10 mai 2008

Primeurs, mais ne se rend pas

En avant-première, voici le texte dominical de M. Eric Boschman, Grand Prix Lanson 2008. Les honneurs auront-ils émoussé la plume acérée de l'ami Eric? Vous le découvrirez en lisant le texte ci-dessous (suspense...).

Il y a quelques années, je ne sais pas exactement quand, faut que je cherche, le commerce des vins de Bordeaux a pris une certaine ampleur. On pourrait même dire à prix une ampleur certaine. Les propriétaires des châteaux les plus reconnus de la région ont décidé de vendre leurs vins en moyenne deux ans avant qu’ils ne soient terminés par l’entremise du système des «primeurs». Vous saviez peut-être ce qu’étaient, anciennement, les primeurs en matière de légumes, soyez tranquilles, les vins n’ont rien de commun avec cela.

 

Prix Lanson (40)
Casaque noire et chemise printanière, Eric Boschman GPL

 

Pour re-situer un peu le bouzouf, tentez de ne pas perdre de vue que les vendanges ont lieu entre septembre et octobre, voire parfois, fin octobre début novembre, suivant la climatologie de l’année. Le week-end dernier, j’étais en Bourgogne et j’ai pu goûter des vins qui étaient encore en pleine fermentation malo-lactique. Certes, c’est un peu tard, mais cela n’a rien de véritablement exceptionnel. Et bien, à Bordeaux, la nature est vraiment plus sympa, disons qu’elle est plus assidue au boulot, c’est pas les trente-cinq heures là-bas, et que quand les dégustations des primeurs ont lieu, c’est-à-dire fin mars, début avril, les vins sont terminés et prêts à être élevés. Ce qui va prendre quelques paires de mois, mais les fermentations sont terminées, tout ça n’est plus qu’un mauvais souvenir.

Pourquoi en est-il ainsi? C’est qu’à cette période, plusieurs centaines d’experts du Mont Dentier se ruent vers l’estuaire de la Gironde, pour déguster à n’en plus finir des vins de 2007. Il va leur falloir juger des vins qui sortent à peine des fermentations. En termes plus imagés, c’est un peu comme si au vu de l’échographie du sixième mois, vous deviez deviner la profession de votre futur nouveau-né. Il faut évaluer le potentiel de la chose et, surtout, pour les Gourous, noter les pinards. Car ce qui compte le plus, c’est la note.

Bien sûr, il y a les côtes de Bob - non, pas l’éponge ni le bricoleur, mais Bob-le-stylo. Mais il n’est pas le seul, quelques dizaines de «journalistes» évaluent, tâtent, crachent, gargarisent, avalent parfois, avant de prononcer les augures. A partir de là, en grande partie, la cote d’un millésime, et surtout de quelques propriétés, va s’établir. Et les prix vont se définir dans la foulée.

Je vous rassure, il n’est pas question ici de dégustations à l’aveugle. Les échantillons sont connus, et les dégustateurs aussi, d’ailleurs. Ce qui pourrait prêter à croire que parfois, certains échantillons seraient préparés pour certains palais. Mais ça, c’est de la médisance pure et simple, voire carrément de la calomnie. 

Des bruits courent affirmant que telle grande propriété de telle très grande appellation aurait un peu édulcoré ses vins. Que telle autre grand château aurait un peu mélangé son nouveau millésime avec le précédent, mais rien n’est prouvé, et surtout, personne n’a vraiment envie de se poser la question. C’est que les prix des vins en primeur vont justifier une sacrée folie d’achat tout autour du monde. Et, croyez-moi, ce ne sont pas les moins chers qui sont recherchés. Bien au contraire.

Mais si la nature veut qu’en Bourgogne, des vins soient encore en fermentation, comment est-il possible qu’en Bordelais les grands noms soient déjà prêts à l’entonnage pour la garde? Si l’on vous dit que c’est à cause des cépages, vous avez le droit de gifler l’outrecuidant qui vous l’annonce. Si l’on vous parle d’une maturité plus précoce, vous avez le droit d’éclater la rate de bachibouzouk qui éructe la chose. Non, simplement, il s’agit d’une affaire d’œnologie contemporaine.

Depuis quelques décennies, la science s’est penchée sur les chais. Tellement bien et loin qu’elle peut paramétrer presque tout; on dit d’ailleurs, depuis le milieu des années quatre-vingts, que nous sommes dans le temps du vin choisi, alors que durant les millénaires qui nous séparent de la première goutte de pinard, nous étions dans le temps du vin subi, parce que la nature était la plus forte. L’apogée actuelle des primeurs dénote bien de cette nouvelle époque; tout est possible, même des vins fins prêts plus vite qu’avant.

Mais qu’en est-il en fait de ce nouveau millésime? On note avec beaucoup de plaisir que c’est surtout un très grand millésime pour les blancs secs, c’est même la deuxième année consécutive. On note aussi avec ravissement que c’est superbe dans le Sauternais, avec des hausses de prix annoncées qui devraient frôler la barre des 20%, ce qui est moins ravissant. Enfin, en ce qui concerne les rouges, on est dans la lignée de 1997, 2002 et 2004, c’est-à-dire des millésimes qui se sont chopés un été plutôt pourave mais qui furent sauvés par la fin d’août et un septembre superbe.

On remarque aussi avec bonheur que depuis quelques années, les efforts qualitatifs se sont effectués surtout dans les vignobles et moins dans les caves où tout semble presque au point. Ce travail important dans vignes ayant pour but de tenter de donner une qualité de plus en plus régulière, voire constante, en dépit des avatars climatiques. D’un côté c’est le bonheur, de l’autre, en gommant de plus en plus les aléas météorologiques, on supprime un des côtés les plus exceptionnels du vin, sa différence dans le temps.

Pour en terminer, qu’en sera-t-il des prix, ce qui est quand même LA question qui vous obsède; et bien à l’heure actuelle, on note un très léger tassement des cours, par rapport à l’année dernière,  de l’ordre de 3 à 5%. Mais ce n’est que le début de la campagne des primeurs, et les acheteurs croisent les doigts pour que les choses restent en l’état. C’est qu’avec des Bordeaux au niveau du baril de Brent, va falloir trouver d’autres choses pour se faire plaisir, j’en ai peur…

Eric Boschman GPL*

 

* A côté de MW (Master of Wine), une nouvelle catégorie de chroniqueurs vineux a vu le jour récemment en Belgique, les détenteurs du Grand Prix Lanson. 

09:38 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

07 mai 2008

Malartic-Lagravière

Cette propriété de Pessac-Léognan appartient à M & Mme Bonnie, d’origine belge, depuis 1997. Ceux-ci ont tout remis à neuf, le nouveau cuvier ultra-moderne étant conçu autour d’une idée: respecter au maximum les peaux du raisin.
Côté vignes, on note une forte densité de plantation (10.000 pieds), et des rendements faibles (35 hl/ha). Le terroir (croupe de graves sèches) est réputé. A noter que les Bonnie ont replanté un hectare de petit verdot qu’ils utilisent comme épice. «Seul, cela marque trop». On le voit, on a affaire à des perfectionnistes et ma foi, c'est plutôt rassurant pour un tel cru.

J'ai visité le domaine grâce à la complicité de Colruyt. J'ai pu y déguster non seulement une série des vins de Malartic, mais également ceux de Gazin-Rocquencourt, autre domaine de Pessac-Léognan (28 ha) acheté par les Bonnie en 2006. Voici mes notes.

 Malartic-Lagravière

 

 

 

Gazin-Rocquencourt Pessac Léognan 2006 *(*)

Groseille, mûre, bouche ample, assez grasse, tannins fins, encore marqué par le bois, dur. La matière est là, mais brute.

Gazin-Rocquencourt Pessac Léognan 2005**(*)

Groseille mûre au nez; la matière tannique, bien présente, est beaucoup mieux intégrée, le côté toasté ressort encore. Un vin puissant, solide, marque d'un beau terroir  (une autre croupe graveleuse), très propice au cabernet-sauvignon. Terroir auquel les Bonnie veulent redonner son lustre. 60% cabernet sauvignon.

Malartic Lagravière Pessac Léognan 2006**(*)

Petits fruits noirs un peu compotés, trame serrée, bonne bouche assez ronde, moins marqué par le bois, les tannins sont très présents en finale, mais mûrs. Très séduisant, dans un style plus policé que Gazin Rocquencourt.

Malartic Lagravière Pessac Léognan 2005 ***

Joli fruit rouge, du charme, bonne acidité, les tannins doivent encore s’intégrer, mais superbe matière. Un travail d'orfèvre, l'archétype du beau Bordeaux élégant. Futur grand vin.

Malartic Lagravière Pessac-Léognan blanc 2006*(*)

80% sauvignon, 20% sémillon; notes d’agrumes, ananas, un peu de levure, un peu dissocié, mais vient d’être embouteillé ; bonne matière et bonne acidité, finit sur une belle touche de minéralité.

Malartic Lagravière Pessac-Léognan blanc 2005**

Notes grillées, bouche plus fondue, très Graves, assez mûr ; 85% sauvignon. Encore du potentiel (5 ans au moins) mais commence à donner une bonne idée de sa valeur.

07:36 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |