12 juin 2011

Fête de la Fleur... de Rhétorique au Château Margaux

Toujours très bien informé, Decanter révèle le nom du nouveau Directeur d'exploitation de Château Margaux, Thomas Do-Chi-Nam, que le directeur général du domaine, Paul Pontallier, présente en ces termes flatteurs: "il est non seulement compétent et talentueux, mais c'est également un homme loyal et très sympathique qui s'intégrera très bien dans l'esprit Margaux".

Primo, j'aurais été très surpris que M. Pontallier, qui est un homme intelligent et bien élevé, nous dise qu'il a engagé un type détestable et notoirement incompétent, ou même "on a pris ce qu'on a trouvé au Pôle Emploi" (d'autant que Do-Chi-Nam vient de Pichon-Lalande).

Secundo, je suis un peu surpris que le remplacé, Philippe Bascaules (qui part chez Francis Ford Coppola) n'ait pas eu droit au même type d'éloge. Mais peut-être la citation était-elle tronquée.

11:34 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : bordeaux, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

900 euros le tonneau de Bordeaux…

Signé Eric "Bordeaux" Boschman...

900 euros. Je sais, vu comme ça, c’est une somme. Mais un tonneau, c’est une unité de mesure qui fait 900 litres, à Bordeaux. Et d’un coup, ça fait nettement moins, hein?

C’est étrange, lorsque l’on évoque les vins de Bordeaux en général, c’est pour vouer aux gémonies les pratiques tarifaires indécentes de certaines propriétés. A juste titre, certes, même s’il s’agit surtout d’une conséquence évidente des lois de l’offre et de la demande. A partir du moment où le vin est un symbole social et que cette façade permet aux nouveaux riches de la planète de se coller un verni culturel, sachant qu’il y a de plus en plus de nouveaux riches et que pour eux, malgré les chroniqueurs anglo-saxons, la France et dans un second plan l’Italie, restent les images d’un certain art de vivre qu’il est facile d’acquérir en apparence par la grâce de quelques marques bien visibles, il est logique que les vins les plus symptomatiquement symboliques de France soient l’objet de toutes les convoitises. Qu’il s’agisse de loque ou de pinuche, le combat est le même, les codes aussi, on la joue produit de luxe, rareté, même quand ce n’est pas tout à fait vrai et les prix grimpent et tiennent par la grâce d’un marketing d’une intelligence rare.

DSCF1495.JPGLes crus classés, phares de la qualité et des prix, émergeant de la masse des Bordeaux (allez, Gorri!)

Tant pis, nos moyens ne nous permettant plus d’accéder aux grandes marques du bordelais, nous devrons nous faire plaisir avec des vins moins connus. Quelque part, je trouve que c’est comme qui dirait une bonne nouvelle. C’est notre rôle à tous, du chroniqueur au consommateur en passant par les importateurs et les sommeliers, de chercher les perles, forcément rares, sinon cela ne serait pas vraiment drôle. Un peu à l’instar de Vasco de Gama, nous devons être des découvreurs. Le salut passe par notre libre arbitre, loin des guides bêlant la même litanie d’année en année. Certes les grandes étiquettes, grâce aux moyens colossaux qu’elles se sont octroyées, sont souvent au sommet de leur art. Même si la déception est fréquemment au coin du bouchon a vrai dire. C’est que quand le flacon flirte avec les 500 euros, voir le double, on est en droit d’attendre une émotion du même niveau, le genre de souvenir qui restera au fond de nos mémoires tant que la maladie d’Alsemberg n’aura pas transformé nos neurones en sauce blanche.

Mais, si Bordeaux, dans son ensemble représente plus ou moins 12.000 étiquettes différentes, seules deux ou trois centaines d’entre elles jouent dans ce Barnum d’apparence des marques. A côté, c’est un peu la soupe à la grimace pour les producteurs. Pour nous, c’est par contre le moment de retourner sillonner les routes d’Aquitaine, oublier la petite crise de rogne suscitée par les prix délirants de ces quelques uns. Car le bordelais dans son ensemble pratique des tarifs très bas, c’est même probablement une des régions de France qui propose les meilleurs ratios prix/plaisir. Attendez, ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit, c’est pas le pays des bizounours, loin s’en faut, tout n’est pas génial dans cette gigantesque appellation, mais on trouve souvent des flacons aux environs de 4 ou 5 € qui valent largement leur pesant de cacahuètes. Alors qu’en ce moment nos futurs ex-amis du nord du Rideau de Pomme de Terre reprennent, un peu stupidement il faut le souligner, le principe si cher au cœur de Georges Bush du French Bashing, allez savoir pourquoi hein ; nous avons une consommation plutôt stable et même en légère hausse de ces vins. C’est presque génétique et parfois barbant de conformisme. Mais quand c’est bon, c’est un truc que nous comprenons vachement facilement, le bordeaux, c’est un peu le vin de notre éducation, le truc qui permet de ne jamais se tromper. Heu...oui, pourquoi pas, mais avec quelques nuances quand même hein.

A ce propos, Carrefour, le groupe de grande distribution, vient de mettre en avant une tripotée de vignerons belges de cette belle Aquitaine, une occasion de découvrir et de se faire plaisir a des prix franchement doux, le travail de ces passionnés qui se sont lancé un beau jour, comme ça, pour assouvir leurs soifs de changement de vie. N’allez pas, pour autant, croire qu’il suffise de se présenter pour que les bouteilles se vendent. Aujourd’hui, on trouve des vins qui se négocient aux alentours de 900 € le tonneau, et même plus bas, mais chuuuut c’est un secret honteux, il faut présenter une façade souriante et heureuse, on ne parle pas de ces choses là ici, madame. Un euro du litre, pour être clair, c’est pas des masses. A ce tarif-là, il est impossible de boucler ses fins de mois, je ne parle même pas de vivre décemment. Pourtant, cela n’empêche pas ces charbonniers du pinard de se lancer et de tenter de sortir leur épingle du jeu.

Bordeaux est probablement l’appellation de la planète la plus hétérogène au niveau tarifaire. Par contre, au niveau qualitatif, c’est nettement plus homogène. Comme partout un bon tiers est médiocre, dix pour cent sont exceptionnels, et le reste, c’est à dire pas loin de soixante pour cent de la production mérite que l’on s’y arrête et que l’on déguste. Tiens donc, et si cet été, au détour de votre caravane, vous faisiez le crochet et parcouriez les routes calmes et verdoyantes de la région, à l’entrée d’une cave tenue par des humains, pas par des actionnaires, vous pourriez faire une chouette dégustation, découvrir des gens qui sont prêts à partager leur passion avec vous touristes en short et casquette, sans oublier les marcels, qui, chaque matin, se battent pour tenir la tête hors de l’eau et préserver un patrimoine original. Personne n’est jamais à l’abri d’un coup de bol, dans le bordelais pas moins qu’ailleurs, les bonnes dégustations sont à portée de tire-bouchon. Comme vous serez peu nombreux sur ces routes, je suis sûr et certain que ces gens auront le temps de vous accueillir particulièrement bien. 

Eric "Bordeaux" Boschman

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : bordeaux, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |