17 septembre 2010

Michel Rolland, ce pelé, ce galeux, ce marketeer...

Nos confrères de Sud-Ouest rapportent une conférence de presse donnée à Bordeaux par Michel Rolland, où l'oenologue, un brin provocateur, évoque l'oenologie de la demande, et cite Coca-Cola en exemple.

Voila qui va faire grincer quelques dents. Mais Rolland est-il l'initiateur de ce système? Ou seulement son illustration? Et l'enfant de Libourne n'a-t-il pas un peu raison quand il dit que nos fameux terroirs n'ont plus le monopole de la définition du goût, surtout pour des consommateurs qui ne les connaissent pas... La chanson de Rolland est une chanson réaliste, il n'a pas inventé la mondialisation, il joue avec. Et pas si mal.

Pour revenir à un marketing de l'offre, peut-être faudrait-il d'abord garantir une meilleure présence sur les marchés et dans la communication de l'offre de vins authentiquement liés à une origine. Mais il est plus facile et plus abordable aujourd'hui pour un consommateur anglais de déguster un sauvignon kiwi que la version originale de Loire... Et puis, combien de vins AOC peuvent réellement revendiquer une origine au plan du goût? Vaste débat.

Mais voyons l'analyse de Sud-Ouest...

Le vin du futur façon Coca-cola selon l'œnologue Michel Rolland

"Quel vin boirons-nous en 2050 ? Michel Rolland n'en sait rien, mais il a sa petite idée. Le plus célèbre des «flying wine makers» (1) était face aux étudiants de l'INSEEC, une école de commerce de Bordeaux, hier matin, pour répondre à cette question.

Michel Rolland s'est taillé une réputation controversée en plaçant au-dessus de tout les progrès de l'œnologie. Ces derniers permettent selon lui de faire du bon vin à peu près partout. Par ailleurs, grâce à eux, on peut adapter le vin aux goûts de chaque marché à travers le monde.

Le modèle ? Coca-cola !

Le terroir, paramètre sacro-saint dans le Bordelais, ne compte vraiment que pour les très grands crus, les vins naturellement complexes. Pour les autres, tout est affaire d'œnologie et de marketing. Les Indiens aiment le curry ? Fabriquez-leur un vin au goût de curry, répond Rolland. C'est globalement ce que ce dernier a expliqué hier matin à la promotion 2013 de l'INSEEC. Volontiers provocateur, il est sans doute le seul œnologue qui cite le Coca-cola en exemple. « Que fait Coca ? Il adapte le goût en fonction des marchés. Dans le nord des États-Unis, où l'on aime par-dessus tout la cannelle, on fait du Coca au goût de cannelle. En Inde, il est légèrement épicé, c'est le plus mauvais de tous. En Europe, on trouve un Coca plus frais, plus acide. Dans l'avenir, le vin devra faire pareil: s'adapter aux différents marchés. Il faut arrêter de croire, en France et particulièrement à Bordeaux, que nous avons le monopole de la définition du goût. »

Darwinisme viticole

Avec de tels propos, Michel Rolland s'est assuré de solides inimitiés dans le monde du vin, surtout à Bordeaux. Il le sait fort bien et s'en moque, continuant à sillonner les routes de Gironde dans sa grosse Mercedes noire avec chauffeur, avant de sauter dans un avion pour conseiller des clients dans la Nappa Valley, en Australie ou encore en Afrique du Sud.

En 2050 donc, le vin sera un produit taillé sur mesure pour répondre à une demande, et non l'expression d'un savoir-faire traditionnel qui se perpétue. Rolland professe une sorte de darwinisme viticole, où chaque région productrice devra s'adapter à la demande ou mourir. «Mais le grand chambardement, c'est l'Asie. Il faudra s'adapter aux goûts de ces pays. Aujourd'hui, il y a une tendance un peu égale dans la production bordelaise, qui fait toujours le même style de vins. Pour cette région, l'avenir dépend de la capacité des producteurs à faire les produits que les marchés veulent. Il faut savoir regarder ce que veulent les consommateurs. Pourquoi ne pas faire un vin aromatisé à la fraise ? Pour moi, ce serait une horreur, mais il faut y penser…»

L'avenir, c'est le marché, on l'a compris. Mais lui, Michel Rolland, quel est son goût ? Un étudiant le lui a demandé. Réponse : «Vous savez, dans mon métier, on retourne souvent sa veste ! J'essaie d'être esthète, mais je suis aussi œnologue. J'ai un goût personnel, mais mon métier m'a donné une double personnalité…» Tout acquis au goût des autres, il n'en dira pas plus sur le sien".

Denis l'Herm

(1) Flying wine makers, expression qui désigne des consultants en œnologie qui volent d'un vignoble à l'autre, à travers la planète, pour dispenser leurs conseils

08:43 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, marketing, rolland | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

12 septembre 2010

Couche d'Ausone

Lu sur le site de Terres de Vins (où je n'arrive toujours pas à m'inscrire pour commenter les articles), un joli petit article à propos d'un film qui se tourne à Saint Emilion. C'est ici. Décidément, le vin redevient  à la mode, on ne s'en plaindra pas.

Mais un passage m 'a fait sourire, à propos d'un des acteurs du film, Lorànt Deutsch. Celui-ci, présenté comme fin connaisseur du Bordelais déclare: «J'ai déjà visité plusieurs châteaux de la région grâce à un précédent film où je jouais avec Frédéric Diefenthal. Ensemble, nous avons même dégusté certains millésimes du château Auzone à Saint-Emilion.»

Il est sans doute connaisseur, M. Deutsch, mais il ne faut pas confondre Ausone, poète latin qui n'inquiète plus grand monde, et Ozone, dont l'épaisseur de la couche, par contre, nous préoccupe régulièrement.

Mais que celui qui n'a jamais fait de fôte lance la première caillasse calcaire à nos confrères...

 


21:18 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Pour rire | Tags : cinéma, ausone, ozone, terre de vins, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |