10 février 2014

Le peuple a toujours raison, mais...

Il paraît qu'en démocratie, le peuple est souverain. Qu'il élise tel ou tel président, député ou maire, qu'il réponde oui ou non à tel référendum, il a toujours raison.

Sauf que quand son choix ne va pas dans le sens supposé de l'histoire (écrite par qui, au fait?), l'intelligentsia discute.

Intelligentsia (mot d'origine polonaise): "Elite intellectuelle de la nation qui dirige le champ scientifique, littéraire, artistique et dispose le plus souvent d'un relais médiatique important".

Sans être totalement univoque, elle tend cependant à adopter des positions avant-gardistes, quitte à attaquer l'opinion générale, taxée de "populisme", quand celle-ci ne les partage pas.

Ainsi, le vote des Suisses, hier, en faveur d'une limitation de l'immigration, est largement remis en question par la presse helvétique elle-même, soit au nom de valeurs d'accueil, soit au nom de l'économie.

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La carte de la "votation" suisse

Les medias romands font aussi remarquer que le "oui" a été plus massif dans la partie alémanique du pays (ils oublient au passage le Tessin). Le Vaud a dit "non" à 61%. Le Schwyz a dit "oui" à 63%. En Suisse, comme en Belgique, le linguistique n'est jamais loin.

Il n'en faut pas plus pour que les éditorialistes romands parlent du fossé entre une Suisse ouverte et une Suisse repliée sur elle-même.

Quant à la presse étrangère, on n'y lit guère que des regrets, des craintes, voire de l'indignation. Aucune analyse fouillée du problème.

Comme Français, je devrais presque m'en réjouir; pour quelques jours, le Swiss bashing va peut-être prendre le relais du French bashing. Ça nous fera des vacances!

Au-delà du cas précis de ce vote, qui ne me concerne pas (qui suis-je pour dire qui et combien de gens les Suisses sont disposés à accepter chez eux?), le fossé que je vois, moi, est celui qui se creuse entre les medias et le peuple.

Ce fossé est aussi apparent en Belgique ou en France, quand, grâce à la fée informatique, on lit les commentaires de lecteurs sous les articles censés éclairer le public sur des questions de société.

Il pourrait aussi expliquer en partie la désaffection des lecteurs pour la presse - même s'il y a bien d'autres explications (notamment la dématérialisation de l'information)

Qui achèterait encore un journal pour se voir constamment traiter de ringard, pour y lire des opinions systématiquement contraires à ce qu'il pense, ou même pour se voir imposer du prêt-à-penser?

Dans le domaine du vin, également, je crois bien percevoir le même phénomène.

Le tirage des magazines spécialisés n'a jamais été si bas.

Est-ce seulement parce que le consommateur dispose aujourd'hui d'autres moyens de suivre l'actualité du vin, notamment les forums et les blogs?

Est-ce parce que le nombre de lecteurs potentiels diminue avec l'arrivée d'une génération moins intéressée, par le vin - ou pas par les même vins?

Est-ce parce que le discours des medias sur le vin est en décalage avec les attentes du public?

Est-ce parce que le public d'aujourd'hui n'accepte plus d'avoir à apprendre avant d'avoir une opinion?

Je n'ai pas les réponses, mais les poser, c'est déjà y répondre en partie: je crois qu'il y a un peu de tout ça.

Je me pose beaucoup de questions (peut-être trop) sur l'avenir de ma profession. Une chose est sûre, chers lecteurs: j'aurais horreur d'avoir l'air de vous dire ce que vous devez penser. D'être le dépositaire d'une intelligence, d'une compréhension supérieure à celle de ces pauvres esprits plongés dans le noir, auxquels la presse doit apporter les lumières de la connaissance.

Je ne le supporte pas moi-même dans ma vie de citoyen, alors pas question de vous l'imposer.

Les élus ne tiennent leur pouvoir que du peuple. La presse aussi, dans un certain sens, sauf que le vote a lieu tous les jours, au kiosque, à la librairie ou sur le net, aujourd'hui.

Lors de mes visites aux vignerons, lors de mes dégustations, je me pose souvent des questions du genre "qu'est-ce que le lecteur voudrait savoir? Comment réagirait-il? Que puis-je lui apprendre?". Je suis surtout prêt à remettre en question le peu que je sais, à me laisser surprendre, à apprendre moi-même. Je ne cherche pas à faire entrer ce que je vois ou ce que je bois dans des cases prédéfinies, en fonction d'une origine, d'un mode de culture, d'une option philosophique.

C'est le meilleur moyen, je crois, de ne pas tourner en rond, de ne pas m'isoler dans une tour d'ivoire, de ne pas commencer à penser à votre place.

10:40 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

08 février 2014

Les chiffres du jour

Selon les derniers chiffres disponibles, en classe de 4ème secondaire (l'équivalent de la seconde, en France), lors des tests de compréhension de la lecture en français, les jeunes Francophones belges obtiennent la note moyenne de 59 % pour la filière générale, de 47 % pour la filière de technique de qualification et de 33 % pour la filière professionnelle.

Ce que l'on appelle "les compétences" sont surtout faibles en ce qui concerne la localisation d’informations, l’expression d’un point de vue critique sur le texte, le décodage de graphiques ou l’utilisation de documents pour étayer des affirmations proposées. Attention, on ne juge pas l'aptitude à décrire, les tests se font à partir de formulaires pré-remplis où il suffit la plupart du temps de cocher la case correspondante.

Comme les élèves testés ont en moyenne déjà 9 années d'école derrière eux, d'aucuns se demandent (moi, par exemple) si les méthodes d'apprentissage de la lecture sont adaptées. D'autres mettent en cause le mode d'évaluation. D'autres, encore, l'enseignement à trois vitesses. Ou même la notion de compétence (au profit du potentiel), par exemple). D'autres, enfin, remettent en question l'enseignement tout court.

Notons qu'il s'agit de toute façon d'épreuves "non certificatives". En clair, on ne peut pas les utiliser pour classer les élèves ou les écoles entre elles. Et comme en Corse, on jette les urnes dans la mer après le vote.

Une analogie avec le monde du vin: à titre personnel je trouve que 59% des vins sont généralement buvables. 47% sont qualitativement techniques. Et 33% potentiellement et professionnellement intéressants...

Et de toute façon, je ne commente pas (ou très rarement) les vins médiocres.

00:48 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |