04 mars 2011

Lu dans In Vino Veritas 146

Le dernier In Vino Veritas consacre un beau dossier aux Bourgogne 2008.

Dans ce dossier, on trouve un encadré intitulé fort à propos:

"DEUX DÉGUSTATEURS NOUS PARLENT DES AFFRES DE LA DÉGUSTATION À L’AVEUGLE"

Fort à propos, parce c'est de cela qu'on y parle. Je vous fais grâce de la première opinion, car c'est la mienne et je l'ai déjà exprimée ici. Mais voici la seconde, celle de mon ami Youri:

"La première session de dégustation des vins blancs de Bourgogne 2008 (23 échantillons) était particulièrement décevante. De nombreux vins étaient marqués par une acidité et une amertume excessives. Ce sentiment de déception s’était amplifié à la lecture des vins dégustés.

J’avais repris chez moi 5 vins afin de les re-goûter en soirée. Hélas, pas de grand changement et les bouteilles ont passé la nuit au frigo. Le lendemain soir, 3 vins étaient définitivement morts mais, Ô surprise, deux vins s’étaient ouverts et se livraient enfin.
Le Puligny Montrachet Premier Cru Clos du Cailleret 2008 du Domaine des Lambrays, que j’avais qualifié de «trop amer» et d’«austère» la veille, offrait ce soir un nez élégant sur des notes végétales, du citron, de la minéralité, et une touché d’ananas. La bouche à l'attaque tendue, possédait une matière concentrée, de la minéralité, une acidité marquée et une finale un peu stricte mais nettement moins déséquilibrée, laissant présager une belle évolution.
La plus grande surprise vint du Corton Charlemagne 2008 du Domaine Bouchard. Qualifié de «fermé et léger» la veille, après 24 heures d’aération, son nez explosait de complexité; fruits secs, noisette, citron, note fumée, touché florale et fruits jaunes. En bouche, l’attaque était ample, le fruit superbe, la matière serrée, presque tannique et la finale kilométrique.
Ces deux exemples reflètent la difficulté des dégustations à l’aveugle. Nous goutons les vins à un moment X, dans des conditions Y, mais certains vins ont besoin de conditions Z pour se livrer (d’autres non!). Le vin est vivant et sa dégustation ne correspond à aucun modèle mathématique infaillible.

Une semaine plus tard, en dégustant les rouges du millésime 2008, j’ai retenté l’expérience avec 4 vins décevants lors de la dégustation. Un seul s’est ouvert le lendemain: Le Clos de Lambrays. Nous l'avions trouvé réduit, sec et trop extrait; il s’est révélé avec un nez mariant la griotte, le café, des notes florales et minérales. L’attaque de bouche est tendue et minérale, avec une belle rétro de griotte, matière concentrée et très grand extrait sec qui se prolonge en une longue finale serrée. Un vin massif qui devra se fondre, mais qui reflète un très grand terroir."


Youri Sokolov

00:13 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Bourgogne, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, dégustation, youri sokolov | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

28 février 2011

Boire moins pour dépenser plus

Qui c'est qui est bien content de pouvoir compter sur l'ami Eric pour alimenter sa chronique alors qu'il déguste (dans tous les sens du terme) aux Vinalies de Paris. Moi, bien sûr... Mais je vous laisse avec Eric

 

Au contraire de ce que l'on constate en France, la consommation de vin en Belgique augmente régulièrement. 

En une décennie, elle aurait progressé d'un litre par tête d'habitant. C’est pas des masses un litre, mais à l’arrivée c’est quand même pas loin de dix millions de litres en plus. Ça chiffre l’air de rien. C’est un peu comme l’idée de la consommation en Chine. S’ils buvaient juste un litre en plus chacun, cela permettrait au monde entier de résoudre sa crise de surproduction. Oui, mais voilà les Chinois ne boivent pas vraiment tous du pinard. Loin s’en faut.

D’autre part au niveau des pays dit «traditionnels», la consommation s’effrite largement. La faute aux lois du petit Nico ? Et bien non, pour une fois il n’y est pour rien. Vraiment pour rien, même pas un truc genre que c’est pas tout à fait pas fait exprès, il est vraiment innocent sur ce coup. Même si l’on a supprimé le pinard à l’Elysée pour les conseils des ministres, même si l’on a décidé de baisser les budgets lors des réceptions officielles et autres joyeusetés du genre, ce n’est même pas un populisme de bon aloi qui serait en cause. France, tes cirrhoses foutent le camp ! Les mauvaises langues chuchotent que même dans les commissariats, les fonctionnaires publics boiraient un peu moins, voire presque plus avant de secouer les mauvais sujets.

Mais alors, que se pastis en réalité ? C’est assez simple, le vin change au rythme du monde qui l’entoure. Aux origines, le divin breuvage était réservé à un usage religieux, puis il est devenu produit d’alimentation, complément des repas, des mouvements sociaux, le kil de rouge, le ballon que l’OS s’enfilait avant d’aller turbiner dans l’aube naissante dans les usines de Boulogne Billancourt et d’ailleurs. Ajoutez à cela la guerre de 14 où, pour motiver les Poilus a sortir de leurs tranchées on leur offrait la gnôle en grosse quantité, gnôle qui était du vin distillé, et  vous aurez une idée globale des quantités absorbées par les français pendant plus d’un siècle. Vous pouvez répéter le mouvement dans les différents producteurs du Sud de l’Europe en nuançant la chose en fonction des pays et vous obtiendrez à chaque fois des consommations moyennes par habitant plutôt importantes, voire vertigineuses. Bon, dans tout cela il faut un peu relativiser. C’est que les modes de calculs sont parfois fort différents en fonction des pays.

En Italie, on établit la consommation de vin un peu comme on le fait chez nous pour les comptages de spectateurs devant la télé. Un petit carnet que la famille remplit en fonction des allées et venues des bouteilles. En France, on compte tout simplement tout ce qui se vend dans le pays. Sans tenir compte des plus ou moins quatre vingt millions de touristes qui visitent le pays chaque année. Les bouteilles que vous achetez en noir chez votre « petit » producteur en Champagne, en Bourgogne, en Provence et j’en passe et des meilleures, est comptabilisé sur le foie de nos amis et voisins. Coooooool ! Mais totalement bidon, évidemment. C’est un peu n’importe quoi, surtout lorsqu’il s’agit de communiquer et de dire que boire du vin c’est très mal, car le vin contient de l’alcool et que l’alcool c’est très mal. Pas comme le tabac mais presque. Parce que l’alcool c’est une drogue. Et que la drogue c’est très mal. Pas comme le cannabis, mais presque. Parce que le vin, c ‘est une arme. Pas aussi efficace que les nôtres, mais presque.

Alors, quand on entend régulièrement sur les ondes que boire deux verres de rouge par jour c’est très bon pour la santé, ça la fout mal évidemment. Si boire est bon, mais de manière limitée, deux pour les hommes et un pour les femmes, mais que foutent les Chiennes de Garde ?  En plus, si vous parlez en off avec quelques cardiologues aux idées larges, ils vous diront que ce n’est pas deux qu’il faut mais quatre. Mais on nous dit deux pour que nous n’allions pas plus loin que quatre. Vous suivez ? Oui, mais alors, si le vin est bon pour la santé, pourquoi en buvons nous moins ? C’est qu’il a changé d’état le bougre. D’aliment il est devenu produit de loisir. Il monte un peu en termes de prix, et il baisse en terme de consommation. Pourtant, il semblerait que l’on n’en ait jamais bu autant sur terre depuis les origines. De plus en plus de pays producteurs, de plus en plus de consommateurs, surtout dans un tas de nouveaux pays. C’est comme ça, il faut se faire à l’idée, les français ne seront plus les plus grands consommateurs de vin du monde. Je sais, ça doit être douloureux, surtout pour eux, mais c’est la vie. Sic Transit Gloria Mundi

Eric Boschman

00:29 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Vins de tous pays | Tags : vigne, vignoble, consommation, belgique, france | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |