18 mai 2009

Selon que vous serez Classé ou misérable...

Discrètement, ces deux dernières années, les Grands Crus de Saint Emilion déchus ont poussé leurs pions sur l'échiquier chamboulé par les multiples rebondissements de l'affaire du classement de 2006 - annulé, on s'en rappelle, par la Cour d'Appel en juillet 2008.

Tout aussi discrètement, par la grâce républicaine d'une petite note de bas de page dans une loi obscure votée le 12 mai dernier, ils viennent d'obtenir gain de cause: ils peuvent maintenir la mention Cru Classé sur leurs bouteilles des millésimes 2006 et de 2007. Pour rappel, il s'agit des châteaux Bellefont-Belcier, Destieux, Fleur Cardinale, Grand Corbin, Grand Corbin Despagne et Monbousquet. Idem pour les deux Premiers Grands Crus Classés (Pavie Maquin & Troplong Mondot).

Au titre de buveur de vin comme de buveur d'étiquette, je ne peux que me féliciter de la décision des parlementaires: la sanction qui frappait les Classés était sans doute démesurée; je pense aussi qu'un classement qui se remet régulièrement en question a plus de valeur qu'un palmarès gravé dans le marbre. Les hommes sont des hommes, ils peuvent se tromper, mais saluons l'effort.

Un seul petit bémol: le législateur français, qui dans sa grande sagesse, a écouté la voix des exclus, des Sans Classement Fixe), aurait-il eu la même capacité d'écoute pour un petit producteur des Côtes de Toul ou des Costières de Nîmes? Mais je galège: il n'y a pas de Crus Classés dans ces deux appellations! Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes!

Et que ceux qui disent que les enjeux commerciaux priment sur le droit aillent se plaindre chez Maître Modrikamen.

 

22:45 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

17 mai 2009

Bordeaux 2008: l'avis des Oenologues

Voici les commentaires de la Faculté d’Œnologie de Bordeaux et de l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de Bordeaux à propos du millésime 2008.

Climatologie générale
 
 «Pour donner un millésime parfait de vin rouge, le cycle végétatif de la vigne doit remplir cinq conditions successives.
1 - une floraison précoce et rapide, propice à une bonne fécondation, assurant des rendements satisfaisants et laissant espérer une maturité homogène
2 – un début de contrainte hydrique à la nouaison limitant le grossissement des jeunes baies et déterminant leur richesse tannique future.
3 – L’arrêt franc de la croissance de la vigne avant la véraison, imposé par une forte contrainte hydrique.
4 – une maturation complète des raisons assurée par un fonctionnement optimum du feuillage jusqu’aux vendanges, sans reprise notable de la croissance végétative.
5 – un temps clément pendant les vendanges permettant d’attendre, sans crainte de dilution ou de pourriture, la maturité des parcelles et des cépages tardifs.
Les deux premières conditions supposent un printemps assez chaud et pas trop arrosé. La troisième, décisive pour le millésime, est impérative. L’arrêt de la croissance de la vigne avant véraison exige un mois de juillet suffisamment sec, des sols à faibles réserves en eau et une grande surface foliaire assurant une forte évapotranspiration.
Pour satisfaire la quatrième condition, il faut une chaleur modérée en Aout et début septembre assortie d’une pluviométrie juste suffisante pour bénéficier à la photosynthèse sans relancer significativement la pousse des rameaux. Enfin le climat idéal des vendanges, nuits froides et journées tièdes, tient à la stabilité de l’anticyclone des Acores, en septembre et octobre, protégeant la gironde des dépressions océaniques majeures.
 
2008 : Affecté par un printemps pluvieux et gris de mars à mi juin, touché en maints endroits par une gelée de printemps début avril, 2008, loin de remplir les deux premières conditions, connut une floraison tardive et perturbée. En revanche juillet sec et ensoleillé permit, sur les bons terroirs, de satisfaire parfaitement la troisième condition. Août mitigé ne permit que de remplir partiellement la quatrième en dépit d’un beau mois de septembre sec et ensoleillé. Le temps des vendanges, de la fin septembre à la fin octobre, plutôt sec et frais et surtout particulièrement ensoleillé offrit avec bonheur la cinquième et dernière condition indispensable pour réussir un millésime tardif. Ainsi, avec deux conditions et demie remplies sur cinq, dont la troisième qui est sine qua non, 2008, sans prétendre au rang des millésimes exceptionnels, rejoint sans aucun doute celui des bons. »
 

Pour les vins blancs liquoreux
 
«Les tries à Sauternes et Barsac s’échelonnèrent de mi-septembre à début novembre. La pourriture noble évolua lentement au début, nécessitant de nombreux passages aussi couteux qu’indispensables pour saisir le fruit dans son éclat. Le développement du Botrytis se généralisa début octobre après des petites périodes humides. La fin du mois offrit une assez large fenêtre de temps sec propice aux dernières tries qui furent les plus abondantes».

09:39 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |