13 mars 2010

2009, annus horribilis pour les vins de Bordeaux

On doit reconnaître un grand mérite au CIVB cette année: il parle vrai.

Par la voix de son président, Alain Vironneau, il a présenté ce vendredi un bilan assez catastrophique: celui de l'année 2009. Il tient en deux chiffres: -24% de ventes en volume, à 4,96 millions d'hectos; -23% en valeur, à 3,37 miliards d'euros.

Et si tous n'en mouraient pas, "tous étaient frappés", comme disait La Fontaine:  malgré le bradage en GD et dans le hard discount, aussi bien le marché français et l'exportation sont touchés; et le prix moyen des vins chûte.

On note ainsi une forte baisse des exportations vers l'Union européenne (-19% en volume, à 864.000 hl, -25% en valeur, à 598 millions d'euros). La grande exportation baisse également, mais un peu moins (-7% en volume, -22% en valeur), les bonnes performances de la Chine compensant la chûte du marché américain.

Au palmarès des pays étrangers clients du Bordelais, en volume, on trouve en première position, l'Allemagne, devant la Belgique et le Royaume-Uni. En valeur, le classement change: c'est le Royaume-Uni qui prend la tête, devant la Belgique et l'Allemagne.

Alin Vironneau note une légère reprise des ventes sur les trois derniers mois, mais pas dans des proportions de nature à modifier ce sombre bilan.

Reste l'espoir, bien sûr, car en définitive, les vins de Bordeaux n'étaient ni plus mauvais, ni meilleurs l'année dernière par rapport aux années précédentes.

 

08:44 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

11 mars 2010

Yquem dans IVV

Dans le dernier IVV, j'ai inauguré une nouvelle rubrique  (il est vrai que c'est moi qui l'avais proposée): elle est consacrée aux icones du vin.

Pas vraiment la tasse de thé d'IVV, jusqu'à présent, car on n'y déboulonne plus qu'on y encense, si vous me suivez... N'empêche, faut-il se désintéresser des vins de prestige sous prétexte qu'ils sont rares ou chers? Nous avons finalement décidé que non, et ainsi est née cette rubrique; pour l'inaugurer, nous n'avons pas hésité longtemps: ce fut Yquem...

Si l’Yquem m’était conté


In Vino Veritas entame ce mois-ci une série sur les vins «icones»; vins connus, vins reconnus, vins d’exception, vins chargés d’histoire. Des vins qu’on n’a que très rarement la chance de boire, aussi. Quel meilleur choix, pour commencer, que le Château d’Yquem? Ne parle-t-on pas à son endroit, non sans arrière pensée financière, d’ailleurs, «d’or liquide»? On préférera sans doute la belle expression de Frédéric Dard: «de la lumière bue».

Au commencement était… un domaine


Mystère, alchimie, magie… voila des mots qui reviennent souvent à propos d’Yquem. Essayons pourtant de rester terre-à-terre: Yquem, c’est d’abord un domaine. Domaine dont la production vinicole est attestée depuis l’époque où «les Anglais vendangeaient l’Aquitaine». Pour l’anecdote, son nom dérive d’un patronyme germain signifiant «qui porte casque». Un nom bien martial pour un vin si doux.
En 1593, un certain Jacques Sauvage rentre en possession du domaine. La famille bâtit le château et constitue progressivement le vignoble, rachetant parcelle après parcelle. A l’époque, déjà, on connaît l’importance des vendanges tardives, même si les causes de la botrytisation sont encore mal connues. Un peu plus d’un siècle plus tard, Léon Sauvage est anobli par Louis XIV, sous le nom de Sauvage d’Yquem. En 1785, sa petite fille, Françoise, épouse le Comte Amédée de Lur-Saluces - le domaine ne quittera plus la famille pendant 2 siècles.

Grandeur et vicissitudes de l’histoire


Son mari étant mort jeune, Françoise tient seule les rênes du domaine, qui, grâce à elle,  traverse la Révolution et l’Empire sans trop de dommages. Yquem figure déjà parmi les vins appréciés des grands amateurs comme Jefferson et Washington, pour qui, fait très rare, on embouteille le vin au Château dès 1790. Les efforts de la Dame d’Yquem et de ses successeurs directs sont reconnus officiellement quand, en 1855, le Château accède au rang de Premier Cru Supérieur (le seul).
Les têtes couronnées s’arrachent le breuvage à prix d’or, à l’instar du Grand Duc  Constantin de Russie, qui achète une barrique d’Yquem pour 20.000 francs or (l’équivalent de 150.000 euros au cours actuel).
Cette période bénie s’achève avec le phylloxéra et la première guerre mondiale. Il faut tout le caractère et l’entregent de Bertrand de Luc-Saluces pour essuyer ces tempêtes. Le Marquis s’interdit la chaptalisation et refuse le morcellement du domaine. Au titre de son mandat de président de l’Union des Crus Classés, il contribue à faire naître l’AOC Sauternes; il milite au passage pour la généralisation de la mise en bouteille à la propriété.
C’est aussi lui qui donne naissance au fameux «Y», un blanc sec composé pour moitié de sauvignon et de sémillon.
En 1968, son fils Alexandre lui succède. Celui-ci fait ses armes dans un contexte difficile -millésimes médiocres, crise du négoce, droits de succession - mais préserve le domaine par une gestion empreinte de rigueur. Le grand millésime 1975 vient à point nommé pour relancer Yquem.
Quelques années de prospérité permettent de procéder aux investissements nécessaires, au chai et à la vigne - de nombreux manquants sont remplacés, qui entreront en production progressivement. Un chai souterrain est construit, pour la bagatelle de 2 millions d’euros. Alexandre de Lur-Saluces porte le prestige du château au firmament.
LVMH met la main en deux temps sur Yquem. D’abord une minorité de blocage, en 1996, puis la majorité des parts, en 2004.
Après 37 ans de règne, le dernier des Lur-Saluces quitte Yquem. Son successeur, nommé par LVMH, n’est autre que Pierre Lurton. Le gérant de l’autre grand cru de la maison LVMH (que le groupe partage avec Albert Frère), j’ai nommé Cheval Blanc. Un vent nouveau souffle sur la vieille demeure.

La suite dans le nouvel IVV...

07:15 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |