18 avril 2010

Phréatomagmatique

Notre volcanique ami Eric B. nous revient avec un titre énigmatique - pardon, phréatomagmatique... N'allez tout de même pas le rendre responsable des cendres qui clouent les avions au sol... Son département d'Etat nierait toute implication.

Phréatomagmatique. J’aime vraiment ce mot. On dirait presque de l'Amélie Nothomb. Sans les pommes pourries. Mais comme chapeau, ça se pose là.

Je peux aussi vous dire, avant de passer au Vif de ce week-end, et de parler des vins du domaine du Chenoy, que le championnat du monde des sommeliers vient de se terminer à Santiago du Chili (ndlr: tiens, au fait, ils vont rentrer comment, les participants, en bateau?)

Le grand vainqueur se nomme Gérard Basset, un Franglais extrêmement talentueux qui se trouve être par ailleurs le sommelier le plus titré du monde. Il a tout gagné, c’est simple. Régional, national, européen, mondial, Master of Wine, Master Sommelier, MBA de l’Université de Bordeaux et même, consécration suprême, membre du très prisé cercle MW.

Sa première participation à une phase finale de championnat du monde remonte à 1992... l’époque où j’étais moi même candidat. Moi non plus, à l’époque, je n’ai pas gagné, mais lui n’a pas été dégoûté et a remis le couvert. Avant de triompher, Gérard fut cinq fois second ! Pendant toutes ces années, il a aussi créé une chaîne d’hôtels bien nommés «Hôtel du Vin» en Angleterre. Bref, chapeau bas, marquis de Carabasse et tout et tout, je me prosterne devant l’homme et son oeuvre.

Son second se nomme Paolo Basso, il est candidat pour la Suisse, né en Italie et s’attaque au monde des concours depuis une décennie aussi. Le troisième est un Français de France, il est carrément MOF et officie au Crillon, il répond au doux nom de David Biraud. Bref, voilà, c’est fini pour cette fois, on peut éteindre les derniers lumignons de la fête, les ranger et se préparer pour dans deux ans.

A part ça, ce week-end, c’est opération portes ouvertes au domaine du Chenoy, Rue du Chenoy, 1b. à 5080 Emines , Tel : 0495 545744 ou 081 746742. Pour vivre les choses en live, ça vaut le coup. Et puis comme ça, votre journal à la main, vous pourrez recevoir un petit apéro, rien n’est prévu mais je suis sûr que l’on ne vous le refusera pas.

Dégustation verticale des vins rouges du Domaine du Chenoy        

1    Taille aux Renards VDP 2005 cépage 100% Pinotin    10,9% et 4,8g/l
un peu fatigué, mais il tient encore le coup. Manque un peu de matière, mais pour une très jeune vigne c’est respectable           
2    Taille aux Renards VDP 2006 cépage 100% Pinotin    11,8% et 5,6g/l
Plus de matière que le 05, avec un peu plus de longueur, très belle structure sur le fruit.
3    Cépage Pinotin 2009 pris sur cuve    12,5% et 4,1g/l           
Là on passe à la vitesse supérieure, le vin est dense, plein, on pense à l’avenir et l’on sent déjà que la maturité des plants apparaît sur un horizon proche.

4    Taille aux Renards VDP 2007 cépages 50% Pinotin et 50% Cabertin    10,9% et 3,9g/l
L’assemblage est surprenant, on est entre les arômes d’un cabernet franc et la structure en bouche d’un pinot. Frais, croquant en bouche.
           
5    Taille aux Renards VDP 2008 cépages 55% Pinotin et 45% Cabertin    12,9% et 4,65g/l   
Ici, le côté Cabernet franc prend nettement le dessus, on évolue avec une bouche plutôt ronde et sur le fruit. Une belle bouteille !
       
6    Cuvée de l'Espoir VDP 2004 cépage 100% Regent    11,4% et 3,3g/L
Drôle d’année, celle de l’incendie du chais. Le vin sent la fumée, comme s’il était passé en barrique. C’est carrément goudronnée. Très particulier. Pour le reste, les vignes étaient a deux feuilles, donc c’est plus anecdotique qu’autre chose. Le plus vieux vin dégustable au domaine.

7    Butte aux Lièvres AOC 2005 cépage 100% Regent    11,7% et 4,1g/l
On est déjà un peu plus loin, plus de matière plus de structure mais c’est encore rtès nerveux.
8    Butte aux Lièvres AOC 2006 cépage 100% Regent    12,1% et 4,1g/l La différence entre les deux millésimes est importante, le nez de celui-ci est plus ouvert, mais la bouche est un peu fermée.           
9    Cépage Regent 2009 pris sur cuve    12,7% et 3,3g/l   
Là, par contre, on est un cran au dessus de tout le reste, c’est très beau, très plein, et ça ne manque pas de caractère.
       
10    Butte aux Lièvres AOC 2007 cépages 75% Regent et 25% Rondo    11,0% et 4,2g/l
Le rondo et le Régent en assemblage ça donne des trucs vachement bien, même si en 07 c’était encore un peu balbutiant
11    Butte aux Lièvres AOC 2008 cépages 75% Regent et 25% Rondo    12,3% et 4,6g/l
On dirait un millésime solaire, c’est très riche, très rond aussi. Avec une matière très fine et élégante. Une belle bouteille en fait.

12    Cépage Cabertin 2009 pris sur cuve    12,8% et 4,0g/l           
Là, on est dans le costaud, il y a de la concentration, de la richesse. A mon avis, il ne faut pas le filtrer, et le laisser un peu évoluer comme ça.
13    Cépage Rondo 2009 pris sur cuve    12,1% et 3,7g/l           
c’est plutôt riche, tannique et ça gagne à l’assemblage que nous avons tenté directement. Bien du plaisir en perspective !

Les blancs :

1    Fontaine aux Carpes AOC 2006 cépage 100% Bronner    12,1% et 6,4g/l
On ne peut pas toujours être et avoir tété, mais bon, c’est une belle idée de l’évolution extrême de certains de ces cépages particuliers.

2    Cépage Bronner 2009 pris sur cuve    12,4% et 5,9 g/l           
Par contre là, c’est festival ! bon sang de bonsoir que c’est bon ! vite viiiiite que cela soit en bouteille !

3    Combe aux Hérons AOC 2006 cépage 100% Johanniter    11,8% et 6,9g/l
C’est encore très floral, plutôt élégant, on sent une pointe de fatigue qui arrive mais ça tient très bien la route
4    Cépage Johanniter 2009 pris sur cuve    12,6% et 6,6g/l       
c’est vraiment chouette comme cépage sur la jeunesse. Même si c’est moins spectaculaire que le Broner. Le vin n’est pas encore terminé, il faudra le revoir dans quelques mois

5    Combe aux Hérons AOC 2008 cépage 100% Merzling    12,5% et 6,6g/l
On sent un vin mur, très équilibré et tout à fait prêt à boire. Vieillira t il ? L’histoire nous le dira.
6    Cépage Merzling 2009 pris sur cuve    12,7% et 6,8g/l           
J’aime le côté croquant de ce vin, une belle élégance, avec un joli potentiel.
7    Chemin des Roses VDP 2006 cépages 65% Helios et 35% Solaris    12,2% et 5,63g/l           
Bon, là, on a de beaux restes, mais c’est plus tout a fait au goût du jour. Un peu comme le décolleté de Régine vu de près
8    La Foliette VDP 2008 cépages 55% Solaris et 45% Helios    12,2% et 5,6g/l
Mi, d’j’aime co bin ! bien fait, floral et fruité à la fois sans lourdeur !

9    Assemblage cépages Solaris/Helios 2009 pris sur cuve    13,0% et 5,4g/l
ça madame, vous m’en mettrez deux caisses dans le coffre de la voiture, histoire que je fasse vraiment le chroniqueur vin aux yeux de mon entourage tellement c’est bien fait

En conclusion, une belle, très belle dégustation, une belle série de découvertes aussi. Bref, un domaine dont on peut dire le plus grand bien, des vins bien de chez nous qui n’ont pas a rougir de la comparaison avec bon nombres de nos voisins directs! Bravo à toute l’équipe et à ce diable d’homme de Philippe Grafé, d'avoir simplement osé un jour...

Eric Boschman

08:56 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique | Tags : vin, belgique, belge, volcan | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

11 avril 2010

Au domaine du Chenoy

Eric est Pascal, cette semaine, si vous voyez ce que je veux dire...

Hosanna mes frères ! C’est pas Pâques pour rien, il y a des trucs incroyables qui se passent par chez nous et dont je m’en vais vous entretenir à l’instant.

12.15 Hors donc en ce temps, Philippe, Benoît et Alexandre se réunirent au pied de la grange.
12.17 Ils prirent le vin, le regardèrent, le servirent en de nombreuses coupes et le goûtèrent
12.19. Après l’avoir humé, mâché, craché, avalé pour le reste, ils prirent la parole à tour de rôle
12.20 Philippe, le patriarche sauvé des crues de la Meuse, leur annonça sa volonté de partager le breuvage avec un non initié.
12.21 Tous en cœur composèrent son numéro et le prièrent de se rendre, presque séance tenante au domaine sis au 1B rue du Chenoy à Emines. Ce qu’il fit sans tarder suivant pour cela sa bonne étoile.

Domaine du Chenoy
Domaine du Chenoy

Bon, je ne vais pas vous en faire des psaumes et des psaumes non plus comme ça, c’est dimanche, ok, nous sommes juste après Pâques, toujours d’accord, mais à la longue c’est usant à écrire, alors à lire je n’imagine même pas vos yeux larmoyants sur les pistolets.

C’est à une dégustation unique au monde que je vous convie, une première pour le domaine, pour moi, pour tout le monde en fait. Et une première où l’on voit l’évolution du travail et, surtout, des vignes au travers des vins. Une très belle découverte, qui vaut largement d’être relatée ici. Avant de commencer à lire mes libations, quelques infos utiles à votre compréhension. Le domaine fut crée de toute pièce en 2003 par Philippe Grafé, illustre bonhomme qui après avoir mis en bouteille toute sa vie les des autres s’est décidé à produire son jaja rien qu’à lui.

Bien entendu, pour ce doux iconoclaste, il n’était pas question de quitter son namurois natal, foin de Bourgogne ou autre Sud-Ouest, il n’était pas besoin pour lui d’aller planter ailleurs qu’en son terroir. Presque aussitôt dit, aussitôt fait. L’homme est cohérent, tant qu’a faire de planter ici, autant ne pas se lancer dans des vignes «françaises», donc, il va planter des «inter-spécifiques». Des variétés qui viennent de Suisse, d’Allemagne, d’Autriche, issues de croisements de croisements, et qui ont comme particularité globale de mieux s’adapter à nos climats, de mieux résister a quelques maladies, par conséquent de moins consommer de produits chimiques que leurs cousines d’Outre Quievrain. C’est un rien plus compliqué comme exercice, car il faut aussi développer des choses qui n’existent pratiquement pas ailleurs dans le monde. Il faut être son propre référent, ce qui est parfois complexe comme situation. Les plantations de Cabertin, Régent, Pinotin, Rondo, Merzling et autre Solaris, sans oublier le Johanniter, le Broner et l’Hélios ont été entreprises. Les productions commencèrent dés la seconde, voir la troisième feuille. Nous ne sommes pas encore à la maturité des vignes actuellement, loin s’en faut, mais les progrès sont fulgurants et les enseignements que l’on a tiré de cette magnifique dégustation sont riches d’idées pour l’avenir.

Par exemple, autour de la table lors de ce mémorable moment, s’est posé la question des bouchages synthétiques des flacons. Alors que le domaine travaille au plus juste avec la nature, au plus près de ses mouvement en évitant, tant que faire se peut d’avoir recours aux traitements chimiques, l’usage d’une fermeture pas naturelle se justifie-t-elle? Dans les premiers âges du domaine, c’était un très bon moyen d’éviter les variations de qualité des stocks qui se vendaient lentement. Aujourd’hui, une petite vitesse de croisière semble se mettre en place et les stocks tournent suffisamment rapidement pour ne plus justifier cet usage.

Si on ajoute en plus le côté pas vraiment en phase avec les notions de développement durable de la chose, il n’y a pas photo. Pour les blancs qui doivent conserver leur fraîcheur, ça tombe sous le sens, mais pour les rouges qui évoluent autrement hop, le liège ce n’est pas forcément une mauvaise idée. Les questions plus techniques ayant trait à la filtration ou a d’autres joyeusetés qui font d’un vin ce qu’il est dans votre verre, ont aussi été mise en perspective sans tabous ni zones obscures. Il faut dire que Philippe Grafé du haut de ses septante-trois vendanges a eu l’extrême bon goût de s’entourer de deux jeunes gaillards qui, si on additionne leurs âges arrivent a peine au delà de la moitié du sien. Cela donne un détonnant mélange, d’un côté le patriarche iconoclaste et de l’autre les jeunes qui se posent et posent des questions. Dans les verres, vous le lirez in extenso la semaine prochaine, le résultat est plus que probant. Comme quoi, même en Wallonie il est possible d’évoluer, hein Bart ?


Pour plus d’informations, les prix, les points de ventes, les visites :
Rue du Chenoy, 1b 5080 Emines
 grafe.p@domaine-du-chenoy.com
0495 545744 et 081 746742

du lundi au samedi de 9 à 17 heures ( ou sur rendez-vous )

08:57 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique | Tags : belge, namur, belgique, boschman, vin, degustation, gastronomie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |