22 mars 2012

Information, internet... qui a les clefs?

Juste une petite réflexion sans rapport direct avec le vin, mais qui illustre les menaces du tout internet; ou plutôt, du manque de recul, de grille d'analyse, de clefs de lecture aussi, par rapport à l'information.

Hier, un ado de mon entourage arrive avec une copie d'article sur des cas de gale à Nivelles.

On s'inquiète, bien sûr, car cet ado y est scolarisé.

Sauf qu'à regarder l'article de plus près, l'affaire n'est pas vraiment nouvelle: elle date de l'an dernier .Et sauf qu'à y regarder encore de plus près, il ne s'agit pas de Nivelles (Belgique) mais de Nivelle, et plus précisément, Saint Pée de Nivelle (Pyrénées Atlantiques, France).

Depuis, j'ai appris qu'il y avait bel et bien des cas de gale à Nivelles. Aucun rapport avec l'article, mais les ados ont vite fait de confondre; internet leur livre tout sur un plateau, mais sans discernement.

Alors finalement, s'il n'y a pas de rapport direct avec le vin, il y en a avec tout sujet d'investigation: nous avons intérêt, nous autres journalistes, à ne rien tenir pour acquis, à ne pas préjuger de la capacité des nos lecteurs à décrypter l'information, compte tenu de son abondance.

L'école se flatte d'encourager l'esprit critique des élèves, mais elle ne leur enseigne plus tellement la précision. Alors tout se mélange un peu. La sphère de compétence de chaque "consommateur d'info" se contracte à mesure que sa culture générale se restreint.

Et pour revenir au vin, non, la vendange en vert n'est pas réservée au Vinho Verde.

Non, crianza n'est pas un nom de cépage.

Non, la centrale du Tricastin n'a jamais eu aucun rapport, ni hydrologique ni pédologique, avec les vignes de la région.

Non, il n'y a aucune raison objective pour que le Champagne rosé puisse être un assemblage de vins blancs et de vins rouges, c'est juste un de ces passe-droits dont la France este friande. J'ai lu un jour (sous la plume de défenseurs du rosé sans mélange) que c'était toléré parce que la bulle est un procédé à part. Sauf que les autres effervescents d'appellation, eux, n'ont pas le droit de faire du rosé du coupage; alors l'explication n'en est pas une. Méfiez vous des à-peu-près...

Morale de l'histoire (s'il y en a une): le journalisme, ça peut encore servir à quelque chose - à condition de ne pas se contenter de reproduire des dépêches prémâchées, bien sûr...

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Espagne, France, Portugal, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

11 mars 2012

Printemps, Champagne… à la santé de Chlodowig!

Où l'ami Eric nous donne sa version printanière et primesautière de la success-story du Cava à la française...

Le printemps est là, c’est clair; certes il tombe encore des lignes à haute tension, mais les forsythias bourgeonnent et ça va pas tarder d’être long avant qu’ils ne fleurissent. Alors pour fêter ça, rien de tel qu’une bonne flûte. Champagne, pour marquer le coup !

Oui, mais bon, pourquoi faisons nous la fête avec du Champagne? C’est une longue histoire et même plutôt belle. Tout commence avec Clovis (alias Chlodowig), le Tournaisien qui va lancer le Franc sur le marché royal. Ce bon vieux Cloclo épouse la très catholique Clotilde. Elle ne rigole pas avec le spirituel la gamine, c’est qu’un Salien vaut mieux que deux tu l’auras, mais pas à n’importe quel prix. C’est elle qui va convaincre son mari chéri d’aller se faire baptiser chez ce bon vieux Rémi, qui bien que sans famille, est aussi l’Evêque de Reims (la capitale de la Gaule Belgique, rappelez-vous, amis latinistes).

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Clovis sauvé des eaux (photo d'époque)

En fait, Reims, on s’en fout un peu, mais ce qui compte c’est que l’homme est le capo di tutti li capi dans cette partie-ci de l’Europe. Et que notre Hennuyer a bien compris que sans la bénédiction de celui-là, point ne serait question d’asseoir son pouvoir dans le coin. Et hop et hop, par l’intermédiaire de Madame, tout le monde se met autour de la table, on tombe d’accord et direction les fonds baptismaux. Qu’est ce que la real politik de la presque nuit des temps vient faire au milieu du Champagne?

C’est que Rémi est évêque de Reims, on l'a déjà dit, et que cette ville se situe en Champagne. Bon, à l’époque, le vin de Champagne est plutôt rouge et ne pétille qu’au printemps, lorsqu’il refermente dans les barriques. Rien à voir avec ce que les vedettes et peoples ingurgitent pour montrer leur bonheur de faire partie des gens qui comptent parfois. Je vous l’accorde, mais, ce que Clovis vient de faire, va être reproduit par tous les Rois de France qui lui succéderont, jusqu’à un certain petit énervé d'Empereur qui, lui, préférera se mettre la couronne lui-même sur le crâne à Paris. Entre temps, plus mille ans se seront passé (je vous la fais courte).

Lors de chacun des couronnements, surtout dans les temps troublés du moyen-âge, la partie de l’Europe que nous habitons vivait une période de calme relatif de plusieurs mois. C’est qu’il fallait le temps aux vassaux, cousins et autres copains du futur roi pour se rendre en grand équipage en terre rémoise. Puis, sur place, le truc n’était pas tout à fait expédié en trois minutes, on mangeait, on buvait, on guindaillait pendant plusieurs semaines.Toujours au Champagne. C’est comme ça que ce vin est devenu synonyme de fête, de plaisir, de marqueur de coup. 

Le sens de la fête

Il n’y que fort peu de temps, au vu de l’histoire, que l’on élabore une boisson effervescente incolore ou rosée dans la zone, jusqu’au 17ème siècle, il s’agissait de rouge uniquement ou presque. Mais ça c’est une autre histoire. Le marketing contemporain du Champagne ne fait que s’appuyer sur des références historiques, non pas celles relevant des familles fondatrices de telle ou telle maison, mais bien celles qui sont inscrites dans notre inconscient collectif au moment d’exprimer notre joie. Dans les films américains, il est de coutume de hurler hystériquement avant de se jeter dans les bras des uns et des autres pour montrer que l’on est content. Mon chien, quant à lui, agite la queue. Moi, j’ouvre mon armoire à vins et je prends une bouteille de Champagne.

En fonction de la hauteur de ma joie, la cuvée sera différente. Dans le monde réel, le Champagne sert aussi à honorer les gens, on imagine mal une réception de prestige sans Champagne, a moins d’être privé de moyen ou d’avoir un produit local d’exception sous la main, mais, dans l’ensemble c’est THE solution. Lors de la dernière remise des Magritte(s) du Cinéma, c’est bien de Champagne qu’il était question pour honorer toute l’industrie belge du Septième Art, hein! Et, à propos de cinéma, ce vin est le partenaire de prestige récurrent de héros bien typés. Le beau James Bond, à toutes ses époques, a été accompagné de différentes cuvées de Champagne.

Gary Cooper et Audrey Hepburn, dès la fin des années cinquante, avant la naissance du «product placement», donc, ont mythifié la dégustation de ce vin dans «Ariane», un film que les annales n’ont pas retenu, à tort d’ailleurs, parce que la belle Audrey dégustant sa coupe avec tout le glamour hollywoodien ça nous change de Clovis barbotant dans l’eau, même le front oint des Huiles Saintes.

Comme quoi, un détail et tout change. Allez, on se retrouve  peut-être la semaine prochaine pour d’autres aventures, d’ici là, quoi que vous buviez, buvez le bien.

Eric Boschman

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Champagne, Europe, France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |