20 mars 2011

Des vins et des mots: le Mas Jullien

Parfois, le vin est juste un peu plus qu’une boisson alcoolisée destinée à expliquer le mystère de la vie à quelques amateurs, comme nous le rappelle l'ami Eric Boschman...

Le vin peut, parfois, être plus qu’une boisson. Je hais l’idée que je vais développer, mais pourtant j’y crois.

vin, vignoble, Eric BoschmanMas Jullien - bien joué, Olivier!

 Le vin peut, dans certains cas, confiner à l’art. Contrairement à la cuisine, qui, pour l'essentiel, tient plutôt de l’artisanat.

Le vin est un produit souvent industriel. Pas à la manière du pop art, non, non, vraiment à la manière d’une industrie. Avec le côté bête et méchant des corrections techniques visant à compenser les faiblesses naturelles des produits. Et puis on va mettre un coup de flash pasteurisation après une grosse filtration tangentielle sur des vins qui auront passé l’étape de l’osmose inverse. Là, entre une chaîne de montage de chez Renault et la production de vin, le seule différence résiderait probablement dans l’efficacité des services de contre-espionnage de l’entreprise.

 

Et puis, il a des vins qui sont pensés autrement. Est-ce à dire qu’ils sont forcément meilleurs? Non, la réponse est malheureusement non. La pantalonnade actuelle de la mode des vins "nature" en est la meilleure preuve; pour quelques bouteilles exceptionnelles, combien de cochonneries même pas bonnes à foutre à l’évier sous peine de risquer des ennuis avec les membres de Gaïa ou les amis de Brigitte? Pourtant, ce qui compte le plus dans le vin, c’est l’état d’esprit du vinificateur. Le terroir ne s’exprime que par le talent de l’humain, on pourrait même aller plus loin et se dire qu’il n’existe que par sa volonté.

Mais je ne vais pas encore une fois vous bassiner avec le terroir. C’est bon maintenant, si après autant de temps vous ne savez pas encore ce que j’en pense c’est que j’ai loupé un truc. Je sais, il y a de nouveaux lecteurs chaque semaine, et ceux-là ne sont pas censé connaître mon point de vue sur la question. Allez pour eux, et uniquement pour eux, les autres allez voir deux lignes plus bas, je considère que le terroir n’intervient que pour une petite partie dans le vin. L’élément dominant est l’humain, c’est lui qui décide tout. Un gros veau sur un magnifique terroir ne fera jamais de grand vin, alors que l’inverse est possible.

Voilà,  mais, parfois le vin est un peu plus encore, un truc complexe où le vigneron dépose une série de valises qui font de lui un personnage particulier. Pas de grand vin sans esprit, c’est une certitude. Il existe un tas de vins dit grands, parce qu’ils sont «côtés» par l’un ou l’autre critique anglo-saxon faiseur d’opinion, ou parce qu’ils sont vendus à des prix défiant la décence, voire, c’est courant, les deux  à la fois; mais le plus souvent, les grands vins ne figurent pas dans ces catégories là.  Pour faire bien monomaniaque, j’aurai du ajouter les «vrais» grands vins, mais c’est le genre de mot qui m’use un peu.

Il y a trois catégories de vins. D’une part les vins que l’on oublie avant d’avoir avalé la première gorgée. Ils remplissent une fonction; celle de remplacer d’autres breuvages. Il représentent l’immense majorité des vins et ne sont pas l’apanage d’une région, d’un pays ou d’une catégorie de prix particulière, c’est une question universelle. On peut dire qu’ils représentent plus ou moins quatre-vingts pour cent du marché.  Puis viennent les vins dont on se souvient vaguement. On sait qu’ils avaient une couleur, plus ou moins de quel coin ils viennent et quelques infos supplémentaires. Ils représentent entre dix et quinze pour cent des votes. C’est fluctuant, mais cela dépendra surtout du point de vue de celui qui en parle. S’il est optimiste, il vous dira dix pour cent, s’il est pessimiste, il vous dira quinze. Et puis, viennent les vins qui suscitent une émotion, qui laissent une trace dans vos neurones et sur vos papilles. Souvent, des années plus tard vous pouvez vous en remémorer les saveurs et, surtout, le moment. Car un grand vin c’est aussi un moment d’exception.

Un rosé dans un gobelet en plastique et deux glaçons peut aussi être un grand vin à condition que vous l’ayez savouré avec des amis devant cette fameuse plage où se doraient quelques créatures de rêve presque totalement dévêtues. C’est simple, hein?

Et puis, souvent, un vin est plus grand lorsque vous avez eu l’occasion de rencontrer son producteur, si vous avez trainé quelques quarts d’heures au domaine pour discuter le bout de gras et refaire un peu le monde, si vous avez échangé quelques idées en sa compagnie, alors là, son vin sera toujours meilleur que celui du voisin et certainement plus grand, c’est imparable. Aujourd’hui, la bouteille vient du Sud, de chez Olivier Jullien. Il y a très longtemps que je ne l’ai pas croisé, c’est la vie, mais je reste fidèle à ses bouteilles. C’est qu’il fait grand, bon et pas extrêmement cher. C’est ce qui fait son charme. On est ici dans un vin hors normes, le talent d’un homme qui a oublié de se prendre la tête et qui fait des choses qui lui ressemblent. C’est une bouteille magnifique, toute en finesse, en simplicité, un grand vin en somme. Et puis, après deux verres vous prendrez le temps de lire l’étiquette encore et encore, car le vin c’est un peu plus que ça, c’est parfois des mots aussi. Soyez heureux.

Les Etats d’âme du Mas Jullien, Récolte 2008, Terrasses du Larzac, en vente chez les cavistes pour plus ou moins 21€

Eric Boschman

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Languedoc | Tags : vin, vignoble, eric boschman | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

06 mars 2011

Du vin, des femmes et plus de bière, nom de nom!

Retour de notre Boschman dominical. Version tendre, cette semaine...

Ah, Catherine, Ah Patricia, quel heureux hasard a mis vos pas sur ma route ? Je ne connais pas son nom, mais quel qu’il soit il doit être remercié. En plus, quand ma patronne préférée me dit : «Coco, la semaine prochaine on fait un truc spécial Carnaval, heu, non, pardon, on traite de la féminité» enfin, c’est dont je crois me souvenir, je me dis in petto «chic, ça tombe bien, j’ai du matos».

vin,vignoble,boschmanDu vin, des femmes et plus de Boschman!

Mais avant d’évoquer les deux vins de ces deux femmes de caractère, il faut peut-être tenter d’évoquer l’idée d’un vin plus féminin que masculin. Ben, oui, c’est un peu comme le monstre du Loch Ness ou les caméras vidéo qui permettent de voir au travers des vêtements, on en parle régulièrement, on dit que l’homme qui à vu l’ours et son cousin sur un vélo à dit qu’il y avait une différence. C’est cela oui, c’est cela même. Dans mon cas, mais il est vrai que je débute dans ce métier du vin, pas dans celui de la chronique, mais je fais comme un tas d’autres, je me répands à propos de trucs auquel je ne comprends que pouic, je suis incapable de faire une différence à la dégustation. Et je m’en tape joyeusement d’ailleurs. Pourquoi, à part pour des raisons, au mieux marketing, au pire bêtement communautaristes, les vins fait par un genre déterminé sexuellement seraient ils différents des autres?

De quelle manière une femme influence-t-elle la matière pour que le résultat soit fondamentalement différent? Attention, ne lisez pas ce que je n’ai pas écrit, je veux dire par là, en quoi est-ce le genre du vinificateur qui influence le vin? Certes, le terroir est avant tout une question d’humain, je me suis déjà étendu sur le sujet à de nombreuses reprises dans ces colonnes. Je le pense et je l’affirme, le sol, le sous-sol, le climat et j’oublie quelques détails ne sont que des substrats aux volontés de l’humain. Certes, hommes et femmes peuvent avoir des interprétations différentes face à une vendange, et il est d’ailleurs normal que cela existe, mais ces interprétations existent parce qu’il s’agit d’individus différents, pas parce qu’il sont des hommes et des femmes. Pour être plus clair, ces différences se marqueraient tout autant s’il s’agissait de deux femmes ou de deux hommes et c’est tout à fait légitime. Le vinificateur exprime une personnalité, un caractère, une expérience aussi, et celles d’un homme et d’une femme sont infiniment différentes. En disconvenir reviendrait à faire du Zémmourisme de base, comme s’il en existait un autre.

Mais, pour sombrer dans la caricature, les vins de femmes ne se distinguent pas forcément par une grande finesse et une interprétation délicate des petits oiseaux qui font cui-cui sur les plus hautes branches du mélèze là-bas près de la fontaine. Et celle des hommes ne se vautrent pas non plus forcément sur le canapé du salon au milieu de relents de bière blonde tiède et de grattages de testicules devant Sport Channel. Accepter l’idée que les vins sont différents selon le genre sexué du ou de la vinificatrice, c’est accepter encore un peu plus l’idée de la communautarisation de notre société. Parce que l’étape suivante sera peut-être de différencier les vins élaborés par des rousses à forte poitrine et des blondes longilignes par rapport a ceux des brunes boulotes. Et je ne vous parle des vins réalisé par des bruns légèrement invertis n’osant pas faire le coming out parce qu’ils s’en foutent un peu aussi hein. C’est sans fin et c’est crétin. Oui, le vin est une «question» d’individu; oui, c’est évident, un gros con sur un grand terroir ne fera jamais un grand vin, l’inverse aussi d’ailleurs; un mec de talent sur un terroir moins génial fera forcément quelque chose de marquant. Mais le talent n’est pas plus féminin que masculin, hein. D’ailleurs, c’est bon, je m’arrête là, assez d’excitation pour ce matin, ça va faire tourner la mayonnaise de mon pistolet jambon fromage.

Donc, pour vous conter par le menu le vin du jour, pardon, les vins du jour, car il y en a deux, de deux domaines différents, un soir, un ami, car il m’en reste un ou deux, me téléphone et me recommandant un de ses amies face bookienne et sa copine. Elles arrivent en vue du comptoir derrière lequel je stagnais. Dingue, moi aussi je suis ami avec l’une d’entre elle sur ce magnifique machin social. La glace est déjà rompue. Il faut dire qu’il faisait chaud ce soir là. Puis nous parlons de tout et de rien et un peu de vin et de vins en passant. Elles me laissent quelques flacons en échantillons, afin que je puisse les goûter et vogue la galère. A mon tour de vous faire découvrir les bouteilles.

D’une part, de chez Catherine Le Conte des Floris et de son mari Daniel, une cuvée en Côteaux du Languedoc Pézenas nommée Carbonifère en 2007. C’est de la syrah pour 80% ; les autres 20% étant composés de grenache et de carignan. N’en demandez pas plus, c’est la France pas l’Australie et on s’en tape d’ailleurs. Déjà rien que le fait du Carignan, moi ça me parle, j’aime ce cépage magnifique, il confère, lorsqu’il est travaillé en petits rendements de notes épicées et une fraîcheur aux assemblages dont la syrah à souvent bien besoin. A la dégustation c’est frais, aérien presque, avec des notes de fruits noirs, des épices chaudes, c’est puissant, faut pas rigoler c’est pas du beaujolais, mais c’est d’une élégance rare, c’est le moins que je puisse en dire. Sur le site on ne parle que de Daniel; alors que je suis sûr que l’influence de Catherine est énorme sur ce vin, il lui ressemble; à la fois volubile et silencieux. Non, arrêtez je déconne, le vin est grand, mais je ne connais pas suffisamment les propriétaires pour déterminer des choses pareilles. C’est juste pour remplir ma page et poser de jolies phrases pour parler d’un pinard que j’aime vraiment beaucoup.

D’autre part, la cuvée Silice des Eminades; un sauvignon à 100% en vin de pays des Coteaux de Fontcaude. Alors moi au départ, ce vin a tout pour me rebuter, du sauvignon dans le sud, passé 10 mois sur lie et en fûts, c’est le genre d’exercice où mes neurones grognent bien avant la première gorgée. Et puis, à la dégustation, une fois mes a priori calmés, je me dis que tout compte fait c’est pas mal du tout ce truc. Même mieux, c’est vraiment bien fichu. Une belle surprise, une belle cuvée, de la finesse, de la minéralité et, surtout, une personnalité, un style propre. Quelque chose de vraiment différent. Ce n’est pas ligérien, loin s’en faut, mais ce n’est pas non plus parfumé à la sauce down under et tranche de kiwi sur le bord du verre. Comme quoi, hein, à chaque dégustation il y a une surprise dans l’air et une très bonne raison de se dire que nos idées préconçues sont surtout contraintes voire con tout court. Après ces deux belles bouteilles, il me reste une question pourtant: si ces vins étaient vinifiés par des femmes, ne seraient-ils pas encore meilleurs?

Allez, non, revenez la semaine prochaine, c’était pour rire bêtement une dernière fois pour aujourd’hui.

Domaine Le Conte des Floris. Tél +33 6 16 33 35 73 domaine.le.conte.des.floris@gmail.com

Patricia et Luc Bettoni - Tél/Fax : 00.33.(0)4.67.36.14.38 les.eminades@wanadoo.fr

00:08 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, boschman | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |