24 août 2008

Bon et belge à la fois

Voici une nouvelle chronique boschmannienne, dominicale et très belge, cette semaine...

 

Restez, ce n’est pas de la propagande nationaliste. Promis, il ne s’agit pas non plus de sport, sinon le titre ne pourrait pas tenir. Comme presque toujours, je m’en vais vous entretenir de vin. Et, une fois n’est pas coutume, de chez nous. Car il existe des vignobles dans notre beau petit royaume de carton-pâte. Et ça ne date pas d’hier. Enfin, presque. Comme chez nos voisins, la viticulture locale semble dater des conquêtes romaines, ou un peu avant. Suivant les différentes époques climatiques depuis deux mille ans, les vignes de chez nous se sont développées ou ont presque disparu. Mais les vins élaborés sous notre charmant climat n’ont pas forcément marqué les mémoires. Ou alors surtout par les atroces sensations qu’ils ont laissé aux palais de nos ancêtres. C’est que le peu de commentaires disponibles semble aller toujours dans le même sens. Gentils petits vins, pas méchants, mais pas mémorisables du tout.

La viticulture belge a pris deux belles grandes claques dans les raisins à deux moments relativement récents au regard de l’histoire. Les Sans-Culottes ont ravagé quelques grands centres monastiques, genre l’Abbaye d’Aulne (pas loin de Charleroi) et les plus que probables vignes environnantes. Les troupes allemandes parachevèrent les destructions lors de la première guerre mondiale. Il semblerait que les vignobles, surtout mosans, aient été en concurrence frontale avec certains produits germains et néanmoins cousins. Donc, à partir des années vingt, le vin de chez nous semble plutôt avoir été un souvenir, voire une aimable plaisanterie. Le vin en Belgique est surtout élaboré à base de houblon, de levures et d’eau. Il mousse un peu et se sert en verres d’une trentaine de centilitres. Mais, on doit à une génération d’acharnés, de passionnés, de fous furieux, la renaissance des vignobles du pays. Au départ, une poignée, à peine plus que quelques grains de poussières, se sont lancé à l’assaut des préjugés et des difficultés du climat. Certes, il existe bien les serres brabançonnes, mais les raisins élevés sous verre ne sont pas faits pour élaborer du vin.

Il faut le savoir, on distingue en général les raisins de table et les raisins de cuve. Les premiers sont remarquables par la finesse de leurs peaux et la grandeur proportionnelle de la pulpe. Les seconds sont grosso modo exactement à l’opposé. Une grosse peau et peu de pulpe. Ce qui explique pourquoi les vins d’Hoeilaart, par exemple, sont plus des curiosités ethniques que gustatives. Aujourd’hui, le temps des pionniers passe doucement pour faire place à celui des professionnels. Les vins belges gagnent petit à petit en qualité et, par conséquent, en notoriété. C’est que de buvable ils passent à franchement bons. C’est le cas de la bouteille du jour.

Connaissez vous Torgny ? C’est une tête d’épingle en Gaume. Tout au bout du bout de la carte, après ça, c’est la France, Terra Incognita ou presque. Torgny est un des village les plus chauds de Belgique. Non, bande de pervers sauvages, il ne s’agit pas d’un repaire d’échangistes  ou autres pseudos libertins. C’est un des plus chauds d’un point de vue climatique. On y cultive la vigne, dans un vignoble communal ! Mais c’est un peu plus qu’un vignoble, c’est aussi un projet humain. Une association locale d’aide à la réinsertion entretient les vignes. Des adultes en difficulté taillent les vignes, pulvérisent, palissent, bref, font de cette parcelle un petit bijou. Le reste du travail, la promotion, les vendanges, les ventes est au main d’une poignée de bénévoles. Bref, c’est une belle histoire humaine à la base. Mais en plus, le vin est bon. Et là, c’est le top. Pas de chichis, pas de truc un rien masturbatoire, non, juste du vrai, l’amour du travail bien fait, du jus de la treille bien fermenté et un attachement viscéral à un terroir. Ben, oui, un terroir ce n’est pas juste un terroir caisse, c’est aussi l’endroit ou poussent les pieds des gens. Là où ils puisent leurs envies. Actuellement, près d'1,35 ha de vignobles s'épanouissent au vignoble du Poirier du Loup, qui alterne : Rivaner, Pinot Blanc, Pinot Noir, et Auxerrois, ce dernier étant le mieux adapté à cette région de Gaume. Le domaine fut créé en 1991 dans le but de redéveloppe la viticulture dans le microclimat typique du petit village. Le vin effervescent de Torgny est vraiment bien fait, prenez le temps de lire la contre étiquette, un modèle du genre. Ici pas de flonflons à la franchouillarde vous parlant des douze générations de vignerons précédentes qui se lèvent à l’aube depuis la nuit des temps pour faire un vin digne de la tradition. Beurk ! Non, ici tout est dit, des cépages à l’acidité en passant par tout ce que vous pourriez demander ou presque. Bon, d’accord, si vous n’êtes pas dans le coin, ce n’est pas évident de vous en procurer, mais franchement, même par la mirifique autoroute des Ardennes, ses trous dans le goudron et ses interminables files de camions, cela ne prend que deux heures de presque partout en pays francophone. Un joli but d’escapade pour un dimanche de fin d’été, comptez une douzaine d’euros pour une bouteille. Un seul vrai regret : le restaurant gastronomique du village ne présente pas les vins du village à sa carte, c’est franchement ridicule.

 

Eric Boschman

Pour plus d’informations : 063/22 96 49 ou 0472/62 85 29 place Albert Paul 5 B-6767 TORGNY ecoculture@skynet.be

13:47 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

15 juillet 2008

Crevettes

Avec quelques jours d'avance, la chronique dominicale - et matinale- de notre irremplaçable Boschman... Cette fois-ci, il nous la fait conseil d'amis pour l'été...

"Qu’est ce que tu fais pour les vacances ? Moi je n’ai pas changé d’adresse. Je vis toujours sur la digue où je regarde les chevaux écumer les vagues qui s’arrêtent avant les vagues de dunes à la recherche de quelques crevettes grises. Comme quoi, chanter, même bien, ce n’est pas toujours dire la vérité.

Cela dit, en matière de crevettes, les grises de la Mer du Nord sont de plus en plus chères et pas qu’à nos cœurs, et de plus en plus rares. Peut-être que les crevettes de Koh Phi Phi garniront un jour les tomates d’Oostende. En attendant les prochains désastres écologiques, savourons ces fruits de la mer, d’élevage plutôt que sauvages, sans nous priver, accompagnées de quelques boutanches spéciales pour l’été, ou presque.  Pour ne pas déroger aux clichés saisonniers, ni même à ces si belles idées préconçues, ouvrons le bal avec un rosé. Et paf ! un Montepulciano D’Abruzzo répondant au doux nom de Vipra.

En vente chez Delhaize pour 4,99 €, c’est le genre de pinard qui accompagnerait parfaitement bien quelques crevettes tigres grillées avec une sauce Thaï. Vous avez un peu peur des rosés italiens, vu que votre beau-père prétend qu’il n’existe pas de bon rosé dans la Botte et qu’il est peu prématuré de changer de beau-père, d’autant que c’est lui qui offre les vacances d’été ? Proposez lui donc un Malbec d’Argentine, vous pourrez toujours expliquer que l’on cultive aussi ce cépage en France, pas la peine de lui dire que c’est presque à l’état de traces.

Celui-ci est issu de la Calchaqui Valley, qui comme son nom ne l’indique pas se situe à 1700mètres d’altitude. Cette particularité permet à la maison Miguel Torino d’élaborer des vins à la fois bien mûrs et bien acidulés. Avec ça, ajoutez-moi un tartare de grosses crevettes assaisonné de quelques oignons verts, d’un jus de lime, de piment d’Espelette et le bonheur sera au rendez-vous. Il faut d’abord passer chez Colruyt et payer 4,99 €.

Votre vie de cigales à la belle saison c’est le rouge, un peu frais, de la porte du frigo, qu’à cela ne tienne, le Bacaia 2006 à 7,69 chez GB sera le genre de truc qui vous ravira. Le San Giovese, cépage à la pointe de fraîcheur bien connue, quand il vient de Romagne, peut se faire tout rond, tout simple. Pour donner la réplique à quelques gambas rôties au four avec une goutte d’huile d’olive et un peu de romarin, c’est presque parfait. Bon appétit !"

Eric Estival Boschman

11:14 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |