07 octobre 2013

La GD, bon gré Magrez

Bernard Magrez a beau s'être délesté de ses marques de négoce et ses whiskies d'entrée de gamme pour se spécialiser dans de plus nobles grands crus, il n'en dédaigne pas pour autant la grande distribution, comme en témoigne cette offre spéciale foire aux vins sur son Château La Tour Carnet chez Carrefour Belgique - 34,99 euros pour le millésime 2010.

La bouteille, pas la caisse - ne rêvez pas, on est plus au temps de Malesan!

Par contre, pour ce prix, vous avez droit à un système de sécurité perfectionné. Et ce n'est pas M. Magrez qui a la clef, mais la caissière, je présume.

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00:51 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

06 octobre 2013

Dimanche, c'est Boschman - et les Bordeaux en cocktail

Où l'on voit le retour d'un ami qu'on attendait plus: Eric Boschman lui-même, et fidèle à lui même. Toi non plou tou n'as pas channché... mais la communication des Bordeaux, dont il nous parle aujourd'hui, si!


En lisant un communiqué de presse arrivé jeudi, je me suis senti un peu énervé, et c’est rien de le dire.

 Le monde des vins est complexe. Communiquer autour des vins est un art toujours plus compliqué où il faut surfer entre les législations toujours plus contraignantes (si vous avez loupé l’épisode précédent, il est toujours disponible sur le blog vin du Soir) et les différences culturelles, sans oublier la crise économique.

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Une des questions qui taraude l’esprit des responsables de marché, entre autres, est de savoir comment attirer les jeunes. L’avènement majoritaire de la famille nucléique, la perte du respect des aînés, le genre de chose qui fait regretter à pas mal de gens le bon temps du Maréchal, la multiplication des références sur le marché, l’explosion des réseaux sociaux, la génération Y, les fuites dans les piscines de stockage de Fukushima, bref, tout est évoqué pour justifier une lente, mais certaine érosion de la consommation des produits traditionnels tel que le vin. Depuis une vingtaine d’années, tout et n’importe quoi est essayé, le plus souvent à contre temps. La mention du cépage sur les étiquettes, un système simpliste d’appellations, avec des aller et des retours, toujours un peu à la traine du nouveau monde qu’il se doit de regarder avec les yeux de Chimène lorsque l’on doit décider de campagnes de promotions pour vendre du vins.

Chimène, celle du Cid, pas Chimène Badi, c’est là qu’est le hic, il y a con-fusion. Car ils le savent tous, ces marketeurs diplômés: les jeunes n’ont aucun goût, encore moins de culture et ne boivent que des cocktails. Donc, puisqu’ils sont crétins donnons leur ce qu’ils comprennent. Tant qu’à faire, pourquoi tenter de transmettre des valeurs plus profondes que celles des modes? Puisque chacun sait que les modes ne se démodent jamais... Puis, transmettre des valeurs liées à l’alcool c’est mal, ça prend du temps et le temps c’est de l’argent. D’où, jeudi dernier, dans les boîtes mail des chroniqueurs pinards du royaume cette magnifique nouvelle: Hallelujah ! Gloire au pinard au plus haut des cieux; sonnez buccins, résonnez crécelles, frappez les tambours; Ausone, pond nous vite fait bien fait deux douzaines de vers de Mirliton, la pierre philosophale du renouveau consommateur est arrivée : le Bordeaux se sert aussi en cocktail.

Je ne résiste pas à vous livrer l’argumentaire percutant qui accompagne les recettes. Un peu de patience, je vous offre aussi les recettes, il y en a une ou deux qui valent leur pesant de cacahuètes. Tout d’abord, in extenso, pourquoi déguster le vin de Bordeaux en cocktail ?: «Cet automne les Bordeaux se montrent innovateurs, créatifs et surprenants ! Avec quelques ingrédients pour sublimer les arômes, beaucoup de glace et un bon shaker, ils donnent naissance à des cocktails savoureux». Je ne voudrais pas me montrer chagrin, mais beaucoup de glace pour sublimer les arômes, j’ai du louper un truc. En général, la glace coupe les parfums. Dans le même genre, il vaut quand même mieux que les cocktails soient savoureux, parce que franchement on imagine mal autre chose. Quoi que…

La suite, parce que l’on va crescendo : «Au travers de ces cocktails inédits, les vins de Bordeaux proposent une nouvelle manière de déguster le vin: jeune et tendance ! Ainsi, les cocktails bordeaux permettent de (re)découvrir les vins de bordeaux dans toute leur diversité et d’apprécier leurs goûts et subtilités différemment». Il est vrai qu’un cocktail, c’est souvent subtil et que ces crétins de producteurs qui nous cassent les oreilles et d’autres organes depuis des années à nous parler de terroir, de vinifications précises et autres soins à la vigne n’ont rien compris. L’avenir est dans la mixologie!

On retourne au communiqué de presse, parce que, comme le disent les Athéniens, l’Epire reste à venir. «De plus, les cocktails Bordeaux contiennent beaucoup moins de calories et d’alcool que les cocktails à base d’alcool fort, seulement 100 à 150 calories, comparé à 650 à 780 calories pour une Pina Colada, par exemple» Les doigts m’en tombent. A part la Pina liégeoise, qui boit, de nos jours, de la Pina Colada ? Mais ça c’est de l’argumentaire de la mort qui tue sa race comme disent les djeuns d’aujourd’hui. Personne n’y avait pensé, mais après les cocktails d’automne, on pourra repasser une couche pour tous les magasines spécialisés dans la chasse au bourrelet printanier, j’imagine déjà les titres : «Maigrissez en buvant les cocktails Bordeaux», ou encore «Le régime de l’été sans se priver des cocktails Bordeaux». A quand les cartes des bars avec le nombre de calories par cocktail?

Je vous fais grâce de la suite du communiqué, j’aime bien trop et le vin de Bordeaux et cette magnifique région pour continuer à sombrer en jouant du violon tel le chef d’orchestre du Titanic lisant sa partition. Il est temps maintenant de passer au moment de bravoure ; les recettes. Et là, croyez-moi, c’est du haut vol. Ce qui m’angoisse un peu c’est que ces cocktails sont signés par un compatriote anversois champion de Belgique de création de cocktail en 2012. Je suis certain qu’il a du agir sous une contrainte quelconque, ou alors être très bien rémunéré, bénéficier du statut de témoin protégé et placé de la protection des sévices secrets pour sa chirurgie esthétique : «Gargantua : 2 gouttes d’extrait de chorizo, 10 cl de Bordeaux rouge puissant et tannique. Astuce, incorporez tous les ingrédients dans un shaker et remuez doucement. Recouvrez de quelques glaçons.»

J’ai essayé chez moi, seul face à la solitude de mon shaker. N’ayant pas d’extrait de chorizo sous la main, je me suis contenté de deux tranches de frais. Du chorizo d’élevage, pas du sauvage qui est par trop puissant en saveurs. Et femelle, parce que le mâle est en fleur en ce moment. Et bien, c’est vraiment étrange. Il est vrai que même si je suis encore loin de mon hypothétique pension, je ne suis plus à proprement parler un d’jeun et que je moque assez franchement de la charge calorique de ce que j’ingurgite au grand dam de ma diététicienne.

J’exagère un peu, il y a d’autres recettes qui ont l’air d’être plus compréhensibles, prenez par exemple «Escapade : 1,5 cl de miel épicé dilué à l’eau, 12cl de crémant de Bordeaux et une pincée de sel parfumé à l’hibiscus.» Certes, le sel, surtout à l’hibiscus, pourrait paraître déconcertant, mais le miel rendra certainement le crémant local agréable, il faut en profiter. « Le Dragon rosé » contient quand à lui « deux tranches de gingembre frais, de l’extrait de coriandre, un quartier de pamplemousse rose, 12 cl de clairet de Bordeaux. Ecrasez le gingembre, ajoutez des glaçons, mélanger le Clairet et l’extrait de coriandre, décorez le verre refroidi avec des glaçons à l’aide d’un zeste de pamplemousse. » Ce déferlement de produits naturels typiquement locaux me fascine…

Ce genre de promotion est très à la mode dans les pays néo-consommateurs c’est assez normal. Les nouveaux marchés abordent le vin exactement comme les jeunes enfants. On  a tous commencé à boire du vin à la communion de notre cousine en vidant les fonds des verres des grands. C’était bon mais ça piquait. Normal, c’était du Champagne. Puis, nous avons continué aux fiançailles de notre grand frère avec les vins de dessert. Première cuite, premier mal de crâne. Donc nous n’aimons pas les vins «sucrés».

A l’université, on buvait du rosé portugais qui pétille et dont les bouteilles sont très utiles comme chandeliers. Puis un jour nous avons découvert le Bordeaux. Et la plupart d’entre nous est resté sur place ensuite. Nous sommes ce que l’on nomme un marché mature, un des plus gros marché de Bordeaux dans le monde, et nous prendre pour des gens qui découvrent le vin, c’est à la limite vexant. Allez, ce n’est pas grave, nous aimons les vins de Bordeaux pour ce qu’ils sont, pas la peine de les massacrer en les transformant en happeaux d’Ephèse pour attirer des d’jeuns qui n’existent que dans les fantasmes de responsables de com qui n’en fréquentent plus depuis trop longtemps.

Le vin est un produit de culture, et la culture cela prend du temps à transmettre, cela se sème, cela se transmet, cela ne s’affiche pas, même en boîte de nuit. L’amour du vin, l’amour du goût du vin cela se construit sur le long terme. C’est cher, je sais, mais c’est nettement plus drôle qu’en cocktail, mais si un bon blanc limé, en plein été, c’est quand même plutôt agréable à siroter. Allez, d’ici à la semaine prochaine tout ça sera oublié, et c’est une bonne nouvelle.


Eric "Cocktail" Boschman

00:14 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |