19 novembre 2012

Poulet à la Valls

Le dimanche midi, très souvent, chez les Lalau, on mange du poulet.

Pas n'importe quel poulet - toujours du Label Rouge. Je connais le réseau, j'ai visité des élevages avec la Sopexa, à Loué, il y a une dizaine d'années (salut Vincent!). Et puis même si c'est plus cher, la vie est trop courte pour manger des volailles poussées aux hormones en 40 jours - pauvres bêtes, comme dirait Gaia.

Toujours est-il que ce dimanche, c'était du poulet blanc fermier du Maine.

 

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Liberté, égalité, poulet de Loué

Ayant entendu M. Montebourg nous dire qu'il fallait acheter français, je me suis dit, bravo, Hervé, tu es dans le bon, tu participes à l'effort collectif. Plus encore, même, car habitant l'étranger, je pourrais sans scrupules me dédouaner de cette impérieuse nécessité.

Avant de mettre mon poulet tricolore dans mon four (allemand, je le crains), je l'ai badigeonné d'huille d'olive. Hélas, c'était de la Tunisienne. Elle est excellente et beaucoup moins chère que celle des Baux, et même moins cher que la Puget, dont je ne suis pas sûr qu'elle soit 100% française. Et puis en plus, elle me rappelle les amis que j'ai en Tunisie - Pilar, Belgacem, Ines, je vous dédie ce poulet.

Tiens, vous savez quoi, ces gens sont presque comme nous, ils ont deux pieds, deux mains, une tête et ils parlent même le français. Ils gagnent leur vie, assez honnêtement au demeurant, en produisant d'excellents vins à partir de cépages français, espagnols ou italiens. A ce propos, il faudra que je demande à Arnaud Montebourg si j'achète bien français quand je bois un Languedoc à base de grenache (pardon, garnacha), un Roussillon contenant du carignan (cariñano) ou un Côtes de Provence blanc à base du rolle (vermentino) - sans parler du gewürztraminer.

Et je n'ai pas non plus les extraits de naissance des vignerons - il faut faire gaffe, il y a tant de Belges dans le vignoble hexagonal, et même quelques Suisses. Voila deux ans, Marc et moi, nous avons rencontré un flying winemaker suisse qui vinifiait alternativement à Leyda, au Chili, à Genève et aux Iles de Lérins. Le monde du vin est tout petit.

Une fois cuit, le poulet est arrivé sur la table. Chez nous, on aime bien les épices; on a mis du poivre -  je crois qu'il vient de Macassar, par la Porte d'Italie. Et puis mon fils a mis du Merken. Si vous ne savez pas ce que c'est, je vous le dis: c'est un mélange d'épices fumé des indiens mapuches du Chili. Là encore, souvenir, souvenir, ce sont des copines qui m'ont offert ce pot là bas, il y a deux ans.

Pour accompagner le poulet, ma femme avait fait du riz - un riz basmati du delta - non, pas le delta du Rhône, plutôt celui du Mékong.

Et pour arroser le tout, là, j'ai carrément dérapé. Après une demi-semaine à fêter le Beaujolais nouveau (plus une belle bouteille de Pouilly-Fumé, hier, signée Saget), j'ai trahi la nation (pire, la Bourgogne!). J'ai servi un excellent pinot noir de Nouvelle-Zélande. Notez, le domaine (Brancott Estate) est la propriété d'un groupe français, Pernod-Ricard, qui possède des vignes dans la plupart des pays du Nouveau-Monde; mais curieusement, pas en France. ils ne NZ'aiment peut-être pas les vins standardisés, comme disent les Jeunes Agriculteurs. Alors indirectement, avec mon pinot des Kiwis, je bois quand même français.

Bref, mon poulet n'est pas un poulet à la Montebourg, mais plutôt un poulet à la Valls. Ben oui, notre ministre de l'intérieur nous vient de l'extérieur. Il est né espagnol en 1962, naturalisé français en 1982.

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Drapeau français, européen... je ne vois pas l'espagnol?


Nobody's perfect.

Pendant que je trahis mon pays avec tous ces produits étrangers, heureusement, bon nombre de mes amis étrangers mangent, conduisent ou boivent français...

Alors, Arnaud, réfléchissez... consommer français, pourquoi pas, mais pas au détriment des bons produits d'ailleurs. Ne vexons pas nos clients étrangers...

00:02 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Espagne, Europe, France, Tunisie, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

16 novembre 2012

Les 20 ans d'IVV, suite et fin

Bon, l'année se termine, on ne va pas les fêter éternellement, ces 20 ans!

Alors voici un dernier rappel de vaccin...

 

En Français

 

Peu importe, en définitive, les conditions qui ont vu naître In Vino Veritas, par un beau jour de 1992. Ou plutôt une belle nuit, bien arrosée. Il fallait sans doute pas mal d’inconscience pour lancer une revue de vin indépendante, dont le credo était, dès le premier numéro, de dire la Vérité sur le vin.

Ah, la Vérité ! Vaste programme! Avons-nous respecté cet engagement? Ne nous sommes nous jamais fourvoyés? Ne nous sommes nous jamais faits avoir, en 20 ans? Bien sûr que si !

L’objectivité, c’est une recherche constante, jamais atteinte…

Quoi qu’il en soit, IVV est quand même un des rares magazines qui a su résister à la dictature du boisé, dans les années 90 et 2000. Un des rares qui n’ait jamais eu de gourou, de maître à penser – pire, de maître à boire.

C’est aussi un des tout premiers, en Francophonie, à s’être penché de manière régulière sur les vins suisses, luxembourgeois, portugais, autrichiens, allemands, ou encore, sur les vins du Nouveau Monde,. Et qui plus est, sur le Nouveau Monde à nos portes, dans le Sud de la France, dans certaines zones d’Espagne, d’Italie, de Serbie, du Liban, virtuellement inconnues.

C’est aussi un des premiers magazines à avoir salué les efforts des viticulteurs bio, biodynamistes ou «nature». Salué, mais pas encensé, car il faut toujours garder une certaine distance face à ce qui se transforme vite en mode, avec tout ce que cela suppose de suivistes, de profiteurs, aussi.

Notre équipe rédactionnelle a évolué au fil des années. Saluons au passage ceux qui nous accompagnés au démarrage, ou plus longtemps, pour certains. Car sans eux, nous ne serions pas là aujourd’hui. Ils vaquent maintenant à d’autres occupations. C’est la vie. On pense à eux souvent, et même parfois, on aimerait bien lire leur prose à nouveau dans nos pages…

Notre philosophie, elle, n’a guère varié: découvrir et faire découvrir, garder les yeux et les papilles ouvertes, et vous en faire profiter. A la bonne franquette. Dans le respect du produit, mais sans trop se prendre au sérieux.

«Qu’attendez-vous du vin?», demandions-nous à un certain  Stuyck, Philippe, 39 ans, dans notre premier numéro. «Le partage», répondait-il avant d’ajouter : «je ne bois jamais seul». De ce côté-là, rien de changé, comme en témoignent nos sessions de dégustation.

Autre valeur en partage: la liberté d’opinion. Depuis le début, c’est la seule garantie pour nous de vous intéresser. Nous laissons la communication aux communicants, nous préférons l’information. Et même si nous avons pu nous tromper, c’était de bonne foi...

Un dernier mot pour clore cette petite célébration: merci. Merci de votre fidélité.

Rendez-vous pour les 40 ans?

 

Philippe Stuyck & Hervé Lalau

00:14 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |