28 mars 2011

Ah, les Primeurs de Bordeaux!

Dans son post de ce matin, mon confrère et co-blogueur des 5 du Vins David Cobbold dénonce le système des Primeurs de Bordeaux. La farce, comme il les qualifie. C'est ICI

Mon autre complice des 5, Michel Smith, parle lui de Cirque.

Le même jour, j'apprends que Michel Bettane - le Michel Bettane - s'emporte aussi contre les Primeurs, jusqu'à écrire une lettre de protestation à l'Union des Grands Crus. Lui ne vise pas vraiment le système, mais plutôt les passe-droits accordés à certains dégustateurs comme James Suckling ou à la RVF, qui peuvent déguster avant tout le monde.

Il n'a pas tort: pourquoi ceux-là plutôt que d'autres? Et puis, on va bientôt déguster les baies, ou commenter le débourrage.

Mais moi, comme David et Michel, je crois que le problème est plus profond. C'est l'idée de base qu'il faut revoir. Notez bien qu'à titre personnel, je me passe très bien des Primeurs. De grâce, ne voyez dans mes réserves ni de l'envie, ni du mauvais esprit. C'est juste que dans l'état actuel des choses, je ne vois plus ce que nous, journalistes, avons vraiment à y faire.

Malgré tout, ne nous leurrons pas, il y a du pognon derrière tout ça, et le cirque durera tant que les investisseurs seront là.

Et si les critiques n'y vont plus? Pas grave, on enverra des traders... Et puis, c'est pas demain la veille que les grands médias s'en désintéresseront: les numéros "Spécial Primeurs", pleins de pub de châteaux d'assureurs, de fonds de pension ou de mécènes de la GD, c'est plus vendeur qu'un beau reportage réhabilitant le carignan ou la counoise, pas vrai?

Peu importe, dans ce contexte, si les vins présentés aux Primeurs sont buvables ou simplement représentatifs au moment où on les déguste. Peu importe même si ces "grandes bouteilles" vont vraiment nous plaire, dans quelques années. Elles ont pour elles leur réputation, et à ce titre, elles attirent l'oenophile comme les starlettes attirent le public à la sortie du Festival de Cannes.

Le Cirque, disait Michel. Oui, c'est ça, un grand Cirque où tout ce qui brille n'est pas de l'or.

Mais je suis méchant avec le Cirque. Pour faire un bon numéro, il faut des années d'entraînement. Et il faut être bon le jour dit. Il y a finalement beaucoup moins d'esbrouffe chez Pinder qu'autour de Parker.

19:24 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : vin, vignoble, primeurs, cirque | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

26 mars 2011

Vin français: simplifier ou expliquer?

"Les vins français doivent revenir plus accessibles aux consommateurs, plus compréhensibles, moins ésotériques, moins élitistes, déclarait récemment Anne Haller, de France Agri Mer. Se basant sur un étude commanditée par l'office de promotion agricole français, elle enfonçait le clou: "Les consommateurs veulent bien boire du vin français mais pour eux ce doit être un service facile, ils ne souhaitent pas faire des efforts, être éduqués".

C'est dommage, parce que la mission d'explication, c'est justement celle de la presse. Je ne compte donc pas sur France Agri Mer pour m'y aider.

C'est dommage aussi pour les gens qui s'évertuent à faire des vins "compliqués" - je veux dire, autre chose que les 5 grands cépages mondiaux, tous hyper-concurrencés. Autre chose que des vins évidents.

france agrimer,vin,vignoble

"Bon alors pour simplifer votre acte d'achat, on a maintenant deux types de rouge en France, la bouteille haute et la bouteille basse. Vous mettez les étiquettes que vous voulez, c'est la cuvée Agri Mer"

C'est dommage, parce que j'ai du mal à comprendre comment France Agri Mer entend faire passer le message français avec le type de vins qu'il prône. Suggère-t-il de jouer uniquement sur le prix? J'ai le regret d'annoncer à Mme Haller que sur ce chapitre, à cépage égal et à qualité égale, nos amis Australiens, Sud-Africains et Chiliens sont plus que compétitifs. L'entrée de gamme, ils connaissent. Le premium aussi. Ils y sont même souvent plus forts que nous. Simplifier, dans ce contexte, cela risque fort de faire perdre au vin de France son "unique selling proposition".

Mais de qui au juste France Agrimer est-il le porte-drapeau, avec sa "simplification"?

A l'évidence, pas des petits Bourguignons épris de leurs climats et cherchant à affirmer leur différence. Quitte à l'expliquer.  Au risque de vous surprendre, tous les consommateurs étrangers ne sont pas décérébrés; il y en a même qui demandent de l'info.

Non, je pense que cette approche "basique" s'adresse plutôt aux grands faiseurs cherchant à écouler leurs volumes à l'export, alors que le marché français se rétracte. Mais cette France là me rend plutôt... aigre et amer.

Au fait, les deux types de producteurs ne financent-ils pas France Agri Mer?

 

 

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Bourgogne, France, Vins de tous pays | Tags : france agrimer, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (10) | | | |