05 décembre 2007

Tous les Bordeaux se ressemblent - non, peut-être...

Mon ami Bernard Sirot (Château Closiot, Barsac) réagit à la "sortie" de Michael Broadbent, déjà évoquée ici: "Bordeaux all taste the same"... 

"Que le terroir soit gommé par des pratiques oenologiques constantes et génériques, c'est tout à fait patent. C'est la résultante de l'emprise des consultants sur les terroirs, mais aussi sur les propriétaires qui aiment se sécuriser et avancer le nom sacré de l'oenologue consultant à toute occasion. Qui oserait dire le contraire...
Constatez notamment l'omniprésence du sauvignon dans les blancs de Bordeaux, même chez les ténors de Pessac-Léognan...
C'est une évidence que je déplore depuis des années. Aux producteurs de reprendre en main leur propre production et surtout d'avancer leurs propres arguments.
Cependant, il faut préciser que les choses évoluent. Jamais les producteurs bordelais ne se sont autant occupés de leurs terroirs.
Par contre, dans les chais, l'oenologie et ses marchands du temple continuent à régner sans partage...

Pourtant, je reste confiant en l'avenir, car une nouvelle génération de producteurs voit le jour et elle me paraît beaucoup plus accrochée aux vertus du terroir et des vins fins que doivent-être les Bordeaux."
 
Bernard Sirot
 
SIROT
Bernard en action
                
                                                                                                      

 

 

 

 

 

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06:42 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

01 décembre 2007

"Tous les Bordeaux se ressemblent" -vraiment?

Est-ce que tous les Bordeaux finissent par se ressembler, comme le dit, avec un brin de provoc', Michael Broadbent? François Mauss (Président, Grand Jury Européen) nous livre son sentiment...

"La question est délicate.

Même lors des sessions du Grand Jury, les meilleurs professionnels confondent régulièrement Rive gauche et Rive droite. In petto, on va dire : vous voyez : même au GJE, ils sont incapables de localiser des crus célébrissimes ! Pas si vite, mettons une nuance de taille : cette confusion est bien plus relative aux proportions de merlot dans le vin qu'à la position géographique du cru.

Lors du «Jugement de Sauternes», bien des dégustateurs n'ont pu identifier les vins américains par rapport aux vins français : encore un argument pour nos amis Broadbent & Cie.

Même si d'évidence les membres du GJE (et cela se lit clairement dans leurs commentaires) trouvent de belles différences entre les crus dégustés, ilfaut constater, effectivement, que la localisation du vin n'est pas aisée.

Pourquoi ?

Plusieurs éléments de réponse peuvent alimenter le sujet :

— la recherche quasi systématique d'une pleine maturité des raisins sans trop se formaliser sur le niveau de l'alcool réduit les différences sensibles qu'on décelait plus facilement entre les diverses AOC
— le souci d'offrir aux consommateurs des vins plus rapidement consommables va aussi dans ce sens de nivellement
— la croissance dans les assemblages du cépage merlot participe également à cet état de fait.

Maintenant, la question de fond est : oui ou non, cela est-il un mal profond qu'il faut combattre ? Et surtout, est-il juste d'accuser le tandem Parker-Rolland d'un tel état de fait ?

En haut de la pyramide 

Personnellement, je vois deux débuts de réponse :

— à très haut niveau, en haut de la pyramide, les grands vins ont une tendance naturelle à évoluer vers des définitions similaires, quand bien même il serait évident qu'il y a des différences parfois criardes comme le montrent divers millésimes de Haut-Brion qui développent un style absolument unique avec leurs arômes fascinants de fumée (mais si on le met à côté d'une Mission ??). Restons modestes : je connais peu de dégustateurs qui
prendraient le pari, sur une série de 30 crus de prestige, d'assurer qu'ils trouveront au moins 60 % des origines.
— les Bordeaux, comme les Napa, étant des vins d'assemblage, il y a bien moins d'effet « terroir » qu’en Bourgogne par exemple.

Que les propriétaires soient plus soucieux de coller à un marché, qu'ils croient, à tort ou à raison, défini comme ceci ou cela, et donc de gommer, inconsciemment ou non des spécificités « ancien style » qu'ils considèrent, là encore à tort ou à raison, c'est probablement un fait réel à prendre en considération.

Parker et Rolland ont bon dos 

Mais mettre tout cela sur le dos de Parker et Rolland, c'est évidemment une solution plaisante de facilité, car une simple dégustation des grands crus appartenant tous à Monsieur Magrez, et tous sous le contrôle de Michel Rolland, apporte de solides contradictions à un tel simplisme.

Si on monte au-dessus de Bordeaux, il est clair, pour ne prendre que la Bourgogne comme second exemple, que cette accusation anglo-saxonne ne peut tenir. Les différences entre les grands domaines de la côte de nuits et de la côte de Beaune restent assez facilement identifiables. Et je n'aurai pas trop peur de relever un défi de localiser des châteauneufs du pape par rapport à des Hermitages ou côtes-rôties.

Le fondamental de tout cela est pourtant limpide : jamais, dans le passé, on n'a produit autant de grands vins et autant de grands crus ayant de réelles spécificités particulières. S'il est vrai que dans le haut du panier, en Bordelais, et particulièrement dans les jeunes années — celles dont on parle le plus —, il y a un style commun basé sur une maturité maximale et sur une proportion de merlot plus importante, avec le temps, on peut espérer que les terroirs d'Ausone, de Pavie, de Figeac, de Cheval Blanc, de Latour, d’Haut-Brion, de Sociando auront le dernier mot.

Inutile de lancer des procès d'intention. Si certains analystes arrivent à nous convaincre (un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout) de la « faute » de Messieurs Parker et Rolland, j'attends de leur part qu'ils mettent dans la balance les apports bien plus importants qu'ils ont dans les exigences de maturité et d'expression du fruit, avec des tanins plus ronds pour nous, consommateurs impatients que nous sommes !

Bien sûr, comme d'habitude, merci de considérer ces réflexions à chaud comme celles d'un simple amateur qui n'a en rien la connaissance encyclopédique de nos grands écrivains du vin!

Pour finir, on me permettra ma question coquine du jour : quels sont donc ces crus magnifiques qui n'ont jamais subi ces influences "néfastes' et qui, pour nos amis anglo-saxons, seraient bien supérieurs, qualitativement, à ce qui est tellement réputé de nos jours outre-Atlantique?"

 

Mauss

François Mauss 

18:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |