21 juillet 2011

Un verre de Maury à la santé de la Belgique

Le 21 juillet, pour ceux qui l'auraient oublié, c'est la fête nationale belge.

Amusant, le concept, puisque depuis les années 80, il n'y a plus de nation belge, mais une Fédération de Communautés et Régions, mais bon.

Depuis plus d'un an, il n'y a plus non plus de gouvernement fédéral, ce qui commence à faire désordre, surtout au plan démocratique, mais il est de bonnes âmes pour nous dire que c'est constitutionnellement correct. Alors passons et buvons un verre avec l'ami Eric Boschman, Belge et fier de l'être.

Au détour d’une allée de Vinexpo, il y a de cela quelques jours à Bordeaux, j’ai eu l’occasion de déguster quelques gorgées de quelques flacons que je me devais de vous raconter par le détail. Grâce au sourire rayonnant de la douce Aurélie, je me suis arrêté sur un stand qui a priori ne m’attirait pas. C’est que moi, les trucs à cent mille personnes pour déguster, c’est un peu bof. Puis, il est vrai que je me souvenais d’un courrier du propriétaire du dit stand accompagnant une cuvée Grand Chelem, lors de la dernière récolte du dit par le XV Bleu, qui cocoricait à tors et à travers, proclamant un prochain titre de Champion de Mooooooooooooooonde pour l’équipe et qui m’avait profondément gavé... Tout ça pour vous dire que j’y allais d'abord pour faire plaisir, sur ce stand. Et puis là, petit bonheur, pardon, grand bonheur ! J’ai dégusté des très vieux millésimes de vins doux naturels.

vin vieux,vignoble,vin,maury,madère,rivesaltesEn Roussillon (Photo H. Lalau)

C’est qu’il n’existe que trois endroits au monde où l’on peut trouver des vins vieux, exceptionnellement vieux, achetables sans devoir hypothéquer sa maison et dégustables. Certes, nous Belges, nous rêvons toujours au Bordeaux ou au Bourgogne qui prendrait cinquante ans dans les dents sans moufeter, mais faut pas rigoler, ces vins n’existent plus que dans les mémoires des anciens qui en ont encore une. Les vins modernes, depuis le milieu des années quatre-vingts, sont faits pour être bu très vite, et c’est bien le tout quand ils tiennent deux décennies, on peut carrément parler de miracle. Mais en dehors de ces deux régions ô combien magiques, il existe quelques foyers de production de vins qui défient la logique du vieillissement, des produits qui vieillissent largement plus longtemps que les hommes. On trouve, aujourd’hui, en Madère par exemple, des vins de la fin du XVIII ème, vers 1790 et quelques. Dans le Douro, à Porto, on trouve aussi des vins qui passent le siècle, des vins hors normes. Et puis, dans le Roussillon, de Rivesaltes à Maury, on trouve des choses franchement surprenantes. C’est que la richesse de la région, longtemps, s’est faite autour de ces vins mutés, qui encaissent les affronts du temps sans rien marquer. Un peu comme Rocky dans les premiers films, ils encaissent les gnons et se relèvent toujours.

Une célèbre propriété de Maury, au pied du château de Quéribus, a développé depuis de nombreuses années un parc à bonbonne en verre de soixante litres où les vins vieillissent pendant un an, au soleil, sous la pluie, au froid de l’hiver, et j’en passe et des pires. Au bout d’un an, les vins sont groggys, mais toujours vaillants.

Vous connaissez des trucs plus solides vous? Il en va de même pour les Rivesaltes. Alors là, je vous arrête tout de suite, pas question de mélanger les trucs, il existe une foultitude de vins répondant à cette appellation, il ne faut pas tout mélanger. Les muscat, les tuilés, les ambrés, sont des vins fondamentalement différents les uns des autres. Ce dont il est question aujourd’hui est un vin rouge qui a vieilli tranquillement toute sa vie en barrique avant d’être embouteillé il y a une petite année. A Porto, cela se nomme Colheita; en France, il n’y a pas d’appellation particulière. Pourtant, le vieillissement long en bois apporte une complexité rare aux vins. Certes, le côté mono cépage ou presque des vins doux du Roussillon enlève une part de complexité, mais dans les vins datant d’avant mil neuf cent trente six, les mutages effectués, parfois, à l’Armagnac ou avec d’autres alcools finis, donnent aussi une dimension surprenante aux vins. Les parfums du temps qui passent se donnent au vin au travers des bois, petit à petit. Le résultat est tout simplement bouleversant.

Il m’a été donné de déguster des vins de la fin du XIXème issus de la région, quelle splendeur! En ce qui concerne les cuvées de cette belle dégustation initiée aux côtés de la douce Aurélie, il s’agit de coups de flair, de chance peut-être, mais aussi de recherche longues. C’est qu’il a fallu trouver, négocier patiemment et acheter les barriques de vin qui avaient passé tranquillement les décennies à l’ombre des toiles d’araignées. Puis, il y a plus ou moins un an, mettre tout ces jolis lots en bouteilles.

J’ai particulièrement aimé le Maury 1939, il était encore fringuant, tout en fraîcheur, en légèreté et en équilibre. Le Rivesaltes 1936 était un peu moins équilibré, avec un côté plus sirupeux, fatigué peut-être. Le Maury 1929 était étonnant, avec des notes de violette, du cuir chaud et humide, le côté guêpière de dominatrice en fin de journée, du tabac noir mais une petite structure en bouche un peu plate sur la fin.

Un seul regret, que l’on ne connaisse pas vraiment l’origine des vins, c’est à dire de chez qui ils viennent, de la propriété familiale de monsieur Bertrand ou d’ailleurs, cela pourrait être intéressant et aussi, une forme d’hommage aux anciens qui ont préservés les barriques par devers eux jusqu'il y a peu. Vous remarquerez que les quantités sont ultra limitées, c’est indiqué sur l’étiquette de chaque flacon. Pour ce genre de rareté, les prix sont plutôt raisonnables. Pensez donc, quand on compare avec l’indécence des Grandes Marques bordelaises en 2010, il y a de quoi s’esclaffer et plonger sans réfléchir.

Et puis, pour célébrer la peut-être dernière Fête Nationale de notre magnifique royaume, faut pas se priver. J’aime assez le paradoxe qu’il y a à déguster des vins qui ont défié le temps tout en contemplant la lente agonie de notre pays qui se délite dans le paroxysme démocratique. Allez, assez pleuré, il pleut, c’est bon signe, c’est l’été ! Quelques prix histoire de vous mettre en forme : Banyuls 1951: 165 euros; Rivelsaltes 1945: 200 euros; Maury 1929: 250  euros. 

Eric Boschman

 

17 juillet 2011

Léon en Fenouillèdes

Pour plus de visibilité, je me permets de reproduire ici le commentaire de mon ami Luc "Léon" Charlier, vigneron flamando-catalan, qu'il a laissé ce soir sur le Blog des 5 du vin, en bas d'un article de Michel Smith (autre ami précieux), à propos d'une mémorable soirée en Fenouillèdes.

Ceci, afin que nul n'en ignore, Belges, Français, Terriens, présents et à venir, comme on dit dans le Moniteur Intergalactique.

Les yeux embués de larmes et de quelques vapeurs de Casot, il me semble en effet voir dans ce commentaire comme le manifeste du parti vinique international, le texte fondateur d'un nouveau désordre mondial, celui de la convialité. Luc mélange avec un brio qui n'appartient qu'à lui les musiques, les vins, des saveurs, les bons mots, les belles images, la bonne chair et la bonne chère, le goujat sacré et le sacrément profane. Il bat les cartes, et quand il les redistribue, on dirait qu'il y en a plus. C'est ce que j'appelle un homme de partage. Sa richesse n'est pas dans ses poches, elle est dans sa tête et dans son coeur grand comme l'internationale utopiste. Comprenne qui voudra.

Cher Michel,

Nous participions toi et moi hier à la «Foire aux Vieux Cépages» de Trilla, largement co-organisée par Mechthild, la femme de ton confrère et ami Andre Dominé. Elle joue avec brio le rôle d’ajointe au maire de cette petite commune de 60 habitants. Moi, j’avais amené un blanc sec de macabeu (vigne de 60 ans d’âge) et notre vieux carignan, en plus des assemblages traditionnels de la vallée de l’Agly. Sur place, outre quelques domaines «hors sujet» venus écouler leurs cubis (?????), le ton était clairement à «Carignan über alles», la colonie germanophone de ce coin de Fenouillèdes (occitan) étant la plus active.

L’après-midi – après avoir terminé le module dont tu m’as aimablement fait cadeau, modeste contribution au bien-être du peuple cubain – nous avons pu nous régaler aux accents combinés du duo composé par la délicieuse «Mademoiselle Hortensia» et de son «one-man band» (tuba + balalaïka, inédit je crois) de compagnon: le CATASTROPHONE. Ils me font irrémédiablement penser à la paire (semi-défunte hélas) de l’irrésistible Catherine Ringer et Fred Chinchin.

La fête populaire (180 personnes) qui dura jusqu’à passé une heure du matin, sous les étoiles et sans un pet de vent, vit un amalgame étonnant d’alternatifs, de pseudo-punks, d’intermittents du spectacle, d’agriculteurs, de «djeuns», de vignerons, d’un conseiller régional, d’ex-soixante-huitards allemands ou anglais, d’un dessinateur américain, de minettes en quête de quéquette ou de cougars en quête de braquemart et, plaisir ultime, une ravissante danseuse pseudo-brésilienne sur le podium. «Oui, mais t’as vu la hauteur de ses talons?» me dit bêtement mon Héraultaise de compagne.

Enfin, incongruité majeure, la table où nous engloutîmes la paëlla (fort bonne d’ailleurs, bravo au traiteur !) rassembla une compagnie polyculturelle et polyglotte (oui, même des Français maniant espagnol, allemand, portugais et trois mots d’anglais!).

Comme, suite à une incompréhension au sein de l’organisation, le vin manqua vite à table, ne reculant devant aucun sacrifice, nous avons bradé les invendus du jour de la Coume Majou à un tarif très démocratique et toute cette joyeuse assemblée se régala des arômes mûrs de la garrigue du «Fenolheda».

Et là, mes petits amours, les capsules à vis volèrent: personne pour se plaindre de ne pas devoir sacrifier à la cérémonie du tire-bouchon, cette grande tradition hexagonale. Et Lavilliers de me chanter : «Genta fina – outra coisa...».  Mais quelle ambiance !

Luc Charlier

 

PS (de moi, pas de Luc): Amis de l'espace, saluez Paulot de ma part. Car dans capsule, il y a Paulot.

23:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Roussillon | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |