05 janvier 2009

100% Hervé

Je reviens sur l'histoire du Camembert de Normandie déjà traitée dans ce blog, pour constater, comme mes amis lecteurs, qu'il est de plus en plus difficile de trouver du fromage au lait cru dans la grande distribution.

On peut interpréter ça de plusieurs façons. D'une part, la GD va toujours au plus facile, au moins disant en termes de prix - c'est son rôle, toutes les enquêtes consommateurs le disent, on ne parle que de pouvoir d'achat. Et sur ce chapitre, le lait pasteurisé, qui brasse de plus gros volumes, est avantagé.

D'autre part, la polémique lancée par Lactalis à propos de ses "confrères" au lait cru, même s'il s'est avérée qu'elle était aussi stérile que ses fromages, peut avoir poussé les grandes enseignes à jouer la sécurité  - fausse sécurité, on le sait, mais qui va l'expliquer au consommateur?

Je suis atterré par le silence des medias dans ce domaine. Le sanitairement correct fait des ravages dans la presse généraliste, ajoutez-y la peur de perdre de juteux budgets publicitaires, et vous commencez à avoir une idée plus juste des enjeux. Entre la survie de petits producteurs, même sympathiques, même épris de bons produits, et le financement du prochain numéro, combien d'éditeurs hésitent une seconde?

Je voudrais porter une autre pièce au dossier: le Camembert n'est pas le seul en cause.

 

Le Bon Brie

Le Bon Brie... de Normandie

 

L'autre jour, chez Champion Groupe Mestdagh, j'ai cherché en vain un Brie au lait Cru, de Meaux ou de Melun (je crois pourtant que Reflets de France en propose). Ne le trouvant pas, j'ai examiné de plus près les étiquettes des produits présents, et j'ai constaté qu'aucun des Bries présentés ne provenaient de la Brie. Il y avait du Brie Carrefour nantais (code producteur 44); du Brie Président mayennais-vosgien (53 et 88), et, c'est encore plus divertissant, la pointe de Brie Coeur du Lion. Celle-ci se présente sous l'ombrelle "Sélection des Régions de France", et comme "Le Bon Brie de Normandie". Amis belges, voici une lueur d'espoir: le jour où la Brie sera en Normandie, la Flandre sera en Wallonie, et vos problèmes communautaires seront résolus.

Redevenons sérieux. Je n'incrimine personne, sans doute l'acheteur n'a même pas remarqué la chose, et la plupart des consommateurs non plus. D'ailleurs, je ne dis pas que le "Brie normand" n'est pas bon, ou que ce n'est pas un bon achat. Juste qu'il n'est pas authentique, et que parler de sélection des régions de France, dans ce contexte, c'est un peu fort.

C'est la même chose pour le fromage fondu "Herve", de Franco-Suisse/Kraft, qui porte le nom d'une AOC (belge), alors qu'il ne contient que 30% de Herve. Tout le monde s'en fiche, personne ne semble même le remarquer. Sauf des empêcheurs d'emprésurer en rond comme moi, qui, non sans mal, tente d'affiner à la force du stylo du "100% Hervé" (veuillez noter l'accent, svp, mon AOC n'est pas déposée).

Et puis, je suppose qu'en ces temps de crise, ni le lait cru, ni l'authenticité des AOC ne sont  la préoccupation majeure de Mestdagh. Dommage pour les quelques uns qui pensent que la qualité d'un assortiment, c'est aussi un critère de choix parmi des enseignes. Je ne demande pas à Champion de ne penser qu'aux puristes comme moi, mais juste de penser aussi à moi. Je n'ai guère d'espoir de convaincre un jour l'ensemble des consommateurs d'abandonner leurs plaques de plâtre pour du vrai fromage. Mais si personne ne parle de qualité, la qualité disparaîtra.

Bien sûr, je peux toujours acheter mon fromage chez le fromager, me direz-vous...

09:43 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

22 décembre 2008

Le Bonheur est dans le pré

Amis Belges ou gens de passage à Bruxelles, voici, à peine réchauffée, une belle chronique de notre ami Boschman, histoire de vous refiler une bonne adresse pour les fêtes...

 

Eric Boschman

Eric "Barbizon" Boschman

 

"Je sais, nos amis d’outre-Moerdijk disent eux que le bonheur est dans l’herbe, mais chez nous, pas question. Officiellement du moins, pas question de faire l’apologie du crime. Le grime suffira.

Le cadre : une superbe terrasse, une magnifique pelouse, des magnifiques arbres, un magnifique parking, des magnifiques baies vitrées qui donnent sur la magnifique pelouse, des magnifiques espaces intérieurs que baignent de magnifiques lumières, presque d’un autre temps, des magnifiques fauteuils confortables qui vous tendent les bras. Que dire encore qui ne fasse pas trop ? Heu… là faut que je cherche.

L’accueil : de magnifiques hommes de métier blanchis sous le harnais, une garantie d’efficacité et de bonheur. Sans blague, c’est vraiment le bonheur d’être pris en main par de tels artisans, essayez pour voir.

La carte : j’ai mangé, entre autres, le classique des classiques de la maison, une recette qui shoote quelques décennies, et c’est fort bien ainsi. Mais en entrée, nous avons savouré une déclinaison autour de l’asperge tout à fait contemporaine qui était vraiment superbe. A noter, pour célébrer les cinquante ans de l’établissement cette année, une magnifique proposition de menu «Expo 58» qui remet en selle une certaine cuisine de l’époque.

Les vins : belle carte, majoritairement bordelaise, clientèle locale oblige, mais aussi riche de quelques belles perles , comme ce magnifique Côte du Jura 2000 de chez Rollet à seulement 40 euros.

Est-ce cher ? Est-ce qu’une Rolls est chère ? Ça dépend où l’on se place, du côté prix ou du côté plaisir. Pour ma part, c’est, pour la qualité du souvenir dans mes papilles, fort raisonnable.

Faut-il y aller ? Ne pas y aller serait une belle connerie, entre vous et moi…"

Le Barbizon, Welriekendedreef 95 3090 Jezus-Eik, Tél: 02.657.04.62
www.barbizon.be


Au fait, le dernier livre d'Eric - non, des Boschman! -  est en vente dans toutes les bonnes librairies. Une belle idée de cadeau...
"La Cuisine des Boschman", Editions Luc Pire.

07:19 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique | Tags : vin, gastronomie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |