de révéler les plus grands terroirs impose la promotion d'un modèle classique et historique du vin de Saint-Emilion, où, même dans le vin jeune, l'harmonie, l'équilibre des arômes et des goûts, l'emportent sur la force, la puissance, la richesse sinon la démesure. Car, tôt ou tard, celle-ci sera au détriment de la finesse et de la capacité du vin à bien se conserver pour montrer sa supériorité».
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08:32 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |