02 décembre 2009

Pomerol: l'avis de David Cobbold

Mon ami David Cobbold apporte son éclairage à l'affaire des "bannis de Pomerol", que j'évoquais hier. Voici ses arguments, tels qu'exposés le 22 juin dernier dans l’émission In Vino BFM, sur Radio BFM (hé oui, cette histoire ne date ni de la dernière pluie, ni de la dernière dépêche de l'AFP...).


Débat : est-il censé d’imposer l’élaboration d’un vin sur l’aire de son appellation d’origine ?


Une récente décision prise par l’appellation Pomerol, et visant, avant 2019, d’obliger tous les producteurs de Pomerol de vinifier un vin portant l’appellation Pomerol dans l’aire d’appellation, à attiré mon attention. Je trouve que cela pousse le bouchon d’une supposée «authenticité» un peu loin.
Regardons les faits. Pomerol est une petite appellation de la rive droite du bordelais, d’environ 800 hectares, et la propriété moyenne à Pomerol est inférieure à 6 hectares. L’aire de Pomerol est bordée par les appellations de St. Emilion et de Lalande de Pomerol, avec une autre appellation, Montagne Saint Emilion, tout près. Vu la surface moyenne et la topographie, bon nombre de propriétaires sont également propriétaires de parcelles dans ces appellations voisines. Et certains ont leur bases historiques dans ces appellations limitrophes. Les cépages sont identiques, les terroirs sont très similaires, et les distances minimes. Malgré cela, on veut leur imposer de construire un autre chai sur l’aire de Pomerol si leurs vins veulent bénéficier de cette appellation.

D’accord, on leur donne jusqu’en 2018 pour le faire, mais est-ce vraiment une décision censée lorsqu’on mesure le prix du terrain à Pomerol, sa disponibilité très limitée, les pollutions diverses inévitablement engendrées par tout ce béton supplémentaire, et le faible (pour ne pas dire inexistant) «avantage» en soi-disant authenticité qui est visé par cette mesure.
Décidément, j’ai du mal à comprendre la multiplication des entraves qui sont imposées aux producteurs, même dans les appellations prestigieuses. Et tout cela pour zéro avantage en qualité pour le consommateur !

David Cobbold

07:17 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

01 décembre 2009

Rififi à Pomerol... aussi

Après Saint Emilion, après les Crus Bourgeois du Médoc, c'est autour de Pomerol d'être saisi par la fièvre judiciaire. En cause, la mise à l'écart de l'AOC de 23 châteaux ne possédant pas de chais dans l'aire d'appellation - mise à l'écart prévue pour 2019, selon les termes du nouveau cahier des charges de l'ODG.

Neuf châteaux parmi ces 23 viennent de porter l'affaire devant le Tribunal de Grande Instance de Libourne, évoquant des "problèmes de régularité dans la prise de décision" de l'ODG. Ils déposeront aussi un recours devant le Conseil d'Etat d'ici le 14 décembre contre le décret entérinant ce nouveau cahier des charges.

Jean-Louis Trocard, qui mène la fronde des neuf rebelles, précise tout de même que les 23 "bannis de Pomerol", qui représentent une surface de 35 hectares, bénéficient d'une "dérogation jusqu'à 2018 inclus". Mais sans doute les potentiels bannis ont-ils jugé que 10 ans n'étaient pas suffisants pour construire leur chai sur Pomerol.

Ils ont pourtant déjà eu le temps de se faire à cette idée, puisque la première décision en ce sens date de 1998, et que les premières mesures d'application, le "régime transitoire", ont été mises en place en 2001. Mais l'AFP, dans sa dépêche reproduite un peu partout, n'en parle pas. Un nouveau cas d'Azheimer, sans doute.

Les "bannis" ont cependant des arguments à faire valoir: installés dans certains cas à quelques hectomètres à peine de l'aire d'AOC Pomerol, et bénéficiant d'une antériorité dans l'usage de ce nom, ils auraient pu s'attendre à plus d'égards - une exemption au titre de l'histoire, où même, une rectification des limites de l'aire, qui sait... L'argument de la protection de l'appellation semble bien vague - on aurait pu aussi bien contrôler les chais en dedans et en dehors de l'aire, quand ils sont si proches. A moins qu'il n'y ait des relents de concurrence? On comprendrait à la rigueur une démarche qui rendrait obligatoire l'embouteillage à la propriété. Mais la mise en bouteille reste permise en dehors de l'AOC, dans les limites.... du département de la Gironde (le plus vaste de France). Et ce, jusqu'en 2025. Force est de constater que le projet est bizarrement ficelé.

Quoi qu'il en soit, tout se passe comme-ci, aujourd'hui, on ne pouvait plus décider de rien, dans une AOC, sans prendre le risque de se voir assigner au tribunal. Même si c'est bon pour les professions juridiques, cela fait désordre au plan de la communication. Une bonne conciliation, des arrangements entre pairs eut mieux valu que ce déballage judiciaire.

Imaginez un peu, à présent, ce qui se passerait si l'on décidait en haut lieu de supprimer purement et simplement les appellations indigentes, un peu comme le regretté René Renou l'avait proposé en son temps. Tout l'effectif du Barreau français n'y suffirait pas...

Le pourfendeur des droits acquis, des féodalités et de l'immobilisme à la française, François de Closets, devrait s'intéresser à la viticulture.

14:16 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |