17 décembre 2011

Buvons français!

Vous le savez si vous suivez un tant soit peu l'actualité politique hexagonale, la mode est au Made in France. En anglais dans le texte. Ce qui tend à prouver que la préférence nationale se s'étend pas encore au vocabulaire.

Sur le papier, c'est séduisant. Face à la crise, acheter national, c'est rassurant; c'est garantir l'emploi dans les usines françaises, c'est aussi flatter les producteurs français toujours en quête de reconnaissance; c'est même dans la tendance écologique: produire près du lieu de consommation, c'est toujours mieux pour le bilan carbone.

Dans le vin, on peut dire que le programme est déjà bien appliqué.

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Made in Fransse profonnde

On ne saura jamais vraiment si le Français préfère le Beaujolais et le Bordeaux au Rioja et au Chianti. Il n'a pas l'occasion de tester. Les seuls vins étrangers admis sur le marché français sont les Portos, quelques vins du Maghreb (tradition historique), des Madères de cuisine et puis, bien sûr, les gros volumes de vins de la Mancha ou des Pouilles qui viennent grossir en toute discrétion nos vins de table ou nos effervescents sans indication de provenance.  Mais là, ce ne sont pas des vins pour communiquer, ce sont des vins pour faire du business et à défaut d'être totalement casher, c'est un peu caché.

Vous voyez donc: le consommer français, ça marche, ça marche même très bien, à condition que la distribution suive le mouvement et ferme les vannes à l'achat. Si ça marchait aussi bien dans les alcools que dans les vins, on boirait peut être plus de Cognac que de whisky en France - allez savoir pourquoi, ce n'est pas le cas. Boire du vin chilien, ça fait cosmopolite, limite 5ème colonne, alors que boire du whiskard, c'est très français.

Et le pastaga? Quoi, le pastaga! C'est bien français, le pastaga! Oui, enfin, si on veut. Parce que la badiane, l'anis étoilé, c'est d'Asie qu'elle vient. Alors faut-t-il la remplacer par du fenouil bien de chez nous? Ou du serpolet?

Oui, ça risque de changer le goût. Mais on ne peut pas tout avoir, le goût et l'indépendance nationale. A propos, il va falloir apprendre aussi à se passer de poivre. De café. De thé. De fruits exotiques; à moins qu'on en plante beaucoup plus dans les DOM-TOM...

Il y a quand même un petit grain de poussière dans le raisonnement. C'est le monde qui nous entoure. Le reste de cette planète idiote où certains ont l'extravagance de ne pas être Français.

Si les politiciens frenchies en font trop avec leur préférence nationale, ça risque d'inspirer ceux qui les écoutent hors frontières. J'entends ça et là des voix qui dénoncent les importations massives de produits chinois qui concurrencent les PME françaises; le Président Sarkozy vient de visiter dans les Alpes une entreprise qui, après avoir délocalisé la fabrication de skis dans le Su-Est asiatique, vient de la relocaliser en Savoie. Et chacun d'applaudir.

Oui, mais qu'en pensent nos amis, je veux dire, nos clients chinois? On les dit susceptibles. Vont-ils continuer à acheter du vin à des gens qui ne les aiment pas? Ou bien eux aussi vont-ils pratiquer la préférence nationale.

Pas besoin d'aller si loin, d'ailleurs. Prenez le cas de la Belgique. La part des vins français, qui reste importante (un peu plus de la moitié des ventes en volume) n'a cessé de baisser ces 25 dernières années.

Si demain, la France ferme ses frontières aux chocolats, aux bières et aux légumes belges (saviez-vous que la Belgique, avec son beau climat, et surtout ses belles serres, est le premier fournisseur de tomates de la France?), bref, si la France prône une stricte préférence nationale, nos amis belges pourraient bien décider, non pas de se mettre à la vigne (certains le font, remarquez, et pas si mal), mais de se tourner encore un peu plus vers  d'autres provenances. L'Australie, le Chili, avec leurs grosses marques. Et ne me dites pas que leurs vins sont tous moins bons...

Alors, Saint-Emilion est-il prêt à perdre son plus gros client? Et la Champagne? Et l'Alsace?

Le problème, quand on élève un mur, si qu'il fait barrage dans les deux sens. Peut-être qu'il faudrait aussi empêcher les ondes radios de franchir les frontières, pour être sûr que les étrangers n'entendent pas les discours de nos tribuns - après tout, ce sont des discours à usage interne...

Et l'Europe, dans tout ça? Ah, l'Europe! Amis Français, venez un peu la vivre ici, à 1h20 de Paris... Vous n'êtes même pas obligés de rester dormir, vous pouvez faire l'aller-retour dans la journée... Profitez-en, tant que les frontières sont ouvertes. Vous n'avez même plus besoin du carnet de change.

Souvenez-vous, c'était M. Mauroy qui l'avait inventé... On ne pouvait emporter plus de 2.000 francs à l'étranger (moins de 300 euros). C'était en 1983. Il y a une éternité...

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

14 décembre 2011

"The Unique Marcil Experience", Chez Marie, à Ixelles

C'est pas pour me vanter, mais vendredi, j'ai été au restaurant. Chez Marie, à Ixelles. Ca fait des années que je voulais y aller, surtout pour le sommelier. C'est Daniel Marcil - un habitué des dégustations In Vino Veritas; et puis surtout, un bon copain.

Ce soir-là, ce gentil Québécois nous a concocté une sélection de vins "mystère" - à charge pour nous de les reconnaître, ou au moins, leur région d'origine. Joli défi que j'ai relevé, bien sûr, mais avec un succès  très inégal. En fait, je n'ai pu identifier l'orgine que d'un vin sur trois.

Pas le premier, déjà;  j'avais pensé à un riesling allemand ou australien, c'était bien un riesling, mais autrichien.

Le voici:

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L'Autriche, version riesling

Kamptal Schloss Gobelsburg Riesling 1ötw 2009

Citronnelle, pamplemousse, un peu d'arperge aussi au nez; en bouche, c'est puissant et surtout très minéral. Pas beaucoup de complexiét, mais un côté très direct, une élégance remarquable. 13° alc.

 

Pour le second, je me voyais plutôt en Galice, avec un godello. C'était un chenin de Touraine.

A savoir:

Touraine Château de Coulaine 2009 Cuvée "Pieds Rôtis" 

Notes de cidre et de frangipane au nez; en bouche, un étonnant équilibre entre l'alcool et l'acidité; c'est un peu évolué, déjà, mais la finale saline, reste très fraîche.

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La Touraine, version chenin

Pour le troisième vin, par contre, je suis tombé juste, c'était bien un Corbières. Enfin presque, car il est déclaré en Vin de Pays. A savoir:

Vin de Pays de Hauterive La Baronne Cuvée Las Vals 2005

Un seigneur! Au nez, c'est très épicé, presque sauvag; en bouche, c'est d'abord corsé (vieux cuir, encens) puis suave (moka, chocolat), la texture est veloutée, magnifique, les tannins bien présents, mais sans assécher la fin de bouche; au contraire, une belle amertume réveille le palais. Elevage très soigné, le vin n'est pas marqué, juste arrondi, sans enlever en rien ni son caractère terrien ni sa puissance. 

 

Merci, Daniel, pour cette belle soirée - ton jeu, c'est aussi amusant que le Trivial Pursuit, et  c'est plus désaltérant...

Et peu importe de reconnaître le vin, en définitive, quand il est bon...

Alors si vous aussi, vous voulez tenter "The Unique Marcil Experience", c'est chez Marie, Rue Alphonse de Witte 40, B-1050 Ixelles (Bruxelles). Les amis du vin sont les bienvenus. Réservation fortement recommandée (les places sont limitées): +32 2 644 30 31

Vous pouvez aussi demander à choisir les vins à la carte bien sûr...

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Le Languedoc, côté Mourvèdre.

17:05 Écrit par Hervé Lalau dans Autriche, Belgique, Canada, France, Languedoc, Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |