10 février 2013

Stratégies rédactionnelles des revues de vin - ou la question des AOC

Faut-il toujours juger des vins dans leur contexte d'appellation? Ou peut-on établir des classements personnels, en fonction des domaines? Comparer des vins en fonction du cépage ou de la vinification?

Nous avons eu récemment ce débat chez In Vino Veritas.

"Ca serait privilégier les marques au détriment du terroir", dit l'un. Argument recevable. Enfin, si l'on pense qu'AOC = terroir, et c'est le plus souvent faux.

"La RVF le fait, est-ce ce qu'on veut lui ressembler?", martèle le même, décidément doué d'une conscience morale hors du commun.

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Où l'on se demande bien ce que vient faire cet animal dans une chronique vineuse...

Et alors? Decanter fait des classements, la RVF fait des classements. Terre de Vins fait des classements. Le Wine Spectator aussi (OK, un classement international, toutes origines et tous cépages confondus, c'est peut-être un peu too much). Ces magazines se  ressemblent-ils tous entre eux? Je ne le crois pas. Et puis, qu'on fasse de vrais classements ou juste des sélections, le principe reste à peu près le même: on hiérarchise. On émet des jugements de valeur.

Alors, le faire par appellations (en cautionnant ainsi des différences qui n'existent parfois que dans la tête des vignerons locaux, et qui n'ont parfois pas d'autre intérêt que commercial), plutôt que par style, par profil de vigneron ou par type d'assemblage, voila qui ne me semble pas garantir un meilleur travail. C'est juste plus facile. Pour des raisons logistiques, des raisons pratiques, des raisons économiques, pour plein de raisons, mais qui n'ont pas grand chose à voir avec une critique visant à l'objectivité.

Imagine-t-on une presse automobile qui ne comparerait jamais que les Peugeot entre elles, les Mercedes entre elles, les Skoda entre elles? Qu'elles le veulent où non, les AOC sont des marques, des marques partagées, et donc un peu particulières, mais des marques tout de même.

L'ornithorynque du Libournais

Si le postulat "une AOC = un type de sol et un type d'assemblage" était valide, alors Château Figeac ne serait déjà depuis longtemps un Saint Emilion Grand Cru, mais un Médoc ou un Graves (ou même, soyons fous, Premier Grand Cru classé A des Graves de Saint Emilion AOC. Le seul.). Faut-il réécrire tous les décrets d'AOC pour régler ce genre de problèmes, ou nous faut-il simplement, à nous, préconisateurs, changer de disque dur? De façon de penser?

Quoi qu'on fasse, ça n'empêchera pas le consommateur de dormir, et surtout pas le buveur d'étiquette. Le besoin de classer, d'étiqueter, est propre à l'homme, mais aucun classement ne tient jamais la route; car il simplifie toujours un peu la réalité. Comme l'ornithorynque a des poils et un bec de canard, Figeac a son identité, ça me suffit.

Pour moi, il n'y a pas de règle. Dans le dernier numéro d'IVV, nous avons publié un dossier sur les cabernets francs de Loire. Rouges, rosés, de l'Orléanais, de Touraine, de Saumur, d'Anjou, de schistes, de calcaires, de graviers... Et alors! C'est une façon tout aussi valable de présenter une sélection, que de de passer par le crible des AOC. D'ailleurs, de cet exercice ligérien, il ressort quelques constantes qui dépassent les frontières des appellations.

Les deux approches ont leur intérêt, et le mieux que l'on puisse faire, à mon sens - et c'est le rédacteur en chef adjoint qui parle, c'est de les utiliser aussi bien l'une que l'autre.

Le but d'un magazine, le but d'un journaliste du vin, c'est d'expliquer, de convaincre, d'assister le consommateur dans son choix. Le consommateur ne raisonne pas toujours AOC; et ne raisonne pas non plus toujours cépage. En fait, c'est un animal rétif, lunatique, on ne sait jamais bien comment le prendre.

Une étude récente, effectuée par une université américaine, révèle que les "consommateurs de base" ne dégustent absolument pas comme les professionnels, que les mêmes vins ne leur font pas les mêmes effets.

On peut donc penser que les vins que nous sélectionnons ne sont pas toujours ceux que le consommateur achèterait d'instinct. Si, en plus, dans notre sélection d'experts, nous accordons à l'appellation un poids trop important, il est à craindre que nous nous éloignions encore plus de ce que cherche le consommateur.

Combien de fois avons nous entendu, lors de dégustations à thême, des choses du genre: "Il est bon celui-là"; "D'accord, mais il n'est pas du tout typé dans son appellation".

Est-ce à dire que chaque année, dans chaque morceau d'appellation, pour tous les vignerons, il y a un type acceptable et d'autres pas? J'ai plus que des doutes.

Deux exemples récents: Touraine Oisly (nouvelle appellation de sauvignon plutôt "sèche" mais sous laquelle on trouve quand même des vins à plus de 5g de sucre, qui ne sont ni meilleurs ni moins bons, juste "autres"); et les deux frères ennemis de Bourgueil et Saint Nicolas de Bourgueil. Pour avoir dégusté les uns et les autres à une journée d'intervalle, je renonce à jamais à vouvoir différencier à l'aveugle les deux appellations. Il y a des différences, certes, mais presque autant de différences au sein de chaque appellation.

AOC: l'Alpha et l'Omega de la Classification?

Alors de deux choses l'une, ou tu veux faire plaisir à chaque AOC et tu lui dis à quel point elle est unique, ou bien tu fais ton boulot, honnêtement, et tu avoues humblement que tu ne peux pas  toujours faire la différence. Et comme la plupart de tes lecteurs la feront encore bien moins facilement que toi, alors, tu parles des cabernets francs du Bourgueillois.

Par ailleurs, sur les marchés "ouverts", non protectionnistes, certains consommateurs, même pointus, sont heureux de pouvoir comparer Sancerre et Marlsborough, Priorat et Gigondas, Vouvray et Stellenbosch, Latour et Mas la Plana.

Dans certains pays, les magasins qui vendent du vin classent même les vins par cépage plutôt que par origine, parce que c'est une clé évidente pour le consommateur - la formule n'a pas que des avantages, il y a bien souvent des déceptions à ce jeu là, mais pas forcément plus, en définitive, qu'avec le classement par AOC, vu la diversité qui règne en leur sein.

Enfin, c'est juste mon avis et je serais intéressé d'avoir le vôtre.

00:33 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France | Tags : aoc, vin, vignoble, classification, classement, presse du vin | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

07 février 2013

L'Hérault à Bruxelles

Le Languedoc monte à Bruxelles, les 17 et 18 février prochain, à l'occasion d'un salon intitulé "Salon des Vins de l'Hérault". 120 vignerons seront présents.

La journée du dimanche 17 est ouverte à tous (sur réservation uniquement).

La journée du 18 est réservée aux professionnels.

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Adresse du jour: AUTOWORLD, Parc du Cinquantenaire 11, B-1000 Bruxelles

Inscriptions: http://languedoc.ubifrance-events.com

NB. Pour nos amis parisiens, avec le Thalys, on est plus vite à Bruxelles qu'à Montpellier... Et la bière est meilleure.

 

 

00:25 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Languedoc, Midi | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |