24 juin 2011

Le nouveau projet de classement de Saint Emilion reçoit le feu vert de l'INAO

Le comité vins de l'INAO vient de donner son feu vert au nouveau projet de classement dans l'AOC Saint Emilion Grand Cru. Toutes les interrogations, tous les doutes ne sont pas levés pour autant. En ma qualité de Prud'homme de la Jurade de Saint Emilion, je me dois de vous en faire part.

Je remarque tout d'abord que le projet a été sensiblement assoupli par rapport aux intentions de départ: la base de décision redevient le domaine, même si celui-ci englobe des terroirs différents, et même si certains de ces domaines en absorbent d'autres. Si l'on prétend classer des "crus", pourtant, on devrait s'intéresser à une certaine typicité. Ce qui paraît difficilement conciliable avec des bases de production à géométrie variable.

Mais qui est vraiment capable d'en juger? Et que dire, par exemple, de la typicité des 54 ha de graves de Figeac et de son encépagement médocain par rapport au reste de l'appellation?

saint emilionGloria, Gloria, Saint Emilion

Si l'idée est d'assurer un "niveau minimum" de qualité homogène, observons que c'est déjà une garantie promise par l'AOC dans le cadre de l'INAO-Q, via le fameux lien au terroir.

Comme il ne semble par à l'ordre du jour de remettre en cause l'appellation Saint Emilion dans son ensemble, le nouveau classement ne pourra qu'entériner la diversité des terroirs et des styles de vins qui coexistent au sein de l'AOC. La typicité sera donc un argument très délicat à manier.

D'autre part, vu l'importance de la dégustation à l'aveugle dans le projet, il est à craindre qu'une certaine subjectivité ne prenne le dessus. Un bon et grand vin doit il être "parkerisé"? Faut-il l'oxygéner? Faut-il au contraire oser l'élégance, au risque de ne pas être classé?

Toujours à propos de la dégustation, notons une surprenante différence de traitement entre les deux catégories de classés: les premiers grands crus classés ne seront notés qu'à 30% sur la dégustation, tandis que les grands crus classés le seront à 50 % sur la dégustation. Doit-on en conclure que le contenu de la bouteille est moins important pour les Premiers? Ce serait en faire des vins de buveurs d'étiquette; ce qu'à Dieu ne plaise!

Et osera-t-on sortir un classement qui invalide les notes des experts (Parker, Bettane & Desseauve, la RVF?). Ca risque de grincer des dents dans les rédactions!

En définitive, qu'apportera ce classement? Il dira aux clients, soit que les vins qu'ils ont achetés étaient bons (si la propriété est reclassée), soit qu'ils étaient indignes (si la propriété ne récupère pas le classement). Ou pour le dire autrement: qu'ils ont eu raison d'acheter (cas de figure n°1), ou qu'ils se sont fait abuser (cas de figure n°2). Commercialement, on a vu meilleur argumentaire.

Et puis, sera-t-il vraiment inattaquable, comme le veulent ses concepteurs? Les opposants de l'ancien système, ceux par qui le scandale est arrivé, ont-il obtenu satisfaction? Ou vont-ils à nouveau déposer des recours? Ou de nouveaux déclassés vont-ils prendre le relai? De toute manière, des procédures en justice concernant le précédent classement sont toujours pendantes. Qu'arrivera-t-il si le juge impose dans ses attendus des nouvelles règles qui ne sont pas incluses dans le nouveau projet? N'a-t-on pas mis la charrue avant les boeufs?

Moi, je cherche à comprendre. Votre opinion m'intéresse. Comme d'habitude, je publierai tous les commentaires, d'où qu'ils viennent. Gloria, Gloria, Saint Emiliion!

08:01 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : saint emilion | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

16 juin 2011

Le Cheval Blanc qui voulait se faire plus gros que le boeuf

Ca y est, on a inauguré le nouveau chai de Cheval Blanc. En grandes pompes... de chantier.

Mais qu'est-ce au juste? Une soucoupe volante? Faut-il y voir un clin d'œil à une nouvelle clientèle potentielle? Après l'Inde et la Chine, Bordeaux viserait maintenant la grande banlieue galactique, and the sky is the limit.

vin,cheval blanc,vignoble,bordeaux,saint emilionUn effet boeuf (photo officielle de Gérard Uféras)

Serait-ce plutôt une nouvelle résidence Férinel? L’expression de la nostalgie de Bernard Arnault pour ses modestes débuts dans l'immobilier touristique, les barres de bord de mer ou de station de sports d'hiver?

A moins qu'il ne s'agisse d'une bouse séchée? On pourrait y voir un hommage aux engrais organiques. Je bétonne, mais j'aime la nature.

Quoi que ce soit, quoi que ça soit censé représenter, c'est incongru. Et quand je dis gru... Mais vous l'avez compris, je suis en colère.

Comme au Château Faugères, voici quelqu'un qui fait passer son ego avant son appellation, son environnement. On est à la limite du cas pathologique.
En plus, si le style du vin ressemble au bâtiment, alors de grâce, qu'on bannisse à jamais les mots "mesure", "tradition", "élégance" de tous les communiqués de la Maison. Et même "cheval", pendant qu'on y est. Visiblement, ce nouveau canasson carbure aux anabolisants, je te le disqualifie pour gonflette avant même la pesée.

Mais il y a pire. Le goût du propriétaire, ça peut se discuter. L'architecture, aussi, dans l'absolu. Mais que l'on puisse construire ça ici, ça me dépasse. Nous sommes à Saint Emilion, Bon Dieu. Saint Emilion, Patrimoine de l'Humanité, la mienne, la vôtre; et on y donne un permis pour ce genre de galéjades cimentières! C'est à désespérer de la Mairie, des Services de l'Equipement, de la Préfecture, du Ministère de la Culture... Mais que fait donc la Police, Monsieur Nicolas?

Ce nouveau chai a autant sa place à Saint Emilion que les steaks hachés surgelés de chez Lidl dans le fameux patrimoine gastronomique français, lui aussi classé (n'oubliez pas de demander votre colli gratuit à la sortie).

Pour Cheval Blanc, il faudra maintenant parler de Premier Grand Cru Cassé. Comme le paysage.

14:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Vins de tous pays | Tags : vin, cheval blanc, vignoble, bordeaux, saint emilion | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |