15 août 2011

La parole d'un vigneron

Un ami vigneron – oui, j’ai des amis vignerons, comme vous avez des amis garagistes, ou percepteurs, les sentiments n’empêchent pas de garder l’esprit critique , et si ça ne vous plaît pas, tant pis, il y a plein d’autres blogs et pleins d’autres journalistes plus purs que moi.

Un ami vigneron, donc, dans la parole duquel j’ai d’autant plus confiance que ce qu’il dit n’a rien de flatteur pour lui ; un ami vigneron, bref, je viens au fait comme l’escargot à la salade… un ami vigneron me disait l’autre jour qu’il allait renoncer à sa cuvée de prestige en 2011, parce que la parcelle dont le vin est issu n’a pas eu de belles sorties à la floraison.

Dans le même temps, je lis que des grands crus s’élargissent en rachetant des vignes à leurs voisins, et je me dis qu’il y a deux poids deux mesures.

D’un côté, la seule parole d’un vigneron qui limite volontairement sa production, pour maintenir une qualité dont il est seul juge, en définitive ; et de l’autre, un cru à géométrie variable, mais sanctifié par un classement.

Cherchez l’erreur.

00:52 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

13 août 2011

A Bordeaux et à découvert

Mardi dernier, mon confrère Jim Budd publiait sur les 5 du Vin le n-ième épisode de la saga 1855 - un feuilleton qui risque bien d'être aussi long que Plus Belle la Vie, les affaires de coeur en moins.

Jim souligne que l'histoire pourrait très bien s'arrêter plus vite qu'on ne le croit et évoque trois scénarios.

Le premier est quasi impensable: 1855 rentrerait dans le droit chemin et livrerait tous les lots en souffrance. Le troisième est encore improbable à ce stade: la Répression des Fraudes obligerait 1855 à honorer ses contrats ou à mettre fin à ses activités. Si c'était le cas, elle aurait pu le faire depuis longtemps. Une simple comparaison entre les dates d'achat et de vente des lots suffirait à éclairer la lanterne des Pouvoirs Publics.

Mais c'est le deuxième scénario qui a attiré mon attention. Jim s'étonne que l'Union des Grands Crus n'émette pas une mise en garde officielle auprès de ses membres: après tout, même si ce n'est pas de leur faute, les châteaux sont les otages de la situation. La frustration des clients non livrés atteint l'image des grands Bordeaux. Ou bien je me trompe et ils n'en ont rien à cirer?

Paix à son âme, mais une grande figure de Saint Emilion aujourd'hui disparue me disait un jour que les propriétaires n'avaient rien à voir avec la commercialisation. Nous parlions à l'époque de la vente à vil prix de grands châteaux dans la GD, de ce fameux marché parallèle qui n'existe que dans mon imagination malade et dans une autre dimension à peine évoquée par Albert Einstein. Mais il y aurait donc pire: la vente de lots qui n'existent pas, ou pas encore. On est là dans la physique quantique.

Alors, plus sérieusement, qu'attend l'Union pour émettre une telle mise en garde? Ouh la la, pas si vite! Jim nous dit que d'aucuns, à Bordeaux, craignent qu'elle entraîne la faillite de 1885. Et donc, une action de 1855 en retour, à l'encontre de l'Union des Grands Crus!

On croit rêver. Il faudrait donc ne rien faire pour préserver... mais pour préserver quoi, au juste? La paix dans le monde? Le statu quo entre dupés et dupeur?

Et il y a-t-il vraiment besoin d'une mise en garde officielle? Les fournisseurs de 1855 ne sont-ils pas suffisamment prévenus par les multiples plaintes de clients? Pourquoi livrent-ils? Ou bien ne livrent-ils déjà plus?

Où 1855 achète-t-il vraiment les vins qu'il propose à son tarif (quand il en achète)?

Aux producteurs? Ceux-ci ont certainement entendu parler des litiges en cours. Au négoce de Bordeaux? Idem, car  dans ce microcosme, tout le monde se connaît. A moins bien sûr que 1855 se fournisse auprès de revendeurs internationaux? Ce qui expliquerait les délais de livraison. Ou achèterait-il à la grande distribution (on murmure que les foires aux vins n'écoulent pas toujours tous les lots mis en vente)? Ou bien encore, au cul du camion?

J'ai lu un jour quelque part que le système de la Place de Bordeaux était la garantie d'un contrôle optimal de la commercialisation. J'ai du mal lire.

La vente en primeurs était la grande spécialité de la Place. Souhaitons que ce ne devienne pas la vente... à découvert.

Encore un mot: tout ceci ne préjuge évidemment pas de la culpabilité de 1855. Après tout, ces gens ont leur conscience pour eux, je ne suis pas juge, juste commentateur, et comme je n'achète jamais de grands bordeaux en primeur, mon avis en la matière est tout à fait désintéressé...

 

 

 

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Pour rire | Tags : bordeaux primeurs, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |