03 février 2012

Rêvons un peu... la France s'ouvre aux vins étrangers

Imaginons un peu que la France soit un marché ouvert, en matière de vin.

Je veux dire, que ses distributeurs, ses cavistes, ses restaurateurs, pour toutes sortes de bonnes et de mauvaises raisons, ne pratiquenet pas la préférence nationale - ou fait-il parler d'intolérance nationale?

Comme on ne m'a pas prouvé que les Français font une allergie aux vins étrangers, et comme à l'inverse, leur consommation de vins per capita diminue, je me dis que l'ouverture pourrait peut-être provoquer un nouvel engouement. Après tout, du côté des alcools, personne ne s'offusque qu'il se vende aujourd'hui en France beaucoup plus de Scotch que de Cognac ou d'Armagnac.

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Rêvons un peu... Super Dupont découvre le monde

A quoi ressembleraient donc les rayons vins d'une distribution française convertie aux mérites de l'ouverture sur le monde?

Sans doute assez à ceux qu'on trouve chez nos amis Québécois. On ne peut pas les taxer de francophobie, nos cousins de la Belle Province. D'ailleurs, nos productions y sont toujours en tête des ventes de la SAQ.

Mais le plus instructif, dans le palmarès des ventes publié par le monopole provincial, c'est de constater que toutes les origines progressent, ou presque.

Comme si le fait d'élargir l'offre, de susciter de nouvelles concurrences, loin de faire plonger les ventes de chaque pays, les confortait, parce que c'est le "gâteau" dans son ensemble qui progreesse, avec l'attractivité du rayon.

Quand on donne plus de choix au Québécois, il ne se sent pas perdu, il achète plus et plus varié. Des nouvelles origines (l'Argentine, par exemple, a fait une percée remarquée) mais aussi de plus classiques, comme les bonnes vieilles AOC françaises ou italiennes.

Evidement, la différence avec le marché français ou belge, c'est qu'un seul acteur achète pour l'ensemble de la population. Mais on voit mal les acheteurs de la SAQ ne pas tenir compte des attentes des clients, attentes qu'ils connaissent d'autant mieux que les magasins sont présents partout et que leurs chiffres de ventes représentent la totalité du marché. Pas besoin de sondages ou de panel: ils ont tous les actes d'achat en temps réel.

Alors, en définitive, faut-il vraiment prôner l'achat français en France pour sauver la viticulture nationale?

Ca se discute. 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

29 janvier 2012

Au bout coule une rivière… Australia

La parole est à Eric Boschman, l'homme du Bush...

Une petite tournée down under comme disent les ceusses qui papottent l’anglais ailleurs que dans leur thé du matin. Un petit saut en été, avec une météo sauvage, digne des plus belles présentations de Tatiana Silva au meilleur de sa forme.

Quel bonheur mes amis, par la grâce de quelques coups d’aile, me voilà à me méfier des coups de soleil. Bon, ça va j’arrête mon char, vous vous en foutez de mes difficiles conditions de travail, de mon côté galérien de compétition. Et vous avez raison. Bon, c’est pas tout ça, je suis en Australie, le soleil envisage de se coucher et avant qu’il ne fasse noir, je voulais introduire les articles à venir qui vous parlerons de pinard, en vous parlant de la situation locale.

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Sheep Australian humour


C’est que c’est pas évident à comprendre pour nous, petits Belges, plutôt bons consommateurs et pas trop regardant à la dépense. Chez nous la moyenne des achats se situe aux environs de cinq euros, un peu moins, mais pas des masses. Je sais, ça paraît peu, mais c’est énorme par rapport à nos voisins directs et même un peu plus loin; pour faire simple, à part les Suisses, en Europe, nous sommes les premiers de la classe en matière de dépense moyenne pour une bouteille de vin. Pour une fois que nous sommes premiers en quelque chose, il fallait que ce soit en pinard. Nous sommes, relativement, moins confrontés que nos voisins à la pression tarifaire, ce qui nous épargne les mono-cépages aux prix tirés vers le néant et de moins en moins rentables pour les producteurs. Ce qui ne fait pas le bonheur du monde, mais nous assure un niveau de qualité moyen plutôt élevé. Chance pour nos palais et plaisir pour pas mal de nos fournisseurs. Oui, mais voilà, l’étroitesse, relative, de notre marché ne nous donne pas un poids suffisant vis à vis de la production et nous ne pouvons pas influencer le cours des vins au niveau mondial.


La Belgique n’est pas tout à fait la Chine, qu’on se le dise. Tout ça pour vous expliquer ce qui se passe dans un pays comme celui qui m’abrite en ce moment. La production est basée, pour l’essentiel, sur un véritable modèle industriel, c’est à dire que l’on est souvent loin du vigneron qui pose ses tripes sur la table et qui fait du pinard en se disant que vogue la galère on verra bien comment les choses se mettent en place. Dans le cas d’une stratégie industrielle, on calcule d’abord et on construit le vin en fonction de son calcul. Bien entendu lorsqu’il s’agit d’un pays, un propos global souffrira toujours d’exception, mais disons que quand la situation concerne pas loin de quatre-vingt cinq pour cent de la production on peut se dire que ça tient la route. Une fois ces calculs mis en place, on élabore des vins que l’on positionnera de manière concurrentielle sur le marché mondial.

Evidemment là, il y à un début de bug. C’est que sur le marché mondial, il y a pléthore de pinards vaguement similaires, à base de quelques cépages internationaux hyper répandus. Les chardonnays, syrah, et autre cabernets sont devenus des marques plutôt que des cépages et leurs origines sont plus nettes sur les étiquettes que sur les papilles. A force de jouer la rentabilité, on doit industrialiser les procédés d’élaboration, c’est à dire les standardiser et à force, on va aussi uniformiser les goûts.

Donc, les seules différenciations évidentes se situeront, malheureusement pour les producteurs à moyen terme, au niveau tarifaire. Et pour contrer la concurrence, on joue au plus serré, au prix le plus bas ; Dans le cas de l’Australie, les marchés anglo-saxons, Angleterre et USA en tête, ont fait les beaux jours des exportations de l’île continent. Pendant au moins une grosse vingtaine d’années. Et puis, le style des vins développés ici là été en considérant les désidératas des «critiques» vinicoles en fonction de leur influence. Influence toute relative soit dit en passant, du moins au niveau des ventes directes, mais énorme vis-à-vis des professionnels aux deux extrémités de la filière, de la production à la distribution ça fait pas un pli.


Donc, d’une part on modélise un produit en fonction d’un goût internationalement dominé par quelques marchés particuliers, d’autres part on se positionne plutôt bas pour gagner des parts de marché. Oui, mais voilà, lorsque la bise fut venue… ben c’est la déconvenue. La marché US se racrapote et c’est rien de le dire. Oui, il y a des arguments patents, des choses indéniables, la crise, l’arrivée en masse des vins du Chili et d’Argentine, le manque de rentabilité des productions australiennes et hop, le tour est mal joué et ça dégringole. Même cas de figure en Grande Bretagne. Certes, il y a la Chine pour se refaire, 70% et des bricoles d’augmentation de parts de marché l’année dernière. Mais pour combien de temps ?

Et la Belgique là dedans ? Ben nous sommes la gentille exception, le marché augmente doucement, les prix se maintiennent et les vins d’Australie présent sur le marché sont de plus en plus nombreux. C’est peut-être le fruit d’un travail de fond établi par les distributeurs, peut-être aussi parce que le marché n’est pas dominé par les soldeurs, peut-être simplement parce que nous, consommateurs, aimons des choses un rien plus typées et originales que nos voisins? La réponse n’est pas évidente.  C’est une combinaison de facteurs, mais elle indique surtout que les pays et les producteurs qui se lancent sur les terres du discount se lancent à un moment ou à un autre sur un mur. Des vins a des prix justes, pour la premiers prix, c’est un truc ou tout le monde y gagne, y compris les clients finaux, vous et moi. Bon, allez, justement, la semaine prochaine, on parle de pinards, a des prix normaux. D’ici là, quoi que vous buviez, buvez le bien.

A suivre...

Eric Boschman

00:48 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Belgique | Tags : australie, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |