28 février 2011

Boire moins pour dépenser plus

Qui c'est qui est bien content de pouvoir compter sur l'ami Eric pour alimenter sa chronique alors qu'il déguste (dans tous les sens du terme) aux Vinalies de Paris. Moi, bien sûr... Mais je vous laisse avec Eric

 

Au contraire de ce que l'on constate en France, la consommation de vin en Belgique augmente régulièrement. 

En une décennie, elle aurait progressé d'un litre par tête d'habitant. C’est pas des masses un litre, mais à l’arrivée c’est quand même pas loin de dix millions de litres en plus. Ça chiffre l’air de rien. C’est un peu comme l’idée de la consommation en Chine. S’ils buvaient juste un litre en plus chacun, cela permettrait au monde entier de résoudre sa crise de surproduction. Oui, mais voilà les Chinois ne boivent pas vraiment tous du pinard. Loin s’en faut.

D’autre part au niveau des pays dit «traditionnels», la consommation s’effrite largement. La faute aux lois du petit Nico ? Et bien non, pour une fois il n’y est pour rien. Vraiment pour rien, même pas un truc genre que c’est pas tout à fait pas fait exprès, il est vraiment innocent sur ce coup. Même si l’on a supprimé le pinard à l’Elysée pour les conseils des ministres, même si l’on a décidé de baisser les budgets lors des réceptions officielles et autres joyeusetés du genre, ce n’est même pas un populisme de bon aloi qui serait en cause. France, tes cirrhoses foutent le camp ! Les mauvaises langues chuchotent que même dans les commissariats, les fonctionnaires publics boiraient un peu moins, voire presque plus avant de secouer les mauvais sujets.

Mais alors, que se pastis en réalité ? C’est assez simple, le vin change au rythme du monde qui l’entoure. Aux origines, le divin breuvage était réservé à un usage religieux, puis il est devenu produit d’alimentation, complément des repas, des mouvements sociaux, le kil de rouge, le ballon que l’OS s’enfilait avant d’aller turbiner dans l’aube naissante dans les usines de Boulogne Billancourt et d’ailleurs. Ajoutez à cela la guerre de 14 où, pour motiver les Poilus a sortir de leurs tranchées on leur offrait la gnôle en grosse quantité, gnôle qui était du vin distillé, et  vous aurez une idée globale des quantités absorbées par les français pendant plus d’un siècle. Vous pouvez répéter le mouvement dans les différents producteurs du Sud de l’Europe en nuançant la chose en fonction des pays et vous obtiendrez à chaque fois des consommations moyennes par habitant plutôt importantes, voire vertigineuses. Bon, dans tout cela il faut un peu relativiser. C’est que les modes de calculs sont parfois fort différents en fonction des pays.

En Italie, on établit la consommation de vin un peu comme on le fait chez nous pour les comptages de spectateurs devant la télé. Un petit carnet que la famille remplit en fonction des allées et venues des bouteilles. En France, on compte tout simplement tout ce qui se vend dans le pays. Sans tenir compte des plus ou moins quatre vingt millions de touristes qui visitent le pays chaque année. Les bouteilles que vous achetez en noir chez votre « petit » producteur en Champagne, en Bourgogne, en Provence et j’en passe et des meilleures, est comptabilisé sur le foie de nos amis et voisins. Coooooool ! Mais totalement bidon, évidemment. C’est un peu n’importe quoi, surtout lorsqu’il s’agit de communiquer et de dire que boire du vin c’est très mal, car le vin contient de l’alcool et que l’alcool c’est très mal. Pas comme le tabac mais presque. Parce que l’alcool c’est une drogue. Et que la drogue c’est très mal. Pas comme le cannabis, mais presque. Parce que le vin, c ‘est une arme. Pas aussi efficace que les nôtres, mais presque.

Alors, quand on entend régulièrement sur les ondes que boire deux verres de rouge par jour c’est très bon pour la santé, ça la fout mal évidemment. Si boire est bon, mais de manière limitée, deux pour les hommes et un pour les femmes, mais que foutent les Chiennes de Garde ?  En plus, si vous parlez en off avec quelques cardiologues aux idées larges, ils vous diront que ce n’est pas deux qu’il faut mais quatre. Mais on nous dit deux pour que nous n’allions pas plus loin que quatre. Vous suivez ? Oui, mais alors, si le vin est bon pour la santé, pourquoi en buvons nous moins ? C’est qu’il a changé d’état le bougre. D’aliment il est devenu produit de loisir. Il monte un peu en termes de prix, et il baisse en terme de consommation. Pourtant, il semblerait que l’on n’en ait jamais bu autant sur terre depuis les origines. De plus en plus de pays producteurs, de plus en plus de consommateurs, surtout dans un tas de nouveaux pays. C’est comme ça, il faut se faire à l’idée, les français ne seront plus les plus grands consommateurs de vin du monde. Je sais, ça doit être douloureux, surtout pour eux, mais c’est la vie. Sic Transit Gloria Mundi

Eric Boschman

00:29 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Vins de tous pays | Tags : vigne, vignoble, consommation, belgique, france | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

22 février 2011

Sassicaia vs Magnificat: 3-4

Mon collègue de dégustations IVV (et néanmoins ami) Youri Sokolow me fait l'immense honneur de m'envoyer la feuille de commentaires d'une dégustation de son petit club de vin- un petit club qui ne mégote pas, si l'on en juge par les vins aux prises ce jour-là: à ma droite, Sassicaia, à ma gauche, Magnificat. Et en 7 millésimes, s'il vous plaît!

Mais je laisse Youri commenter la session...

 

sassicaia,magnificat,vin,vignoble,italie,toscaneA ma droite, Sassicaia la caillouteuse

Un bref aperçu des deux protagonistes, tout d'abord. 100% cabernet-sauvignon pour Drei Dona Magnificat, 85% cabernet -sauvignon et 15% cabernet franc pour Sassicaia. Un terroir différent argilo-limoneux sur un substrat calcaire pour Magnificat, graveleux (Sassoso en italien, d’où le nom Sassicaia). Un élevage 100 % fûts neufs (chêne de l’Allier) pendant 18-20 mois complété par 8 à 10 mois en bouteilles pour Magnificat,  1/3 de fûts neufs (chêne français) pendant 24 mois puis 6 mois en bouteilles pour Sassicaia.

Avantage Magnificat

7 duels qui se sont terminés à l’avantage de Magnificat (4 victoires à 3), celui-ci l’emportant en 2003, 2001, 2000 et 1995, Sassicaia l’emportant en 2004, 1998 (par forfait, Magnificat étant bouchonné), 1997. Mais à l’avantage de Sassicaia sur la moyenne des notes (16,7 vs 16,6/20). Au-delà des résultats, la soirée fut intéressante à de nombreux points de vue ; tout d’abord, la qualité globale des vins dégustés était remarquable, 9 vins ont obtenu une note supérieure à 16/20, la plus faible note moyenne étant... 14,8/20. Ensuite, le style des vins était reconnaissable de millésime en millésime; Sassicaia dans un style élégant, souple et épicé, Magnificat dans un style puissant, concentré et racé. Cette différence a rendu la comparaison des vins assez difficile, une partie de dégustateurs préférant la puissance, l’autre l’élégance. Enfin et comme (presque) toujours avec les vins italiens, les vins se goûtaient différemment le lendemain, mais cela reste l’éternel débat de la mise en condition optimale des vins. Faut-il les carafer? Pendant combien de temps? Faut-il les boire un jour de pleine lune?

 

sassicaia,magnificat,vin,vignoble,italie,toscaneA ma gauche, le Magnificat de Drei Dona.

 

Dans notre groupe, depuis toujours, les vins sont dégustés à un moment X, dans des conditions Y, identiques pour tous les vins, et aboutissent à une cote Z, qui permet la comparaison.

Le Classement des 14 vins dégustés

1.    Bolgheri Sassicaia 1997                17,7/20
2.    Bolgheri Sassicaia 2004                17,7/20
3.    Forli Magnificat 2003 La Palazza            17,4/20
4.    Bolgheri Sassicaia 2003                17,3/20
5.    Forli Magnificat 1997 La Palazza            17,3/20
6.    Forli Magnificat 1995 La Palazza            16,9/20
7.    Bolgheri Sassicaia 1998                16,9/20
8.    Bolgheri Sassicaia 1995                16,7/20
9.    Forli Magnificat 2004 La Palazza            16,3/20
10.    Forli Magnificat 2001 La Palazza            15,9/20
11.    Bolgheri Sassicaia 2001                15,6/20
12.    Forli Magnificat 2000 La Palazza            15,5/20
13.    Bolgheri Sassicaia 2000                14,8/20
14.    Forli Magnificat 1998 La Palazza            Bouchonné

 
Le Top 5

1. Bolgheri Sassicaia 1997
Robe rubis, légère évolution. Nez élégant sur des notes sanguines, épicées, fraise, cerise, tabac, bois de cèdre, minéral, craie, poivron rouge bien mûr. Bouche puissante, concentrée, rétro de poivron mûr, tannins encore très jeunes, suaves, superbe matière, finale équilibrée. Un vin d’une équilibre remarquable, dans un millésime hors normes.
C :17,7/20

2. Bolgheri Sassicaia 2004
Robe rubis dense. Nez puissant sur le caramel, le café, note lactée, cacao, fourrure, évolue vers la cerise et la rose. Bouche à l’attaque concentrée, structure massive, tannins serrés mais civilisés et racés, finale tendue. Un vin concentré à l’aube de sa vie.
C : 17,7/20

3. Forli Magnificat 2003 La Palazza
Robe rubis dense. Nez puissant où l’on retrouve mûre, myrtille, fruits confiturés, encre, minéralité, notes sanguines, pointe de laurier. Bouche qui allie ampleur, puissance et suavité, concentration impressionnante et finale fraîche. Un vin d’une fraîcheur et d’un équilibre impressionnant pour le millésime.
C : 17,4/20

4. Bolgheri Sassicaia 2003
Robe rubis légèrement évoluée. Nez complexe sur des notes de cuir, d’épices douces, de cacao, de tabac, de boîte à cigare, évolue vers des notes de truffe, d’écorce d’orange et de café froid. Bouche alliant, élégance, suavité, tannins racés, finale tout en élégance. Un vin élégant d’un équilibre superbe.
C : 17,3/20

5. Forli Magnificat 1997 La Palazza
Robe rubis presque noire. Nez complexe, minéral, touche florale, agrumes confits, fruits noirs confiturés, cerise à l'alcool, cacao, viandeux. Bouche à l'attaque fraîche, un superbe fruit, des tannins civilisés, serrés, et une longue finale racée et équilibrée. Un vin superbe concentré, qui paraît encore très jeune.
C : 17,3/20

Nous avons poursuivi la soirée avec un jambon d’Ardennes et le Côtes du Jura 2004 du Domaine Macle, puis un hachis Parmentier et le Coteaux d'Aix-en-Provence Le Grand Rouge de Revelette 1998 (ndlr: l'oenophile belge est un type simple, finalement. Mais pour lui en remontrer sur les grands vins, il faut se lever de bonne heure).

Youri Sokolow


00:38 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Italie, Vins de tous pays | Tags : sassicaia, magnificat, vin, vignoble, italie, toscane | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |