30 janvier 2009

Andy De Brouwer, l'explorateur

Andy De Brouwer (Les Eleveurs, à  Halle), personnifie la nouvelle génération des sommeliers belges, curieux de tout. Il évoque pour nous son parcours et sa passion du vin et de la cuisine, passion partagée avec sa compagne Sofie, qui vient d'être élue Lady Chef of the Year 2009.
Sans faire de politique, Andy est un sacré explorateur (c’est son côté terroirs), doublé d’un formateur (c’est le sommelier qui sommeille en lui)… On vote pour lui ?

 

Andy

Andy en action (Photo H. Lalau)



Né sous le signe de la gastronomie

Quel a été votre parcours dans le vin ?


Je suis tombé tout petit dans le vin et dans la cuisine, puisque je représente la 4ème génération de De Brouwer aux Eleveurs. A table, chez nous, les enfants ne buvaient pas de cola, mais du vin coupé d’eau. Et lors des fêtes, on goûtait aux belles bouteilles.
Au départ, mes études me destinaient plutôt à la cuisine, j’ai d’ailleurs longtemps officié en cuisine, aux Eleveurs mais aussi chez Bruneau, où j’ai fait un stage. C’est Harry De Schepper qui m’a donné le virus du vin, au Ceria/Coovi. Par la suite, j’ai suivi des cours de sommellerie à Koksijde et surtout à la Sopexa – les fameux cours du lundi, avec Annemie Callens puis avec Kris Van de Sompel. Ca m’a pris du temps, mais j’ai finalement reçu mon diplôme en 2006. !
Une autre encontre, celle de José Carujo, qui m’a encouragé à participer au concours du meilleur sommelier de Belgique en vins portugais, m’a permis de découvrir toute la richesse viticole de pays.
Depuis quelque temps, avec Sofie, j’ai la chance de pouvoir mener de front mes deux passions, car nous avons repris le restaurant à mon père; je m’occupe donc du choix des vins pour Les Eleveurs ; parallèlement, je me suis lancé dans la vente de vin, à travers de La Bodega. En octobre, nous rouvrons la surface de vente, après travaux – nous ne recevrons plus que sur rendez-vous.

Quel est le type de vins que vous privilégiez à la carte des Eleveurs et à la Bodega?

J’essaie de faire partager mon enthousiasme pour les bons vins tout en respectant le goût de mes clients. Ma clientèle a évolué avec moi. Au départ, nous étions très classiques, j’ai peu à peu élargi l’éventail de notre offre vers des terroirs nouveaux, d’abord en France, puis hors de France. Le Portugal, l’Espagne, l’Afrique du Sud, la Hongrie… C’est mon côté explorateur. Mes clients ont « mordu », même les habitués. Les gens me font confiance.

« Susciter, jamais imposer »

Comment voyez-vous le rôle du sommelier moderne ?


Mon rôle, c’est de proposer, d’informer, de susciter, pas d’imposer. Le premier devoir d’un sommelier, c’est d’essayer de bien cerner son client, ses demandes, son goût. Pour faire découvrir quelque chose à un client, il faut d’abord savoir ce qu’il aime, s’il est du genre à vous donner carte blanche, ou s’il veut être rassuré… Il y a beaucoup de paramètres, bien sûr – il faut tenir compte du moment, des plats, de la composition de la tablée. Ici, j’ai beaucoup de chance, car la cuisine de Sofie permet de bien mettre les vins en valeur. La cuisine moléculaire, c’est une autre histoire. Sofie a de super-idées, elle est très douée.

Comment vous partagez-vous les rôles avec Sofie ?

Sofie dirige la cuisine, je m’occupe de la salle et de la Bodega. Chacun fait ce qu’il sait faire le mieux. Nous nous complétons très bien, c’est le secret de notre entente. On ne pourrait pas inverser les rôles.

Voyagez-vous beaucoup pour sélectionner vos vins ?


Oui, c’est indispensable, car j’aime pouvoir mettre un nom et un visage derrière une étiquette, un terroir. Le vin est un catalyseur, c’est un patrimoine liquide, je ne pourrais pas proposer des produits avec lesquels je n’aurais pas un minimum d’empathie.

Coups de coeur

Parmi les vins que vous avez découverts récemment, pouvez-vous nous donner un coup de cœur ?

En blanc, la Petite Arvine de Mike Favre, de Chamoson, en Valais Suisse – quelle finesse, quel terroir aussi ! En rouge, Het Tientje, un vinho regional Alentejano portugais produit par le même œnologue que le fameux Sexy, Anotonio Maçanita. C’est un assemblage à dominante de syrah, très gourmand. C’est intéressant de constater que l’on peut aimer un terroir, mais aussi la patte d’un vinificateur, par delà le terroir.
Et puis, dans un style différent, il y a les vins de Klein Constantia, que j’ai découverts lors d’une dégustation récente chez Eric Boschman. Le Muscat Vin de Constance est un vrai nectar. Mais j’ai aussi adoré le sauvignon – de la classe, beaucoup de netteté dans les arômes, superbe. L'an dernier, j'ai visité l'Afrique du sud, il y a là de superbes terroirs, celui-ci en fait partie.

 

Propos recueillis par Hervé Lalau

Vous voulez réserver chez Sofie et Andy, pour une aventure gastro-vineuse? Je vous donne le téléphone: 02 361 13 40, dites que vous venez de ma part.

08:03 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique | Tags : vin, gastronomie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

28 janvier 2009

Un journalisme mis au pas

Ce post n'a pas de rapport direct avec le vin, qui est mon principal objet. Mais il est directement lié avec mon activité de journaliste. Il s'agit d'un billet rédigé par l'Association des journalistes professionnels et par des enseignants universitaires responsables des principales écoles de journalisme à Bruxelles et en Wallonie. Je le diffuse avec d'autant plus d'empressement que ses auteurs font savoir que sa publication de ce texte a été refusée par les rédacteurs en chef des deux quotidiens de référence en Belgique francophone, Le Soir et La Libre Belgique, "deux organes de presse qui, par ailleurs, se posent en promoteurs du dialogue et du débat au sein d’une société ouverte".

Je cite Jean-Jaques Jespers: "Le motif invoqué (pour ce refus) était que certains des constats mentionnées dans le texte pourraient s’appliquer à ces quotidiens eux-mêmes. Telle n’était pas l’intention des auteurs de la « carte blanche », mais il est révélateur que des rédacteurs en chef renommés croient déceler des mises en cause dans toute réflexion sur la gestion actuelle des médias d’information. Comme d’autres avant elles, les directions de ces médias, pourtant promptes à porter des jugements sur les attitudes des autres détenteurs de pouvoirs, se refusent à tout questionnement public sur leurs propres pratiques et préfèrent l’autocensure voire la censure. Ce faisant, loin de conjurer la crise structurelle qui frappe leurs entreprises, elles démontrent à quel point leur conception managériale de l’information en est l’un des éléments-clés.
Les auteurs de ce texte sont tout aussi consternés par cette dérobade que par les faits qui ont motivé la rédaction de cette « carte blanche ». Contournant ce refus d’ouvrir – à peine ouvrir ! – une confrontation d’idées sur des questions essentielles, nous avons entrepris de faire circuler cette « carte blanche » par tous les moyens disponibles. Nous vous invitons à diffuser largement ce texte. Sa circulation démontrera la vanité de toute tentative d’étouffer le débat sur l’avenir du journalisme dans notre société".
 

Voici donc cette "carte blanche", signée, on le verra, d'éminents confrères, que je félicite au passage de leur esprit collectif.

 

Un journalisme mis au pas

 
Le brutal licenciement signifié sans motif, le jeudi 22 janvier, à quatre journalistes chevronnées de l’hebdomadaire Le Vif /L’Express n’est pas qu’une péripétie douloureuse au sein d’une grande entreprise, comme il s’en déroule hélas chaque jour dans le pays. La mise à l’écart de collaboratrices qui comptent jusqu’à vingt ans d’ancienneté au sein du magazine, et qui en ont forgé les valeurs autant que la réputation, relève en l’occurrence d’une épuration dont les intentions manifestes sont inquiétantes pour la liberté rédactionnelle du Vif en particulier et pour le journalisme en général.
 
Le directeur du Vif/L’Express, qui s’était déjà signalé antérieurement à Trends/Tendances par une propension à distribuer des C4, et qui en est, au Vif, à 6 licenciements, 2 départs et 2 déplacements imposés, l’a précisé lui-même : aucune raison économique ne l’a poussé à congédier la rédactrice en chef et 3 rédactrices spécialisées l’une en politique intérieure, l’autre en sciences, la troisième en culture. Invoquant des relations dégradées entre l’équipe de rédaction et la rédactrice en chef, la direction – qui n’a pas réussi à résoudre ces problèmes – a choisi la manière la plus radicale d’y mettre fin. Le prétexte est non seulement léger mais, en outre, il ne concerne pas toutes les journalistes concernées.
La valse des licenciements, entamée au Vif voici bientôt trois ans, traduit en réalité une obsession constante : mettre au pas la rédaction du premier magazine d’information générale de la Communauté française, qui avait précisément fondé sa crédibilité sur une totale indépendance d’analyse et de jugement, tant à l’égard de ses propres actionnaires – le groupe flamand Roularta– que vis-à-vis des différents pouvoirs, politiques comme économiques, de la société belge.
 
Durant plus de deux décennies, Le Vif/L’Express a pu défendre un journalisme exigeant, soucieux d’abord de la pertinence et de l’utilité, pour ses lecteurs, des sujets qu’il abordait. Au nom de cette éthique, il pouvait parfois estimer nécessaire de fâcher un annonceur, de heurter un ministre ou de consacrer une couverture à un thème moins vendeur.
Tout cela n’est plus allé de soi dès l’instant où, inquiétée par une légère érosion des ventes, la haute direction de Roularta s’est laissée convaincre qu’il fallait remplacer les journalistes expérimentés, couper les têtes qui dépassent, et faire de la docilité aux impératifs économiques de l’entreprise un credo admissible.
 
L’éditeur du Vif n’est pas le seul à déposséder ainsi la rédaction de sa capacité à penser ses priorités et à définir ses champs d’action. En Belgique comme à l’étranger, trop d’entrepreneurs de presse choisissent, parfois sous le prétexte des difficultés économiques, d’appauvrir les contenus, de réduire les effectifs, de se priver de plumes critiques et d’esprits libres, de mettre au placard des talents fougueux, et de préférer des chefs et sous-chefs soumis.
Le Vif n’est pas le seul, mais il est l’unique hebdomadaire d’information générale largement diffusé en Communauté française. Ceux qui l’épuisent aujourd’hui de l’intérieur portent à cet égard une responsabilité devant l’ensemble de l’opinion.
 
A l’inquiétude pour l’avenir de ses journalistes chassés, mais aussi de ceux qui restent, s’ajoute la stupéfaction face à la brutalité sociale : convoquées un soir par un SMS sur leur portable, les quatre licenciées ont été renvoyées sur le champ de grand matin, avec interdiction formelle de repasser par la rédaction pour emporter des effets personnels. Deux heures sous surveillance leur ont été concédées, le samedi suivant, pour cette besogne. De quelle faute gravissime, de quel délit, ces quatre là étaient-elles donc coupables pour mériter un tel mépris ? Rien ne justifie une telle violence dans les relations sociales, qui en l’occurrence se double d’un réel mépris pour le droit du travailet contraste avec l’image de la paisible entreprise familiale qu’aime à se donner Roularta. La réaction de la Société des Journalistes du Vif – qui observait dès jeudi  un arrêt de travail  -  comme le soutien inconditionnel de l’Association des Journalistes Professionnels et des syndicats, indiquent que la limite de l’acceptable a été franchie.
 
La crise financière, la chute des revenus publicitaires, la diversification technologique des médias et les investissements qu’elle réclame ne pourront jamais justifier à nos yeux que le journalisme soit réduit à sa seule valeur économique, que les journalistes ne soient plus les chiens de garde de la démocratie mais seulement des petits soldats zélés chargés de vendre des contenus formatés pour les impératifs commerciaux à court terme.
Nous avons besoin de rédactions expérimentées, en effectif suffisant, libres et indépendantes. Comme nous avons davantage besoin de matière grise, d’expertise, de culture et de réflexion journalistique étayée que de mise en scène spectaculaire de papiers vulgarisés à l’extrême pour plaire au plus grand nombre. Les comportements de certains managers et les plans d’économie concoctés au nord comme au sud du pays ne vont pas dans ce sens. Maintenons à nos médias leurs capacités intellectuelles : respectons les journalistes !
 

Pascal Durand  (Information et communication, ULg)
Benoit Grevisse (Ecole de journalisme de Louvain, UCL)
François Heinderyckx (Information et communication, ULB)
Claude Javeau (professeur honoraire à l’ULB)
Jean-Jacques Jespers (Ecole universitaire de journalisme de Bruxelles, ULB)
Hugues le Paige (revue Politique)
Martine Simonis (secrétaire générale de l’AJP)
Marc Sinnaeve (Département de journalisme, IHECS)
 
 

16:50 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |