17 avril 2011

Boschman, Primeurs et autres nouveautés

Et oui, encore un article sur les Primeurs... mais cette fois, c'est Eric Boschman qui s'y colle. En voiture Simone...

Si vous vous faites un peu semblant de vous intéresser à la planète pinard de temps en temps, vous avez peut-être entendu parler de la fin de la dégustation des primeurs à Bordeaux il y a quelques jours. Mais Kézako ?

Comment vous expliquer sans me montrer trop ronchon une fois de plus? C’est que les primeurs à Bordeaux, c’est une véritable institution, même si le phénomène est encore fort relativement récent. Pour faire très simple, cela consiste pour quelques propriétaires à faire déguster à quelques «spécialistes» les vins du millésime qui vient de rentrer. Sachant que les vins sont des prématurés, je dirai même que ce sont des grands prématurés que l’on sort de leurs couveuses en les dopants pour qu’ils tiennent le coup. Imaginez, ces «grands» vins de Bordeaux demandent plus ou moins deux ans avant d’arriver dans nos caves, et encore quelques années, suivant les domaines, pour être prêts à consommer.

Il faut lire, sans trop se bidonner, les perspectives de vieillissement ou de maturité annoncées par certains spécialistes anglo-saxons pour se dire que cela tourne en moyenne entre 15 et 20 ans plus ou moins. Et ces mêmes spécialistes déterminent ce genre de chose en dégustant les pinards moins de six mois après leur récolte. Forts les gars, très forts, y’a pas à dire! On oscille entre la divination et l’escroquerie, si tant est que la première n’en soit pas. Si vous voulez rire jusqu’au bout, le temps moyen accordé par le grand gourou texan de la chose, le célèbre Bob Parker, tourne aux alentours de dix minutes par domaine. Lorsqu’il s’abaisse à visiter. Il faut dire qu’il éprouve quelques difficultés à se déplacer en plus.

Pour ma part, en dix minutes, j’ai à peine dit bonjour, mais je ne suis qu’un plumitif de base, c’est la différence. Hier, je discutais avec un propriétaire d’origine belge qui m’expliquait très sérieusement qu’ils avait eu le privilège de recevoir l’homme durant une demi heure chez eux, insigne honneur, il a débuté sa tournée par leur cave. Dingue. Une demi-heure  pour discuter le bout de gras, savoir comment la récolte s’est passée, comment le vin s’est fait, goûter quelques échantillons sur différentes barriques, car dans ce domaine-ci on ne prépare pas d’échantillons pour les dégustations publiques, n’oubliez pas que le vin ne peut pas naturellement être prêt début avril, il faut le pousser pour qu’il ait terminé toutes ses fermentations. Et en trente minutes, mille huit cent secondes, la moitié moins de temps qu’il ne vous en faut pour terminer votre pistolet, l’As des As goûte, se fait une idée et peut prononcer son verdict. Luke Skywalker à côté est juste une tapette permanentée, et je ne vous parle même pas de Lucky Luke qui peut carrément allez flirter avec Jolly Jumper dans le soleil couchant blême de honte.

Passons encore sur les performances d’un homme qui a lui seul a révolutionné l’économie des vins de prestige du bordelais et de quelques autres régions dans le monde, il a un réel talent et ceux qui ont eu l’occasion de le côtoyer semblent dire qu’il déguste comme personne. Evidemment, la traduction de sa pensée en français contemporain laisse parfois un peu perplexe, entre les goûts de ketchup et autre goudronneries du même genre, c’est limite ésotérique. Mais grâce à l’utilisation d’un système de cotation sur cent, il a rendu la lecture de sa grille d’appréciation éminemment compréhensible, surtout pour le grand public qui ne se penche pas vraiment sur les commentaires. Dans quelques mois, regardez les toutes boîtes des grandes surfaces lors des foires aux vins d’automne, vous verrez les côtes du grand homme, mais rarement plus de deux mots de commentaires, ça ne sert à rien…

Là où le bât blesse vraiment lors des primeurs, c’est que les méthodes culturales ont changé, celle de vinification aussi, et que les vins sont de moins en moins prêts à être goûtés à cette saison. Les échantillons doivent être envoyés, pour des questions d’organisation, vers la mi-mars. Comme le dit Stéphane Derenoncourt, un des rares winemakers vedettes à avoir une opinion tranchée: "Bientôt, ils vont venir goûter les raisins, on envoie des échantillons au 10 mars, c'est ridicule". C’est que la fronde semble gagner un peu de terrain même si en surface, on reste calme. C’est un peu comme les canards qui pédalent comme des fous sous l’eau mais semblent conserver le sourire quoi qu’il en soit. De Paul Pontarlier à Alain Moueix en passant par Pierre Lurton, les petites phrases fusent, beaucoup de choses sont sous entendues, c’est que le marché est important, les prix qui suivront cette campagne de dégustation conditionneront les rentrées financières de quelques centaines d’entreprises pour l’année à venir. Personne n’ose vraiment tirer le bouchon de peur que bébé ne se barre dans l’eau du bain.

Même les grands chroniqueurs franchouillards se mettent au diapason, ils râlent et pas qu’à couvert. Ainsi, Michel Bettane, une des plumes les plus respectées de l’hexagone, a-t-il déclaré à AFP : «On ne fait pas la critique d'un film sur les premiers rushes, parler de la réussite individuelle des châteaux alors que le vin est très, très jeune et n'est pas dans son état définitif, ça n'a aucun sens - on n'a pas parlé de Mozart quand il avait six mois d'âge». Et vous étiez persuadé que les choses se limitaient à ce problème technique, mais c’est une douce blague, car, un rien plus grave, il y a de sérieuses entorses aux règlements européens en matière de concurrence. Ne parlons même pas de l’entente sur les prix, les metteurs en marché jureront la main sur le cœur et feront des procès pour affirmer qu’il n’en est rien, absolument rien et que les hausses sont différentes d’un château à un autre.

Là où les choses sont plus subtiles, c’est lorsqu’il s’agit de vendre des produits en package, un peu comme les éponges et les bouteilles de détergent. Genre, si vous voulez de mon vin très côté, vous devez aussi m’acheter X palettes de mes vins moins connus. C’est comme ça, pas le choix, pas la peine de gueuler, si vous n’êtes pas content, il y en a des centaines qui sont prêts à acheter sans discuter. Pas beau hein? mais c’est comme ça, y’a pas à chipoter, depuis que l’argent est devenu plus fort que tout pour certains domaines de Bordeaux, c’est tout pour lui, et tant pis si les vins que l’on goûte six mois à peine après vendanges sont loin, très loin de ce qu’ils seront un jour. Allez, ne vous inquiétez pas, ces vins sont devenus tellement chers que très peu d’entre nous aurons le plaisir de les boire lorsqu’ils seront prêts.

Eric Boschman

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : vin, vignoble, bordeaux, primeurs | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

15 avril 2011

Pavie 2010 aux Primeurs de Bordeaux

Le journaliste belge Herwig Van Hove "allume" château Pavie 2010, dégusté aux primeurs, en ces termes non voilés:  «on assiste ici à l’illustration du drame de ce millésime: à vouloir trop prendre de tout, surmaturité, extraction, concentration, on finit par avoir tout en trop, couleurs, tannins, alcool…».

Pavie.jpgChâteau Pavie 2000 (bouteille vide)

Moi qui n'y étais pas, moi qui n'ai jamais visité Pavie, moi qui n'ai jamais échangé que trois mots avec M. Perse, mais qui ai bu son 2000 l'an dernier à Saint Emilion, je me dois tout de même de rappeller.... que ce ne serait pas la première fois que Pavie se goûte mal aux Primeurs, pour revenir par la grande porte ensuite. On pense au 2000 et au 2003, notamment... Demandez à Jancis Robinson.

Tiens, en parlant d'Anglais, le panel de Decanter a donné à Pavie la note de 18/20, ce qui n'est tout de même pas mal, même si ce même panel se dit "divisé".

Ah, que cet exercice des Primeurs est délicat... voire acrobatique... voire inutile.

15:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |