17 septembre 2012

Belge maître chez toi - détournons la Meuse!

Ce midi, à la RTBF, un reportage télévisé était consacré au nombre trop élevé d'étudiants français en première année de logopédie (alias orthophonie). Amis Français, au cas où vous n'étiez pas branchés sur cette chaîne, il m'est apparu comme de mon devoir de vous en informer. Même à l'heure de la planète câblée, où le journal télévisé ne vous cache plus rien des volcans islandais, des émeutes en Syrie ni des déraillements de train au Pakistan, sans parler des seins de Mme Winsor-Middleton, quelques infos capitales peuvent encore vous échapper.

Dans leur reportage, mes confrères belges n'ont interviewé que des Belges. Ce n'est sans doute pas très équilibré, ni très représentatif (ils ont même dû passer du temps pour trouver des Belges dans l'école, vu qu'il y en a si peu). Mais la chaîne a certainement sa propre conception d'une information juste et complète - c'est à dire, belgement correcte.

Peu importe si ces étudiants français viennent dépenser leur argent en Belgique (frais d'inscription, logement, alimentation, cela doit quand même chiffrer); peu importe aussi si nous faisons tous partie de l'Europe. "C'est un enjeu de santé publique", nous dit un jeune représentant des étudiants (belges): ces Français ne resteront pas exercer en Belgique, donc ce métier manquera de bras. L'argument est recevable. Jusqu'à un certain point.

On ne s'est pas posé la question de savoir si l'on pouvait ouvrir d'autres classes. Etonnant, car avec une telle demande, c'eût été plus que rentable! Dommage, on aurait même pu en profiter pour diminuer les frais d'inscription.

Quoi qu'il en soit, ce reportage tombe en même temps que l'affaire Bernard Arnault, dont la demande de citoyenneté belge ne fait pas que des heureux, ici non plus. Alors, il me met dans mes petits souliers.

 

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Wanted: Journaliste français (à l'oeil torve) venu manger le pain des Belges

Ca fait tout de même 25 ans que je mange le pain des Belges, moi, le Français. 25 ans que j'occupe la place d'un brave journaliste belge, que je l'empêche de faire éclore son talent.

Bon, j'ai bien acheté une maison ici, avec du vrai argent, je précise. Et puis j'ai fait trois petits Belges (pas tout seul, bien sûr, et en plus, ils ont la double nationalité). Alors je ne pense pas que ça suffise à payer ma dette. Heureusement, je suis souvent en reportage à l'étranger.

Dans le reportage suivant, la RTBF parlait de la mise à sec de certaines portions de la Meuse, afin de la curer, d'enlever les obstacles à la navigation, de la dépolluer.

J'ai immédiatement fait le rapport: la Meuse vient de France. C'est pour ça qu'elle est si sale et si polluée. Les rats y pullulent, nous disait un témoin de l'opération.

Il faut donc établir d'urgence un barrage sur la Meuse avant qu'elle ne vienne souiller le Royaume, la renvoyer aux Français. La Lys et l'Yser aussi, d'ailleurs. Qu'ils gardent leurs sales rivières.

Avantage indirect: on améliorera considérablement les relations entre Wallons et Flamands, en supprimant du même coup le Pélerinage de l'Yser.

Ce n'est qu'une première étape, bien sûr; demain, on arrête les camions de vins français aux frontières.

Belge maître chez toi, nom di djou!

14:04 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

12 septembre 2012

Acheteur de vins: tout un métier

L'histoire est authentique, celui qui me l'a racontée est au dessus de tout soupçon et il n'a aucun intérêt dans l'affaire, même si sa fonction réclame que je maintienne son anonymat. Et pour qu'il n'ait pas d'ennuis, je tairais le nom de l'enseigne en question. Je précise juste qu'il ne s'agit pas de Carrefour Belgium, des fois que vous pensiez que j'ai une dent contre eux. Ce n'est pas le cas, mon métier (ou en tout cas l'idée que je m'en fais) m'interdisant toute sélectivité dans mes coups de gueule.

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Peur du noir?

Après ce préambule, voici l'histoire.

Un producteur italien cherchait depuis plusieurs années à faire référencer un de ses vins par une enseigne belge. A chaque fois qu'il présentait ses échantillons, il se heurtait à un refus.

Il en était pour le moins dépité, mais aussi très surpris, vu que le vin semblait convenir à ses autres clients, et que son prix était tout à fait correct.

Il jugeait n'avoir plus rien à perdre, aussi se livra-t-il un petit jeu.

Il alla acheter dans les rayons de l'enseigne en question quelques bouteilles d'un vin italien concurrent, qu'il déshabilla consciencieusement de leurs étiquettes et de leurs capsules, pour les rhabiller des siennes.

Puis il les renvoya à la centrale. Au bout de quelques jours, il rappela l'acheteur pour lui demander ce qu'il en avait pensé. La réponse fut sans appel: "C'est en dessous de tout, comment voulez vous qu'on puisse vendre un vin pareil!"

Edifiant, non?

L'histoire me laisse quand même un doute. Veut-elle dire que l'acheteur ne dégustait pas les vins, que son goût variait selon l'étiquette, que son goût variait avec le temps, ou qu'il était tout simplement incompétent?

Tiens, d'aucuns soutiennent que nous autres dégustateurs de profession, ne  devrions commenter que des vins dégustés à l'aveugle. J'y réfléchirai le jour où l'on me prouvera que les acheteurs de la GD, ou même les cavistes, le font aussi...

Ce n'est pas que j'ai quoi que ce soit contre la dégustation à l'aveugle, je la pratique même souvent, mais je ne pense pas qu'elle soit la seule façon. Et quand on déguste le vin d'un domaine pour la première fois, c'est presque une dégustation à l'aveugle...

Surtout, les consommateurs, eux, n'achètent pas à l'aveugle. Ils ont donc sans doute des attentes en rapport à la réputation du vin pour lequel il sont prêts à débourser un peu ou beaucoup d'argent. Nous mettre dans les conditions de leur choix n'est peut-être pas si bête, en définitive...

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Italie | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |