13 décembre 2011

Bordeaux, Vin de France... autrement dit

Tiens, j'ai envie de l'écrire autrement.

Alors qu'on discute de l'opportunité de rétablir les droits de plantation (OK, ils sont toujours là, ils sont juste potentiellement suppprimés);

Alors que les AOC sont toujours présentées comme le sommet de notre hiérarchie des vins;

Alors que Bordeaux est sans doute la marque-AOC la plus vendeuse en France (derrière la Champagne), dans le domaine des vins;

Alors que Bordeaux, "c'est un style", comme dit la dernière campagne de publicité générique - tellement générique qu'elle en devient presque vide;

Alors que la France officielle des vins se gargarise de l'exception française...

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Bordeaux, des vins, un style. A oui, lequel?

Les Français n'ont jamais bu aussi peu de vin.

L'export n'arrive plus à compenser, et ce n'est pas avec des AOC sans véritable homogénéité, sans contenu, qu'elle peut y parvenir.

Bordeaux et Bordeaux Sup se bradent dans le hard discount à des niveaux de prix insensés. Ou restent dans les cuves.

Le CIVB, où l'on ne trouve pas que des idiots, sait bien que ses AOC régionales (j'ai failli écrire génériques) produisent trop.

Pour saigner la bête, il propose, assez courageusement, il faut le dire, de déclasser envron 5% de la production en Vin de France.

Pas idiot. Les rendements sont libres en vin de France. Les viticulteurs pourront donc peut être en vivre.Mieux que de la distillation, en toute cas, que les Européens, c'est à dire nous, payons de notre poche

Il faudrait quand même que certains viticulteurs changent d'activité - le Plan Bordeaux le prévoit d'ailleurs, mais c'est un autre débat, encore plus polémique.

En fin de compte, moins de vin en AOC, moins de producteurs (mais des pros), ce devrait être le ticket gagnant.

Alors, si tout va bien, les cours du Bordeaux Bordeaux Sup devraient remonter. C'est tout le mal que je leur souhaite.

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Ils ont l'air "cool", certes, mais on ne les voit jamais boire de vin. De la main à la bouche, il y a loin... C'est  symbole d'une génération à reconquérir, mais est-ce la bonne manière?

16:09 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : vin, vignoble, bordeaux, vin de france | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Bordeaux va découvrir les charmes du Vin de France

Selon une charte signée le 9 décembre dernier par les différents acteurs de la filière vins, et à l'instigation du CIVB,  il sera bientôt possible pour les producteurs de vins de Bordeaux de commercialiser leurs vins en "Vins de France", en rouge, en rosé et en blanc. Aucune référence à Bordeaux ne figurera sur les étiquettes. Seule la mention du cépage et du millésime sera autorisée, conformément aux normes des Vins Sans Indication Géographique.

Cela m'a fait réfléchir. Vous savez comme je suis taquin.

 

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De l'estuaire de la Gironde à Langon, un seul "terroir"?

Comme on n'imagine pas que les Bordelais se mettent immédiatement à planter spécialement de nouvelles vignes pour cette nouvelle catégorie de vins (et quand bien même, il faudrait attendre qu'elles puissent arriver en production), c'est donc bien du bon vin de Bordeaux - enfin, du vin produit selon les normes en vigueur actuellement dans l'aire d'AOC - qui va être vendu sans appellation. Est-ce à dire que tout le vin produit à Bordeaux jusqu'ici ne méritait pas l'AOC?

 

On parle en tout cas de "déclasser" entre 250 à 300.000 hl , soit à peu près  5% de la récolte.

Notez bien, je ne peux que me féliciter de cette décision si elle signifie que les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur vont maigrir un peu, au profit d'une meilleure "typicité", d'un vrai lien au terroir. Je sais, ces mots ne veulent pas dire grand chose, mais ce n'est pas moins qui les ai employés en premier, je ne suis que commentateur.

Par ailleurs, comme les plafonds de rendements n'existent pas dans les Vins Sans Indication Géographique, les producteurs amortiront mieux leurs coûts.

Ce n'est pas que je veuille compliquer encore les choses, mais si l'on devait s'en tenir à une stricte définition du lien au terroir, celui-ci ne pouvant pas s'appliquer à un vignoble aussi vaste que la région bordelaise (ou bourguignonne, ou alsacienne, ou rhodanienne), toutes les AOC régionales devraient disparaître pour se transformer en Indication Géographique de Provenance (IGP); en effet,  les vins qui en sont issus sont liés au territoire, pas au terroir (c'est la distinction européenne). Car il n'y a pas UN terroir commun à tout le Bordelais (125.000 ha, c'est beaucoup). Pas plus qu'un n'y a UN terroir commun à toute la Toscane, et c'est pour cela qu'au delà de Chianti ou de  Montalcino, les Toscans ont conçu l'Indicazione Geografica Tipica Toscana (IGT est l'équivalent italien de notre IGP).

Dans cet esprit, en France comme ailleurs, à mon sens, seules des AOC communales ou sous-régionales garantissant le fameux "lien au terroir" pourraient subsister. Mais ne rêvons pas.

Et buvons sans trop chercher à conprendre; la vérité est dans le verre et à chaque propriétaire la sienne, en définitive...

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Italie | Tags : vin, vignoble, aoc, bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |