29 décembre 2011

Saint Emilion: le terroir, le goût, le classement...

Jean-Philippe Magret est avocat à Libourne. C'est lui qui représente les intérêts des exclus du classement de Saint Emilion de 2006.

Il s'oppose à la méthodologie retenue pour le nouveau classement: "On veut privilégier des critères de dégustation au détriment de ceux qui ont permis de valoriser des territoires au cours de l'histoire de Saint-Émilion. Il n'est pas possible de laisser nos grands crus s'abaisser à passer dans ce crible administratif qui est censé distinguer la qualité et l'excellence alors qu'en réalité, on risque de favoriser la reconnaissance immédiate de goûts communs (le tendre, le vanillé et le mou)".

Il en appelle à l'histoire: "Où est donc passé le souffle, l'âme de nos grands vins dont la qualité est jugée à l'aune de tels critères? Je crains que l'on passe d'un classement des grands crus lassés à une simple certification de producteurs. Que l'on rentre dans l'ère des labels qui gomme toute l'histoire des terroirs."

J'entends bien. Mais si l'on pousse l'argumentation à l'extrême, pourquoi refaire ce classement, alors que le terroir, lui, est immuable? Et Me Magret peut-il m'assurer que tous les châteaux bénéficiant aujourd'hui de l'appellation Saint Emilion Grand Cru ont un véritable terroir, sanctifié par l'histoire, au sens premier du mot cru?

Au fait, j'ai toujours trouvé aberrant qu'on puisse donner le nom de Grand Cru à un château, quand en Bourgogne ou en Alsace, on le confère à une parcelle, un climat. Mais allez donc retirer ce droit acquis....

Plus fondamentalement, Maître, au risque de vous déplaire, les classements ne m'intéressent pas.

Ma vérité est dans le verre.

Votre histoire du terroir, et les abus de langage qui l'accompagnent, les amalgames, la mention "classé" ne sont qu'une façon d'expliquer après coup ce qui est bon, ou d'essayer de vendre cher ce qui l'est moins.

Attention, ma critique est d'ordre conceptuel, sémantique. Je comprends votre démarche, et ses implications pratiques.

Les classements existant, et étant, je le crains, appelés à perdurer, je ne voudrais pas marquer un but contre le camp dont je me sens le plus proche, celui des floués.

Je ne dis pas que vous avez tort de défendre ceux qui se sentent injustement traités, quand d'autres, mieux en cour, ou plus argentés, sont parvenus à détourner le système à leur profit (ce n'est pas moi qui le dit, mais les juges, qui ont parlé de conflits d'intérêts, de collusion entre jurés et marchands). Il y a là quelque chose de foncièrement choquant.

Mais en définitive, et pour en revenir à l'essentiel, à savoir le vin qu'on achète pour boire, et pas pour son statut, je préfère déguster et me faire mon opinion. Mon goût. Il vaut ce qu'il vaut. Il est peut-être "commun", comme vous dîtes, (quoi que je n'aime guère le vanillé), mais c'est le mien. J'essaie de ne pas prendre mes préférences pour des réalités, bien sûr; ce n'est pas ce qu'on attend de moi. J'essaie de ne pas me laisser influencer. Ni par l'étiquette, ni par le maquillage du vin.

Alors, "Classé" ou pas, Château Guadet me plaît tout autant. C'est peut-être ses vignerons qu'il faudrait classer?

Gloria, gloria, Saint Emilion!

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

22 décembre 2011

Cheval Blanc comme neige

Je ne discute pas les décisions de justice, je fais confiance à la justice de mon pays, et bla bla bla; mais je suis consterné que des juges aient cru bon d'interdire au Château Guiraud-Cheval Blanc l'utilisation de cette dernière mention. Je me demande d'ailleurs comment le château va bien pouvoir s'appeller, dorénavant, car Guiraud tout seul n'est certainement pas plus indiqué!

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Cette étiquette sera désormais interdite

Je suis encore plus déçu que le grand Cheval Blanc ait jugé bon de faire un procès à son petit "rival", qui, pourtant, portait ce nom de temps immémoriaux (Cheval Blanc est un lieu-dit de la commune de Saint-Ciers-de-Canesse); et je me demande toujours en quoi un Côtes de Bourg à 7 euros peut porter ombrage à un Classé de Saint Emilion.

C'est petit, pour un Grand Cru.

En conséquence de quoi je me propose de boycotter le Château Cheval Blanc, dont, de toutes façons, les tarifs ne correspondent pas à mon train de vie, et dont l'architecture grandiloquente me déplaît souverainement.

Comment un permis de construire a t-il pu être délivré pour cette bouse blanche dans un vignoble classé patrimoine de l'humanité? La question me taraude toujours.

Pas un juge pour s'intéresser à ce point là. Cheval Blanc comme neige, en quelque sorte.

 

00:54 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |